La laïcité à l'épreuve de la diversité

N° 317 - Juillet-Août 2011


Editeur : Non-Violence Actualité
Année d'édition : Juillet-août 2011
Nombre de pages : 28
Code NVA : 0401-317
Prix : €6.00

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Editorial

La laïcité à l’épreuve de la diversité 

En France, la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des églises et de l'État constitue une étape importante dans le processus de laïcisation de la République commencé avec la Révolution de 1789. En proclamant la liberté de conscience et en garantissant le libre exercice des cultes, l’État a voulu rassembler les citoyens français dans une même culture républicaine par delà les diversités culturelles et religieuses. Inscrit dans la Constitution de 1958, le principe de laïcité est au cœur de l'identité républicaine. L’école a joué un rôle primordial dans cette évolution et reste fortement impliquée chaque fois que le principe de laïcité est réinterrogé dans la société. Les débats de ces dernières années autour des signes religieux à l'école en sont une illustration.

Selon la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Cette belle ode à la liberté, à l’égalité et à la fraternité représente une certaine abstraction au regard de la réalité quotidienne de certaines populations marginalisées. Du fait des immigrations successives, la rencontre/confrontation des cultures s’est accélérée, jusqu’à malmener l’universalisme républicain. Ainsi, les valeurs de la République se trouvent-elles aujourd’hui confrontées à de nouveaux défis : l’individualisation de la société et la tentation du repli communautaire.

Ni la juxtaposition des communautés ni la recherche de leur assimilation ne sont des modèles pertinents pour représenter la société pluriculturelle. Il est plus juste de parler de « dynamique interculturelle » pour décrire la réalité des interactions et des confrontations - parfois conflictuelles - qui surgissent des pratiques, des références ou des valeurs. Certes, le dialogue interculturel demande un effort partagé pour se comprendre, pour que chaque partie accepte de transformer ses représentations sociales et dépasse ses préjugés et stéréotypes. Un certain nombre de questions de société trouvent ainsi des réponses par la voie du dialogue, de la négociation et du compromis.

Mais les frontières de la laïcité ne sont pas établies une fois pour toutes. La loi de 1905 doit être sans cesse réaffirmée et interrogée à la lumière des droits de l’Homme, pour dire ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas parmi les pratiques rituelles, religieuses, culturelles… Défendre une approche interculturelle de la diversité suppose tout à la fois une intransigeance chaque fois qu’il y a atteinte à la vie et à la dignité de la personne et une capacité d’empathie et d’esprit de médiation pour faire émerger des solutions respectueuses des individus et de leurs cultures. A ce titre, ne faudrait-il pas accompagner la laïcité par une charte du « vivre ensemble » qui incite à multiplier dans la société les structures d’aide à la gestion non-violente des relations et des conflits ? 

Extrait

Entretien avec Gérard GUILLOT

 Diversité culturelle et pluralité religieuse
Laïcité : la condition d’une unité dans la diversité

Agrégé de philosophie, Gérard Guillot est professeur à l’Université Claude Bernard Lyon 1. Il a publié de nombreux articles sur l’école et l’identité professionnelle de l’enseignant. Son dernier ouvrage s’intitule « L’autorité en éducation. Sortir de la crise » (ESF, 2006).

- NVA : Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est la laïcité ?

- Gérard Guillot : La laïcité est un principe constitutionnel depuis la IIIème République ; celui-ci n’a été remis en cause que sous le régime de Vichy. On considère souvent la laïcité comme une valeur de la République, ce qui est à l’origine d’ambiguïtés et de mauvaises interprétations. Elle est certes une valeur, mais si elle était une valeur comme les autres, on pourrait comprendre qu’elle puisse être critiquée ou combattue au nom d’autres valeurs, religieuses ou idéologiques. La laïcité ne se situe pas sur le même plan : elle est le principe même qui autorise l’adhésion à des valeurs diverses, dans la mesure où elles restent conformes à la loi républicaine. La laïcité autorise la liberté de conscience, la liberté de croyance et la liberté de culte dans l’espace social.
Concernant l’espace scolaire, la liberté de conscience et la liberté de croyance sont affirmées : mais pas la liberté de culte ni les conduites qui porteraient atteinte à ces deux libertés fondamentales en train de se construire chez les élèves grâce à leur scolarité. Ainsi le port de signes ostensibles d’appartenance religieuse ou politique est interdit afin d’éviter tout prosélytisme qui mettrait les élèves sous influence. Ces restrictions sont parfois perçues, à tort, comme antireligieuses : elles préservent en réalité la liberté, l’égalité, la fraternité et le respect de la dignité humaine sans exclusive ni hiérarchie.
La laïcité est le principe constitutif d’un « vivre ensemble » républicain pacifié qui reconnaît et fonde la diversité des valeurs auxquelles tout individu a le droit d’adhérer ou non, dans le cadre de la Constitution.
Aussi les tentatives pour redéfinir une « laïcité ouverte » ou une « laïcité positive », pour reprendre des expressions qui sont utilisées, me paraissent très problématiques. La laïcité n’a pas besoin d’adjectif qualificatif.

- NVA : Comment s’est construit le principe de laïcité ? Comment est-il perçu ?

