Accompagner les victimes de violences

N° 305 - juillet-août 2009


Editeur : Non-Violence actualité
Année d'édition : juillet-août 2009
Nombre de pages : 28
Code NVA : 0401-305
Prix : €6.00

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Editorial

Accompagner les victimes de violences

 

Près d’une personne sur deux déclare avoir subi au moins une violence au cours des deux dernières années (1). Les jeunes apparaissent davantage exposés aux violences interpersonnelles (verbales, physiques, sexuelles, morales et psychologiques), et les femmes sont significativement plus nombreuses que les hommes à rapporter des violences sexuelles. Si la quasi-totalité des victimes de vols et de dégradations met en avant les dommages subis, en revanche, lorsqu’il s’agit de violences interpersonnelles, moins de la moitié des victimes les évoquent.

Pourtant, quel que soit le type d’agression subie, on n’échappe guère aux conséquences psychologiques. L’ampleur et la nature des traumatismes ne sont pas nécessairement proportionnées à la gravité des faits. C’est pourquoi le traitement judiciaire ne peut être la seule réponse : une indemnisation correcte du préjudice ne dit rien sur la façon dont la victime aura été traitée. En réalité, toute politique d’aide aux victimes doit garantir une prise en charge globale des droits fondamentaux de la personne qui a subi la violence.

Depuis le début des années 80, ces droits ont été améliorés et complétés : droit à la reconnaissance, droit à l’accompagnement, droit à la réparation. De nombreux dispositifs et structures apportent aide et soutien dans tous les domaines : médical, social, juridique, psychologique… La victime peut parfois même avoir le sentiment d’être confrontée à un grand marché de l’assistance, ou encore à une utilisation médiatique de son image à des fins politiques, au profit, par exemple, de la surenchère sécuritaire.

D’une manière générale, être victime c’est avoir perdu la confiance dans l’autre qui a agressé, voire dans l’Etat qui n’a pas protégé. Avec sa famille et ses proches, la victime est, de fait, en situation de forte attente : que l’on reconnaisse son état de victime, sa souffrance, qu’on lui apporte aide et réparation ; elle estime même parfois avoir un certain « droit de regard » sur la sanction prononcée à l’encontre de l’agresseur en cas de procès pénal. Seule une prise en charge pluridisciplinaire - médicale et psychosociale - sera susceptible de lui offrir la possibilité d’une reconstruction entière et durable.

Un travail sur soi, sur la violence reçue et sur les émotions ressenties pourra permettre, dans certaines conditions, d’envisager une médiation victime/agresseur. Au cœur de ce dispositif d’apaisement et de réparation pourra parfois surgir une humanité plus sereine.


(1) Enquête « Événements de vie et santé », menée par la DREES en 2005-2006 auprès de 10 000 personnes âgées de 18 à 75 ans (www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er598/er598.pdf)

N° 305 - juillet-août 2009

Extrait

Entretien avec Carole DAMIANI

 

Aide aux victimes

Entre procédure pénale et soutien psychologique

 

Docteur en psychologie, Carole Damiani est psychologue à l’association Paris Aide aux Victimes, chargée de mission à l’INAVEM (Institut national d’aide aux victimes et de médiation), et secrétaire générale de l’ALFEST (Association de langue française des études du stress et du traumatisme). Elle est l’auteur d’ouvrages et d’articles consacrés à l’accueil psychologique des victimes. Elle a notamment signé, avec Corinne Vaillant, le livre « Être victime, aides et recours », Ed. Vuibert, 2003.

 

NVA : Quelle définition peut-on donner de la victime ?

Carole DAMIANI :  Il n’y a pas de réponse définitive. Je m’appuierais sur la définition donnée par le juriste Robert Cario pour qui être victime s’inscrit dans une dimension sociale et culturelle qui évolue avec le temps. Cela n’a pas la même signification en fonction des époques et des cultures. Par exemple, les châtiments corporels en France ont été successivement encouragés, puis tolérés, déniés et enfin sanctionnés alors qu’ils sont encore pratiqués couramment dans d’autres pays. Il faut donc que la transgression corresponde à une norme, que la personne ait subi un préjudice à la fois psychologique, moral, social…, qu’il y ait une transgression de la loi et que les conséquences de cette transgression nécessitent une prise en charge globale.

En droit, la définition de la victime est récente, comme sa place dans le Code de procédure pénale. Elle est restrictive : seule la victime d’une infraction pénale peut se voir attribuer un tel statut. Une victime est une personne dont les souffrances sont causées directement par des individus, les auteurs, qui ont enfreint la loi. Pour le juriste, c’est donc le critère légal de l’infraction qui institue la victime.

