Savoir vivre ensemble ...

avec nos conflits
N° 311 - Juillet-Août 2010



Editeur : Non-Violence Actualité
Année d'édition : Juillet-août 2010
Nombre de pages : 28
Code NVA : 0401-311
Prix : €6.00
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Editorial

Savoir vivre ensemble…
avec nos conflits

La majeure partie du temps, nous vivons en relation, avec notre entourage familial, social, professionnel… Confrontés à nos différences et à nos conflits, il est parfois difficile d’échapper aux blessures et aux ruptures. Lorsque l’on cherche à mieux vivre ensemble, la tentation de la fuite ou de la violence face à ces tensions n’est d’aucune aide. L’indifférence ou la complaisance, pas davantage. C’est par le dialogue et la recherche de compromis que l’on peut éviter de tomber dans l’exclusion et la compromission… Encore faut-il s’y préparer et s’ouvrir à d’autres comportements, à d’autres modes d’action.

Dans la relation, la communication suppose une certaine distance entre les deux parties : « ni trop loin, dans l’espace de l’indifférence, ni trop près, là où la promiscuité nuit à la vie » (1). La violence est précisément la tentative de réduire l’espace entre soi et l’autre, dans une volonté d’annuler les différences. C’est pourquoi l’apprentissage de la séparation et son acceptation progressive jouent un rôle essentiel dans la façon dont le petit enfant saura gérer plus tard la violence. C’est la séparation, en effet, qui ouvre un espace à la reconnaissance mutuelle, à la relation : l’espace de la parole.

Nous vivons dans une société qui, souvent, éparpille, désagrège, maltraite les relations. Si la communication demande de la distance, elle nécessite aussi du temps. Il ne peut y avoir de communication et de dialogue sans temps partagé et mis en commun. Avoir du temps ensemble, mais aussi s’accorder sur le tempo : une bonne communication demande de l’empathie pour se mettre au diapason de l’autre. Il est reconnu que les conflits surviennent la plupart du temps dans ces moments de décalage, de « contretemps ».

La politesse sous toutes ses formes – celle de l'esprit, de l’action et du cœur – ouvre à une société du respect et de la considération… C’est l’art de savoir se faire comprendre et comprendre l’autre pour éviter certains conflits et en résoudre d’autres lorsqu’ils se présentent. Mais la communication n’est jamais établie une fois pour toutes, elle s’inscrit à la fois dans l’instant et dans la durée de la relation. On peut l’améliorer par des techniques d’aide comme l’affirmation de soi, l’écoute active, l’envoi de messages clairs, les procédures de gestion de conflit… Savoir vivre ensemble, avec nos conflits, c’est la garantie d’une vie relationnelle riche et durable, c’est la condition d’une vie démocratique.


(1) « Conflit, mettre hors-jeu la violence », Non-violence Actualité,
Editions Chronique sociale, 5ème édition, 2010 (p. 27).

Extrait

Entretien avec Laurence FILISETTI

 Gestion des relations
La politesse, une compétence sociale pour réussir

 

Laurence Filisetti est docteure en psychologie sociale. Elle est maître de conférences et chercheure au CERSE (Centre d’Etudes et de Recherche en Sciences de l’Education) à l’Université de Caen en Basse-Normandie. Elle est l’auteure de « La politesse à l’école », Editions des Presses Universitaires de Grenoble, 2009.

 

NVA - Quelle définition donneriez-vous de la politesse ? Est-ce l’équivalent du savoir-vivre ou de la civilité ?

Laurence Filisetti - On peut définir la politesse comme un ensemble de comportements, verbaux et non verbaux. On parle surtout du verbal, mais il y a aussi le regard, les gestes, les vêtements, l’expression du corps… Ces comportements doivent correspondre à une situation sociale donnée. Ils vont être appropriés dans une situation et non appropriés dans une autre situation. On peut considérer le savoir-vivre comme un synonyme de politesse, alors que civilité est un terme ancien que l’on retrouve dans les premiers traités de politesse comme « La civilité puérile » d’Erasme, par exemple. On utilise aujourd’hui davantage son opposé, les « incivilités », pour désigner les transgressions sociales. De plus, civilité, qui est lié à civiliser, n’est plus beaucoup utilisé dans la mesure où son opposé désignerait la barbarie, alors qu’il s’agit davantage de comportements incivils plutôt que barbares.

