Éduquer sans gifle ni fessée ?

N° 297 - mars-avril 2008


Revue
Editeur : Non-violence actualités
Code NVA : 297
Prix : €6.00

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Editorial

« Pourquoi appelle-t-on cruauté le fait de frapper un animal, agression le fait de frapper un adulte et éducation le fait de frapper un enfant ? » (1) Au-delà de la formule choc, c’est à une réflexion sur les méthodes d’éducation que vous invite ce dossier. Pendant longtemps, - et aujourd’hui encore dans certaines sociétés -, on a considéré qu’il était normal de battre un enfant pour mieux l’élever, le dresser, en faire un homme civilisé. Si le martinet et la trique ont heureusement pratiquement disparu en France, la fessée ou la gifle ne choquent pas nombre de parents qui n’imaginent pas devoir se priver de cette arme de dissuasion voire de persuasion (2).

Certains comportements de violence verbale (hurlements, injures, mépris, etc..) produisent les mêmes effets que les punitions corporelles. Donner une gifle ou une fessée, humilier, blesser… tout cela n’a, de toute évidence, rien d’éducatif ni d’efficace. Si le rapport de forces conduit ponctuellement l’enfant à « obéir », il ne favorise ni le développement de la confiance en soi ni l’autonomie. Il n’est pas non plus un modèle d’incitation à la gestion non-violente des conflits. L’expérience montre qu’un enfant souvent dévalorisé, puni et frappé est soumis à l’anxiété et réagit par la dépression ou l’agressivité. De nombreuses études scientifiques ont mis en évidence une corrélation entre les comportements anti-sociaux des jeunes et les violences physiques et psychologiques infligées par leurs parents (3).

Comment les adultes justifient-ils le recours aux châtiments corporels ? Si ce n’est par l’habitude, ils invoquent la colère, la fatigue, le stress, le débordement émotionnel… tout en rejetant la responsabilité sur l’enfant (« c’est de sa faute, il m’a poussé à bout, il l’a bien cherché… »). Faute de meilleures solutions, les parents punissent et frappent « pour tenter de reprendre le pouvoir sur un enfant qui leur échappe » (4), quitte à promouvoir les comportements, les valeurs et les repères qu’ils réprouvent : autoritarisme, violence, absence de contrôle de soi, incapacité de communiquer et de négocier… La violence « éducative » apparait comme un révélateur des souffrances et des manques de l’adulte.

Pourtant, l’intégrité physique et psychique est un droit fondamental de tout être humain. La société doit protéger la personne - adulte comme enfant - de toutes les violences, y compris dans la famille. Depuis plusieurs années, le Conseil de l’Europe fait campagne pour l’interdiction de toutes les formes de châtiment corporel. La période 2008-2010 verra une intensification de cette action. Le but n’est pas, bien sûr, d’engager des poursuites contre les parents qui ont recours à ces pratiques, mais de changer leurs comportements par des conseils, par des mesures d’éducation à une parentalité positive, par une formation aux méthodes d’éducation non-violente (5).

(1) Cité par Olivier Maurel dans son livre « La Fessée », Editions La Plage, 2001.
(2) Nous ne parlons pas ici de la maltraitance, punie par loi, et de son corollaire, l’obligation de signalement.
(3) Citons les travaux d’Alice Miller, de Jacqueline Cornet, d’Elizabeth Gershoff, de Paulo Sérgio Pinheiro, d’Antonio Damasio…
(4) Isabelle Filliozat, « Il n’y a pas de parent parfait », Ed. JC Lattès, 2008.
(5) « La parentalité en question - Les parents sont-ils si nuls ? », Coll. Pratiques de non-violence n° 3, Ed. NVA 2006.

 

NVA n ° 297, Mars-Avril 2008

Extrait

Entretien avec
Isabelle FILLIOZAT

Méthodes éducatives :
Il n’y a pas de parent parfait

Isabelle Filliozat est psychologue-psychothérapeute. Spécialiste de « la grammaire des émotions », elle vient d’ouvrir l’Ecole des Intelligences Emotionnelle et Relationnelle, et forme des psychothérapeutes pour adultes et enfants. Elle est l’auteure de onze livres dont « L’intelligence du cœur » (JC Lattès, 1997) et, plus récemment, « Il n’y a pas de parent parfait » (JC Lattès, 2008).