Si l’on se réfère à l’étymologie, le mot « victima » en latin désigne la créature vivante offerte en sacrifice aux dieux. Par extension, la victime est la personne qui sacrifie sa vie ou son bonheur à quelqu’un ou à quelque chose, ou encore la personne qui est sacrifiée à la haine, à la vengeance de quelqu’un. Si les sacrifices n’existent plus, des victimes de catastrophes collectives, de guerres, continuent de mourir et d’alimenter une mythologie « sacrificielle ».

On distingue plusieurs catégories de victimes : notamment, les victimes de catastrophes collectives ou naturelles, les victimes d’accidents de la circulation, les victimes d’infractions pénales. Dans ce dernier cas, on comprend les atteintes contre les biens, contre les personnes et contre l’Etat : sévices, coups et blessures, agressions sexuelles, violences conjugales, homicides, actes de terrorisme, crimes contre l’humanité.

 

NVA :  Faut-il faire des distinctions entre les victimes selon les types d’agression ?

Carole DAMIANI :  C’est vrai que les victimes sont souvent caractérisées par l’acte lui-même défini par le droit : le Code pénal divise les articles en fonction de la nature de l’acte : victime d’agression sexuelle, victime de viol, victime d’accident de la circulation, etc. En revanche, d’un point de vue psychologique, cette distinction ne se justifie pas. Ce qui définit la victime, pour les psychologues et les psychiatres, c’est la souffrance psychique. Le traumatisme psychique est la conséquence de la rencontre d’un individu avec sa mort ou une menace de mort. Que ce soit pour une victime de viol, une victime d’attentat ou d’accident de la circulation, on va retrouver pratiquement les mêmes symptômes. Les différences sont relativement mineures, et le traitement va se faire de façon similaire. Par contre, le vécu traumatique (la honte, la culpabilité…), la durée et l’intensité du traumatisme peuvent varier en fonction de l’acte subi, de la personnalité de la victime et de la culture d’appartenance.

La différenciation la plus pertinente en psychologie consiste à opposer les victimes traumatisées (celles qui ont rencontré le réel de la mort) et celles qui ne le sont pas, les victimes d’un événement unique (terrorisme, viol…) et les victimes de situations répétées (violences conjugales, inceste…). Pour les victimes d’événement unique, les spécialistes maîtrisent bien la clinique et le traitement. Alors que les secondes sont plus difficiles à aborder et à traiter. De même, on n’aborde pas de la même façon les victimes directes du traumatisme et les victimes par ricochet.

(…) La suite à lire dans NVA 305

Sommaire

NVA et la crise

Accompagner les victimes de violences - Édito

Aide aux victimes : entre procédure pénale et soutien psychologique 
Entretien avec Carole Damiani

L’aide aux victimes dans l’actualité

Les voies de la justice - Le parcours d’une victime d’infraction pénale
par Susan CLOT, psychologue ; elle travaille au sein d'une association d'aide aux victimes dans le département des Yvelines et participe à la rédaction de NVA. Elle a co-rédigé cet article avec Julie Mottier, juriste, également de l’association d’aide aux victimes.
Être victime relève d’un statut spécifique au regard de la loi, un statut parfois difficilement abordable et même gérable par les plus concernées : les victimes elles-mêmes. En effet, n’est pas victime qui veut et là-dessus le droit est clair : pour pouvoir engager des poursuites judiciaires, porter plainte, faire valoir ses droits, il faut avoir été l’objet d’une infraction qui a occasionné un préjudice et que cette infraction ne soit pas prescrite, sinon aucune poursuite ne pourra être engagée pénalement.

Communication relationnelle  - Visualisation et restitution symbolique
par Dominique Demaria, médiatrice relationnelle, praticienne et formatrice en communication relationnelle

Solidarité Femmes Belfort : Accueillir les victimes de la violence conjugale

par Anne BONNAUDET, psychologue à l’association Solidarité Femmes Belfort (90).
Tél. 03 84 28 99 09 - Email : solidarite-femmes@wanadoo.fr -  Site : www.femmeslelivre.fr
Solidarité Femmes-Belfort est née en 1978, à l’initiative d’élues politiques ou simples citoyennes révoltées par la détresse de femmes, victimes de violence conjugale, emprisonnées dans un univers familial aux frontières étanches. L’association, affiliée à la fédération nationale des Solidarités Femmes, trouve son origine dans le mouvement féministe. Anne Bonnaudet présente la démarche de l’association dont elle est l’une des responsables.