 

NVA - A quoi sert la politesse ?

L.F. - J’y vois trois fonctions principales. La première est une marque d’identité : la façon dont on se comporte, le langage, les formules, les postures, marquent notre appartenance à un groupe. Cela permet de savoir à qui on a affaire. La deuxième fonction est l’adaptation : les règles de politesse nous aident à répondre à des situations nouvelles, à adapter notre comportement à un événement ou un environnement nouveau, et marque ainsi notre respect pour les règles que les personnes des autres groupes ont l’habitude de suivre. La troisième fonction de la politesse est la valorisation de soi. Appartenir à un groupe, s’adapter aux situations, c’est donner une bonne image de soi. Dans un entretien d’embauche, par exemple, savoir bien se tenir, prendre la parole à bon escient, écouter l’autre… est un moyen de se valoriser, de faire bonne impression, et ainsi de se donner les meilleures chances de réussite.

Il est donc important de connaître le fonctionnement de cette norme qu’est la politesse, et de maîtriser les stratégies pour savoir comment et quand les appliquer. Ne pas en faire assez est préjudiciable, mais en faire trop peut l’être également.

 

NVA - Comment la politesse se transmet-elle aujourd’hui ?

L.F. - Il s’agit surtout d’une pratique plus que d’une théorie. Les traités de savoir-vivre ne sont pas légion. En général, on n’apprend pas ou on n’apprend plus comment bien parler, comment bien se tenir à table… La politesse est le plus souvent implicitement transmise, par les comportements des autres ou les remarques qu’ils peuvent faire par rapport à nos comportements. En fonction de cela, on ajuste notre propre façon de faire selon les situations. C’est donc surtout par le regard de l’autre que l’on apprend à se comporter. La politesse est quelque chose de pratique, de purement social. La politesse rend la vie sociale plus harmonieuse, plus lisse comme l’indique le sens premier du verbe « polir ». Si chacun de nous réagissait en cédant à ses pulsions plutôt qu’à sa raison, les interactions sociales seraient chaotiques. C’est pour éviter cela qu’il faut savoir, selon les expressions courantes, « mettre de l’eau dans son vin » ou « arrondir les angles ». La politesse apaise et prévient les débordements agressifs.

 

NVA - La politesse est-elle en voie de disparition ?

L.F. - Non, je ne le pense pas. Certains regrettent sa disparition, mais ils font référence à leurs propres critères de politesse. On se plaint notamment que les jeunes ne sont plus polis comme avant. Je pense en fait qu’il y a un décalage entre ce que l’on attendait de nous il y a quelques années et les codes d’aujourd’hui. La politesse a évolué, mais elle n’a pas disparu. Le code a changé. On cherche toujours à faire bonne impression, à obtenir quelque chose, à se faire apprécier et donc on a toujours recours à des stratégies, quelles que soient les situations et les groupes d’appartenance dans lesquels on s’insère. L’évolution des langages et des postures entraînent des incompréhensions.

La politesse est une norme, et une norme doit être respectée sous peine de rejet du groupe. Le contenu de cette norme n’est pas forcément le même selon que l’on se trouve dans la famille, dans la classe ou dans tout autre groupe. La politesse n’est pas la même dans chacune des situations. Ainsi, par exemple, il peut y avoir dans une classe des jeunes qui ne répondent pas aux attentes de l’enseignant en matière de politesse. Il faut donc redéfinir un code commun valable dans un lieu donné.

La suite à lire dans NVA n° 311...

Sommaire

Savoir vivre ensemble avec nos conflits, Édito

La politesse, une compétence sociale pour réussir - Entretien avec Laurence FILISETTI