- Non-violence Actualité : « Il n’y a pas de parent parfait »… Il y a des parents à qui il arrive de donner des claques et des fessées. Quelles sont les conséquences de ces actes ?

- Isabelle Filliozat : De nombreuses recherches scientifiques ont montré que le fait d’avoir été soumis à des châtiments corporels dans l’enfance augmentait les risques de conduites agressives, d’accidents de la route, de dépression, de tendances suicidaires, d’usage de drogues… La fessée a de lourdes conséquences, pas toujours par la douleur physique qu’elle entraîne, mais par ce qu’elle signifie de la relation avec le parent. Le parent est normalement celui qui m’aime et qui me dit qu’il m’aime, celui qui me protège et en qui j’ai une totale confiance… Comment comprendre que cette personne soit aussi celle qui me frappe ? J’intègre de ce fait quelque chose de profondément toxique dans ma relation aux autres qui pourra faire que plus tard, quand quelqu’un se conduira de manière violente avec moi, je ne saurai pas correctement me défendre. C’est ce qui explique qu’une femme peut être battue par son mari. Elle n’a pas appris que son corps lui appartenait et qu’il n’était en aucun cas question de le toucher. Elle peut croire que son mari l’aime et que c’est pour son bien qu’il la frappe.
La fessée a pour autre conséquence de casser quelque chose dans la relation : l’enfant ne peut plus avoir confiance en son parent. Or cette confiance, nous savons qu’elle est nécessaire pour que l’enfant grandisse harmonieusement. Ce n’est donc pas un acte éducatif. Au maximum, cela installe l’enfant dans la peur ; il deviendra un enfant obéissant, puis un adulte qui subira la loi des plus forts, toujours dans un rapport de violence.

- Non-violence Actualité : Quand on parle de « petites » tapes et de corrections « raisonnables »… Cela a-t-il un sens ? Y a-t-il une frontière bien établie entre la gifle et le mauvais traitement ?

- Isabelle Filliozat : Evidemment qu’il y a une gradation dans les traitements. Evidemment qu’une petite tape sur la main n’a rien à voir avec des coups de martinet ou une fessée cul nu. Mais je ne vois pas l’intérêt de faire ce genre de distinction car la petite tape sur la main est aussi inutile que les autres. Ce n’est pas une méthode éducative. Il serait plus intéressant de réfléchir ensemble à la recherche d’alternatives éducatives, pour cesser d’être violent de quelque manière que ce soit. Tout châtiment corporel, y compris la petite tape sur la main, laisse penser que la violence pourrait être une solution en cas de conflit. C’est un message toxique tant au niveau de la personne qu’au niveau de la société. On ne pourra construire une société non-violente qu’en éliminant la violence de l’éducation. Tout usage de la force est à récuser.

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Sommaire

 
Il n’y a pas de parent parfait

Entretien avec Isabelle Filliozat - Spécialiste de « la grammaire des émotions », elle vient d’ouvrir l’Ecole des Intelligences Emotionnelle et Relationnelle, et forme des psychothérapeutes pour adultes et enfants. Elle est l’auteure de onze livres dont « L’intelligence du cœur » (JC Lattès, 1997) et, plus récemment, « Il n’y a pas de parent parfait » (JC Lattès, 2008).

Vers l’abolition des châtiments corporels en Europe
Par Maud de Boer-Buquicchio - « Une petite correction ne peut pas faire de mal »… N'oublions pas que, dans le passé, on a tenu des propos similaires pour justifier la violence vis-à-vis des femmes, devenue inacceptable de nos jours…
Un article de Maud de Boer-Buquicchio est Secrétaire Générale Adjointe du Conseil de l’Europe depuis 2002, première femme élue à ce poste. Elle exerçait auparavant de hautes responsabilités à la Commission et à la Cour européenne des droits de l’homme. En charge du programme « Construire une Europe pour et avec les enfants », elle est particulièremment attachée à la promotion des droits de l'enfant et à la protection de l'enfance contre la violence.
www.coe.int/t/transversalprojects/children/default_FR.asp
Insertion d’un document du Conseil de l’Europe dans les numéros destinés aux abonné-e-s

Le Point de vue de M. Staffan JANSON
pédiatre, est professeur de santé publique à l’Université de Karlstads (Suède). Il est l’auteur du chapitre Une éducation non-violente pour les enfants, dans le livre « La parentalité dans l’Europe contemporaine : une approche positive », édité par le Conseil de l’Europe, 2007.