Psychologie - Empathie et écoute des victimes
par Pascal Courty , psychothérapeute dans l’Approche Centrée sur la Personne, accompagnement de personnes dépendantes à l’alcool et de personnes victimes et/ou auteurs. Pascal Courty est également formateur auprès de personnes du secteur social et médical. Email :  pascalcourty@free.fr - Site : http://pascalcourty.fr
Toute rencontre avec la violence laisse des traces. La victime en paye un prix élevé, en termes de traumatisme. Comment se dégager de ce traumatisme et dans quelles conditions ? La violence surgit, très souvent, quand la relation est défaillante. La parole est devenue impossible et il va falloir lui redonner une place. Les mots manquent et il est donc difficile de parler de ce que l’on a vécu. La victime subit une atteinte à son estime. Elle peut se demander ce qu’elle a bien pu faire pour « mériter ce châtiment » ? Pourquoi à moi, sans doute l’ai-je mérité ? Elle peut vivre cela comme une sorte de rêve : « il n’y a que moi qui sache ce que j’ai subi, personne ne pourra comprendre ». Comme s’il s’agissait d’accepter l’inacceptable. Et comment se reconstruire après cette violence ?

• L’apport des neurosciences
Extrait d’une intervention de Jean Decety : « L'empathie, une spécificité humaine ?»
une conférence à écouter sur le site www.lemonde.fr

L’empathie, racine de non-violence
par Isabelle Filliozat
L’empathie, fabuleuse faculté des humains de percevoir ce qui se passe en l’autre, est tout à la fois facteur de violence et outil de non-violence…

• Médiation pénale : quand victime et agresseur se rencontrent

par Thierry Dudreuilh, médiateur et formateur en médiation, psychothérapeute (ACP), il a présidé le CMFM, l’une des associations en charge de la médiation et de la réparation pénales au Parquet de Paris, jusqu’en 2004 (Tél. 06 62 30 49 42 - http://EuroMediation.com).
Lorsque Robert Badinter est nommé Garde des Sceaux, en 1981, il commande à ses services une liste des réformes les plus urgentes. Comme avocat, il est resté marqué par l’exécution de Buffet et Bontemps et il a dans ses cartons l’abolition de la peine de mort dont il sait qu’elle ne sera pas populaire. Parmi la vingtaine de points listés par ses collaborateurs, il retient d’abord le sort des victimes au cours de la procédure pénale…

• Innovation en Belgique : des expériences de justice « réparatrice »
par Antonio Buonatesta, coordinateur de Médiante, 1 Avenue Comte de Smet de Nayer, Boite 16, B-5000 Namur (Belgique). Tél. 32 (0)81 22 66 60. Email: info@mediante.be
Depuis le début du projet pilote, il y a 10 ans, l'association « Médiante - Forum pour une Justice Restauratrice et la Médiation », agréée par le ministère de la justice belge, a débouché sur plus de  5 000 médiations entre auteurs et victimes d’infraction pénale. La création d’un espace de communication entre les parties, même à la suite de faits extrêmement graves, peut se révéler fort utile…

Bibliographie, Ressources

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• Guide de Ressources et anciens numéros de NVA

• Bulletin d’abonnement

• La chronique-BD de Théa Rojzman
Ressources

Bibliographie

• Claude Berthoumieux - Agressions : les blessures invisibles - Ed. Le Souffle d’or, 2001

• Alain Berthoz, Gérard Jorland - L’empathie - Ed. Odile Jacob, 2004

• Jean-Pierre Bonafé-Schmitt - La médiation pénale en France et aux Etats-Unis - Ed. LGDJ, 1998

• Alain Boulay - Victimes… de l’image à la réalité - Ed. L’Harmattan, 2003

• Robert Cario - Justice restaurative. Principes et promesses - Ed. L’Harmattan, 2005

• Robert Cario - Victimologie. De l’effraction du lien intersubjectif à la restauration sociale - Ed. L’Harmattan, 2001

• Robert Cario, Denis Salas - Oeuvres de justice et victimes - Ed. L’Harmattan, 2001

• Rober Cario - La médiation pénale, entre répression et réparation - Ed. L’Harmattan, 1998

• Conseil de l’Europe - Renouer les liens sociaux. Médiation et justice réparatrice en Europe - Ed. CoE, 2004

• Boris Cyrulnik - La résilience ou comment renaître de sa souffrance ? - Ed. Fabert, 2009

• Boris Cyrulnik - Entre résilience et résonance : à l’écoute des émotions - Ed. Fabert, 2009

• Carole Damiani - Le traumatisme psychique. In P.-A. Raoult (Dir.) « Souffrances et violences : psychopathologie des complexes familiaux ». Ed. L’Harmattan, 1999.