«Merci», ça embellit la vie ! par Rosette Poletti

Solidaires plutôt que solitaires -Partager l’espace public, par Édith Tartar Goddet - psychologue clinicienne et psychosociologue. Elle a une longue expérience du travail auprès des jeunes (approche individuelle de l’adolescent en souffrance, approche culturelle du jeune en groupe) et a publié plusieurs ouvrages chez Retz dont le dernier paru en 2007 : « Développer les compétences sociales des adolescents par des ateliers de parole ». Elle a conçu un matériel pédagogique et ludique, « Raconter la loi symbolique aux adolescents », et une exposition « Être libre avec la loi ». Elle est formatrice au sein de l’association Temps de Rencontre, Temps de Parole, 3 rue Carnot, 95150 Taverny. Tél. 01 39 60 02 31.
L'espace public représente dans les sociétés humaines, en particulier urbaines, l'ensemble des espaces de passage et de rassemblement. Usages et conflits sont au coeur des problèmes de cohabitation et de sécurité dans cet espace destiné à tous et à chacun-e. Le fonctionnement apaisé de l’espace public passe par une triple action de sensibilisation à la règle, de respect de la règle et d’adaptation de la règle aux nouvelles pratiques. Dans un monde où les nouvelles technologies de communication bouleversent l’appréhension du temps et de l’espace ainsi que la frontière entre intimité et public, le rapport à l’altérité se transforme. Cette mutation du rapport à l’autre dans les villes contemporaines modifie profondément le sens de l’espace public et son usage…

Inquiétudes collectives, extrait du Rapport du médiateur de la République

L’AUTREMENT DIT - Les mots pour le dire… autrement, par Anne-Sophie Thiry -  formatrice à l’association belge « L’Autrement dit » -  site :  www.lautrementdit.net
La famille est le lieu dans lequel l’enfant peut, très tôt, se confronter, vérifier son existence propre dans l’opposition et la confrontation. Ces moments d’opposition et de conflit viennent tester la relation et la solidité du lien.

Parler… écouter

Comment le dire autrement ? - Six exercices pour apprendre la communication bienveillante, par Anne-Sophie Thiry

Non-violence dans le couple : Comportements et attitudes pour mettre hors-jeu la violence, par Rolf Keller - formateur au Centre pour l'action non-violente (CENAC) à Lausanne (Suisse). Email : keller.aur@bluewin.ch – L’auteur remercie Anne Wanner, Catherine Sauer, Laurence Dupraz, Philippe Beck et Stefan Keller pour leurs regards croisés sur ce texte.
La non-violence est bien plus que l'absence de violence. Dans les cas de violences conjugales graves, il existe différentes structures de prise en charge, comme nous avons pu le voir dans le dernier numéro de NVA. Le présent article a pour objectif de mettre en lumière les comportements et attitudes qui tendent à entretenir un bon climat au sein du couple, ou, au contraire, à avoir une incidence néfaste sur ce climat, ouvrant la voie à diverses formes de manque de respect ou de violences, psychologiques, économiques, sexuelles…

Coopération dans la classe - Coopérer, ça enrichit la vie… et la classe, par Christian Staquet - auteur, formateur en pédagogie coopérative et en technique d’accueil. Au sein de la société AVEC (Accueil, Valeurs, Équipe, Coopération), il crée et anime des séminaires de formation pour le monde enseignant dans lequel il a travaillé 14 ans. Il réalise également de l'accompagnement et des formations pour les entreprises et les administrations. Il a écrit notamment « Accueillir les élèves », « Le livre du Moi, développer une image positive de soi », « Une classe qui coopère, pourquoi ? comment ? », Editions Chronique Sociale - site : www.ethosphere.com/publications.htm
Même avec des élèves mis en situation d’apprentissage individualiste, la classe est un lieu qui génère des conflits, des interactions difficiles et du relationnel parfois inquiétant. Souvent parce qu’ils ne savent pas « faire » autrement. Alors la pédagogie coopérative est un autre dispositif considéré comme à « hauts risques » parce que les élèves sont placés en groupes pour produire ensemble un travail, un apprentissage ou une production d’idées. Certains enseignants peuvent craindre que naissent des situations incontrôlables dès lors que les élèves sont invités à échanger entre eux, sans contrôle de l’adulte…

• Le Choc des mots - Face à la violence verbale, par Claudine Moïse

Sociolinguiste, maître de conférences à l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, Claudine MOÏSE est chercheure au sein du laboratoire Identité Culturelle Textes et Théâtralité (ICTT).
On entend dire beaucoup aujourd’hui, que ce soit les professionnels de l’éducation (enseignants, éducateurs) ou les parents eux-mêmes, que les enfants sont de plus en plus impolis ou grossiers, se parlent mal entre eux, insultent à la cantonade. Sur quoi reposent ces perceptions ? Que se passe-t-il donc ?

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