La campagne de la Coordination internationale pour la Décennie
Par Estelle RIBIER - La Coordination internationale pour la Décennie, collectif d’associations internationales et de coordinations nationales (1) ayant pour objectif de promouvoir la Décennie de l’ONU pour une culture de non-violence et de paix au profit des enfants du monde (2001-2010), a lancé en 2007 la Campagne internationale pour le droit des enfants à une éducation sans violence et à une éducation à la non-violence et à la paix.

Argumentaire : Pour ou contre une loi d’interdiction des châtiments corporels
L'exemple de la Belgique est éclairant. En 2005, ce pays est rappelé à l'ordre par le Comité européen des droits sociaux du Conseil de l'Europe au motif que le droit belge n'interdit pas explicitement, notamment aux parents, d'infliger des châtiments corporels aux enfants. Suite à cela, la Coordination belge des ONG pour les droits de l'enfant (CODE) a fait connaître son point de vue sur le sujet. Le document produit en juillet 2005 présente les arguments en faveur et en défaveur d'une loi d’interdiction. En voici de larges extraits.

La violence « éducative » ordinaire: État de la recherche et de la non recherche
Par Olivier MAUREL - La question du recours aux punitions corporelles est peu abordée dans les livres qui traitent de la violence, de ses origines et de ses conséquences. Pourtant, Olivier Maurel pense qu’il y a un lien entre cette « violence éducative ordinaire » et la compréhension tant des explosions de violence - comme celle du Kenya récemment - que de la violence de masse des génocides.

Quelles alternatives à la punition ? Pour une éducation non-violente
Par Sophie BENKEMOUN - « Si je laisse tomber la punition, mon enfant va faire la loi à la maison !… J’ai peur de perdre mon dernier moyen de contrôle, ce qui me laisserait sans aucun pouvoir ! ». Expliquer aux adultes l’inutilité et l’impact négatif des punitions est indispensable, mais pas suffisant. Il faut aussi leur proposer d’autres façons de faire, d’autres moyens de sanctionner.

Parent au quotidien : Pas de solution miracle !
Par Victorine MEYERS - Comment pratiquer une éducation non-violente au quotidien ? Au-delà de la théorie, il y a les essais et parfois… les erreurs. Pas de solution miracle ! La seule piste universelle est celle qui nous pousse à nous remettre en question, à tester des solutions, à changer notre façon de voir les choses… Témoignage de Victorine Meyers.

Les ressources
Bibliographie
Les annonces : initiatives, colloques, publications, formations....
Les nouvelles diffusions

La chronique de Véronique Guérin


Culture de non-violence
Salon des Initiatives de Paix


NVA n ° 297, Mars-Avril 2008

Ressources

Bibliographie

Conseil de l’Europe - La parentalité dans l’Europe contemporaine : une approche positive - Ed. CoE, 2007

Conseil de l’Europe - L’abolition des châtiments corporels : un impératif pour les droits de l’enfant en Europe - Ed. CoE, 2006

Jacqueline Cornet - Faut-il battre les enfants ? - Ed. Hommes et Perspectives, 1997

Thomas d’Ansembourg - Cessez d’être gentil, soyez vrai ! - Ed. de l’Homme, 2002

Françoise Dolto - Tout est langage - Ed. Gallimard, 1995

Catherine Dumonteil-Kremer - Poser des limites à son enfant et le respecter - Ed. Jouvence, 2004

Faber A. et Mazlish E. - Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent - Ed. Relation Plus, 2002

Faber A. et Mazlish E. - Parents épanouis, enfants épanouis - Ed. Relation Plus, 2001

Isabelle Filliozat - Il n’y a pas de parent parfait - Ed. JC Lattès, 2008

Isabelle Filliozat - L’intelligence du cœur - Ed. JC Lattès, 1997

Isabelle Filliozat - Au cœur des émotions de l’enfant - Marabout, 1999

Jeanne Gerber - Pour une éducation à la non-violence : activités pour éduquer les 8/12 ans à la paix et à la transformation des conflits - Ed. Chronique Sociale, 2000

Michel Ghazal - Mange ta soupe et tais-toi ! - Ed. Le Seuil Poche, 1992

Thomas Gordon - Parents efficaces au quotidien - Marabout, 1995

Thomas Gordon - Éduquer sans punir. Apprendre l’autodiscipline aux enfants - Ed. de l’Homme, 2003