• Carole Damiani, Corinne Vaillant - Être victime, aides et recours - Ed. Vuibert, 2003

• Carole Damiani - Enfants victimes de violences sexuelles : quel devenir ? - Ed. Hommes et Perspectives, 1999

• M. De Clercq, François Lebigot - Les traumatismes psychiques - Ed. Masson, 2001

• Michèle Guillaume-Hofnung - La médiation - Ed. PUF, Que sais-je ? 1995

• Martin Hoffman - Empathie et développement moral - Ed. PUG, 2008

• INAVEM - Humanité et compétence dans l’aide aux victimes. Les 20 ans de l'INAVEM - Ed. L’Harmattan, 2008

• Paul Mbanzoulou, Nicole Tercq - La médiation familiale pénale - Ed. L’Harmattan, 2004

• Nathalie Pignoux - La réparation des victimes d’infractions pénales - Ed. L’Harmattan, 2008

• Jacques Salomé - Pour ne plus vivre sur la planète Taire - Ed. Albin Michel, 1997

• Luc Tremblay - La relation d’aide - Ed. Chronique Sociale, 2002

• Maryse Vaillant - La réparation - Ed. Gallimard, 1999

• Maryse Vaillant - De la dette au don. La réparation pénale à l’égard des mineurs - Ed. ESF, 1994

Ressources

Cicatrices. Résiliences - Un film de Gabriel Gonnet - 2 DVD, Ed. La Cathode 2008, Coll. Un film pour en parler.

La réparation pénale : de la dette au don. Vidéo VHS Secam, 40 minutes. Entretien avec Maryse Vaillant, psychologue clinicienne.

• 08 842 846 37 ou 08 VICTIMES : numéro d’urgence réservé aux victimes d’infractions pénales : victimes de violences, discriminations, accidents, catastrophes, vols, insultes, dégradations... Il propose une écoute personnalisée et oriente directement l'appelant vers une association d'aide aux victimes au plus près de son domicile.

www.inavem.org : pour trouver une association locale d’aide aux victimes. Le réseau national des associations d'aide aux victimes a pour mission d'apporter un soutien psychologique aux victimes, de les informer sur leurs droits et de les accompagner dans leurs démarches. Les associations tiennent des permanences dans les tribunaux, les services d'urgence des hôpitaux, les commissariats et gendarmeries, maisons de justice et du droit, mairies, centres sociaux.... Leurs interventions sont gratuites et confidentielles. INAVEM,1 rue Pré-Saint-Gervais, 93500 Pantin.

Tél. 01 41 83 42 00. Numéro azur : 0 810 09 86 09.

119 : numéro d’urgence pour l’enfance maltraitée

Violences conjugales : www.stop-violences-femmes.gouv.fr

Viols femmes informations : 0800 05 95 95

AVFT, Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, BP 60108, 75561 Paris cedex 12. Tél. 01 45 84 24 24. Service d’écoute et d’accompagnement des femmes victimes de violences sexuelles et sexistes au travail. Interventions auprès de l’employeur, le médecin du travail, l’inspecteur du travail, parquet, juges.

• La Fédération Nationale Solidarité Femmes est un réseau regroupant les associations féministes engagées dans la lutte contre toutes les violences faites aux femmes, notamment celles qui s'exercent au sein du couple et de la famille. Service d’écoute Violence conjugale infos : 3919

• Association d’aide aux parents victimes : www.apev.org

Paris Aide aux Victimes, 12 rue Charles Fourier, 75013 Paris (www.pav75.fr) 

SOS Attentats, Hôtel national des Invalides, 75007 Paris. Tél. : 01 45 55 41 41. Site : www.sos-attentats.org

0800 20 22 23 Jeunes Violences Ecoute - Violences scolaires, injures, racket… Espace jeunes, espace parents, espace professionnels.

• http://aivi.org site de l’association internationale des victimes de l’inceste.

Les droits des victimes - Renseignements administratifs : www.justice.gouv.fr - Un guide pour faire valoir ses droits « Les droits des victimes » document très bien fait, disponible en PDF à la rubrique Aide aux victimes.

Formation à l’accueil des victimes : « Savoir mettre en place et animer, au sein d’une structure, un groupe de paroles pour victimes d’agressions ». Formations proposées par l’INAVEM, tél. 01 41 83 42 00.

• www.oveo.org site de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire

Roots of empathy - « Racines de l’empathie » est un programme scolaire, basé sur les résultats de recherches scientifiques, efficace pour faire baisser le degré d’agressivité chez les élèves tout en faisant progresser leurs compétences sociales et affectives. Fondé par Mary Gordon en 1996 au Canada, appliqué aussi en Nouvelle-Zélande et aux Etats-Unis. Pour en savoir plus : www.rootsofempathy.org

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