Élisabeth Maheu - Sanctionner sans punir : dire les règles pour vivre ensemble - Ed. Chronique Sociale, 2005

Olivier Maurel - La fessée. Questions sur la violence éducative - Ed. La Plage, 2004

Jean-Luc Mermet - Deux bouts, la relation ! - Ed. Chronique Sociale, 2006

Alice Miller - C’est pour ton bien - Ed. Aubier, 1984

Non-Violence Actualité - Pratiques d’éducation non-violente - Ed. C.L. Mayer/NVA, 2004

Non-Violence Actualité - Conflit, mettre hors-jeu la violence - Ed. Chronique Sociale 2004

Non-Violence Actualité, coll. Pratiques de non-violence : Pour une sanction non-violente : repères éducatifs - Communiquer autrement : le choix des mots - La parentalité en question : les parents sont-ils si nuls ? - S’affirmer sans agresser : estime de soi et prévention de la violence - Ed NVA 2006 et 2007

Marshall Rosenberg - Les mots sont des fenêtres - Ed. Syros, 1999

Jacques Salomé - Le courage d’être soi - Ed. Pocket , 2001

Édith Tartar Goddet - Développer les compétences sociales des adolescents par des ateliers de paroles - Ed. Retz, 2007

Revues

NVA, bien sûr !

L’école des parents, bimestriel de la Fédération nationale de l’école des parents, FNEPE, 180 bis rue de Grenelle, 75007 Paris.

L’enfant et la vie, le trimestriel des parents chercheurs, 164 rue de Lille, 59420 Mouvaux.

Enfance majuscule, bimestriel, 2 rue des Longs Prés, 92100 Boulogne.

Vidéo 40’ : L'éducation sans violence - Echange entre Suzanne Robert-Ouvray et Olivier Maurel (Diffusion NVA).

Associations

Ni claques ni fessées ! 3 villa Quincy, 92170 Vanves - Tél. 01 46 38 21 22 - www.niclaquesnifessees.org

Observatoire de la violence éducative ordinaire, c/o Olivier Maurel, 1013C Chemin de la Cibonne, 83220 Le Pradet - Mel : infos@oveo.org - Site : www.oveo.org

Stop violence, Stop maltraitance, BP 53, 43590 Monistrol-sur-Loire.

Problème de violence sur enfant : 119 appel gratuit, tous les jours, nuit et jour.

Défenseure des enfants, Dominique Versini, 104 Boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris - Tél 01 53 63 58 51 - Site : www.defenseurdesenfants.fr

École des Parents, 5 impasse Bon Secours, 75011 Paris - Tél. 01 47 53 62 70 - Site :www.ecoledesparents.org

Enfance Majuscule, 2 place de Bir Hakeim, 92100 Boulogne - Tél. 01 46 21 47 09 - Site : www.enfance-majuscule.com

Défense des Enfants International, DEI-France, 41 rue de la République, 93200 Saint-Denis - Tél. 01 48 30 81 98 - Site : www.dei-france.org

• Sites américains contre la fessée :

The Center for Effective Discipline : www.stophitting.com

Parents and Teachers Against Violence in Education, Inc.: www.nospank.net

Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children : www.endcorporalpunishment.org

Evénements

30 avril : journée internationale contre la fessée. L’organisation américaine EPOCH (End Physical Punishment for Children) a lancé en 1998 une journée d’action contre les châtiments corporels à l'encontre des enfants, le « spank out day » encore appelé « journée de la non-violence envers les enfants ». Avec le soutien de l’ONU en 2001, l'initiative est devenue mondiale sous le nom de « End all Corporal Punishment on Children ». En France, différentes associations s’associent à cette journée d’action, notamment la Maison de l’Enfant (www.wmaker.net/maisonenfant).

Campagne internationale pour le droit des enfants à une éducation sans violence et à une éducation à la non-violence et à la paix : Coordination internationale pour la Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde (2001-2010), 148 rue du Fbg Saint-Denis, 75010 Paris. Tél. 01 40 36 06 60 - Mel : secretariat@nvpdecade.org - Site : www.nvpdecade.org

Campagne du Conseil de l’Europe pour l’abolition des châtiments corporels : Construire une Europe pour et avec les enfants , DG III – Cohésion sociale, Conseil de l'Europe, Palais de l’Europe, 67075 Strasbourg cedex - children@coe.int - Sire : www.coe.int/


 

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