- G.G. : La laïcité, dont l’idée est héritée de la Révolution de 1789, est ancrée historiquement dans la Loi, avec les lois Jules Ferry. La loi du 16 Juin 1881 rend l'enseignement primaire public gratuit et la loi de 1882 le rend obligatoire, imposant également un enseignement laïc dans les établissements publics. Les lois concernant l’école ont précédé la loi de 1905 relative à la séparation de l’Eglise et de l’État. Notre école a été laïque avant que la nation ne le devienne. Elle était jusqu’alors officiellement catholique. Cette loi a mis un terme à la mainmise de l’Église catholique sur la scolarité et sur les affaires de l’État. Mais elle ne vise pas que l’Église catholique. La laïcité concerne toutes les religions et porte au-delà du domaine religieux : dans deux circulaires très importantes de 1936, au début du Front populaire, le ministre de l’éducation nationale Jean Zay rappelle que le principe de laïcité s’applique aussi au champ politique et au champ philosophique, c’est-à-dire à tout ce qui pourrait faire l’objet d’une forme de propagande susceptible de porter atteinte à la liberté d’esprit.
Ni anticatholique, ni antireligieuse, la laïcité est par contre « anticléricale » car elle s’oppose à ce qu’un clergé, quel qu’il soit, ne commande au politique. Et une religion ne recouvre point le champ du religieux : celui-ci renvoie à la fonction du sacré dans toute société humaine, ce qui conduit à un dialogue polémique et fécond entre métaphysique et anthropologie.
De plus, on n’envisage souvent la laïcité que par rapport à la religion. En fait, pour les fonctionnaires de notre État, la laïcité implique la neutralité : elle interdit toute prise de position es qualité d’ordre politique, religieux ou philosophique. Si l’on se focalise aujourd’hui sur les religions, c’est que ce domaine a repris une grande importance dans la vie de notre société comme au niveau mondial. Mais nombre de religions tentent d’influencer les décideurs politiques, même démocratiquement élus. Dans les cas extrêmes, une religion peut prendre le pouvoir sur le politique comme c’est le cas dans certains régimes.

Entretien à lire dans NVA n° 317

Sommaire

Nouveauté : Un outil de prévention du harcèlement à l’école

La laïcité à l’épreuve de la diversité, Édito

Diversité culturelle et pluralité religieuse - Laïcité : La condition d’une unité dans la diversité - Entretien avec Gérard GUILLOT

Multiculturalisme : Jusqu’où respecter les cultures ?,
par Gilles VERBUNT - docteur en sociologie, spécialiste de la dimension interculturelle dans les apprentissages et le travail social. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet et notamment : « Penser et vivre l’interculturel » et « Manuel d’initiation à l’interculturel », les deux ouvrages aux Ed. Chronique Sociale, 2011.

En Allemagne, une magistrate a refusé d’accorder le divorce à l’épouse qui s’était plainte d’avoir été battue par son mari. Voici son argumentation : en l’épousant, vous saviez bien que dans sa culture le mari a le droit de battre sa femme. La magistrate agissait au nom du respect dû à la culture du mari…

Différences : Le choc des rencontres,
par Hervé OTT - il a été animateur d’un centre de recherches et de formation concernant l’approche et la transformation constructives des conflits (ATCC) pendant une vingtaine d’années. Il a fait de nombreuses missions de formation dans des régions en crise. Certifié MBTI (indicateur typologique de Myers-Briggs, il réalise de multiples interventions d’accompagnement de groupe et de formation à l’interculturel.

Combien de fois avons-nous été confronté à des différences qui nous ont chamboulés, à quelque chose d’inconnu jusque là qui a pu nous déstabiliser au point d’avoir perçu un danger, une insécurité profonde ? Je vais relever quelques différences qui peuvent participer à la difficile cohabitation avec des personnes de cultures différentes et montrer qu’elles révèlent des différences de forme, non de fond.

Ressources : Former au dialogue interculturel,
par Nabila AMGHAR
- elle est sociologue, membre de TessitureS, réseau de sociologues, ethnologues, historiens, socio-économistes et documentaristes dont l’objet est de soutenir et former les acteurs (professionnels, élus, bénévoles, habitants…) dans l’élaboration de connaissances et d’analyses destinées à renouveler les pratiques et l’ingénierie du social ainsi qu’à formuler des propositions pour les politiques locales (reseautessitures@yahoo.fr).
Les modes de vie, les préceptes éducatifs, les formes de parenté, la place et les représentations du corps (maladie, sexualité, naissance…), les relations de genre, les systèmes de croyances, les modes relationnels sont autant de variables culturelles susceptibles d’interroger les professionnels en charge de l’intégration et les publics qu’ils accueillent. Diverses formes de malentendus ou d’incompréhensions peuvent survenir dans des domaines aussi variés que les conceptions de la famille ou les manières d’habiter.

Témoignage : Dialogues interculturels, par Rafaël TYSZBLAT
Qu’est-ce que c’est qu’être Français pour vous ? En quoi le port du voile, de la burqa ou d’autres signes religieux vous pose-t-il un problème? Vous êtes-vous déjà senti ostracisé-e par telle ou telle communauté ? Comment cela s’est-il passé, et qu’avez vous ressenti alors ? Les Français musulmans prennent-ils trop de libertés face à la laïcité selon vous ?… Voilà quelques-unes des questions qui pourraient provoquer de saines discussions si elles n’étaient accaparées par des personnes qui cherchent davantage à monter les communautés les unes contre les autres qu’à bâtir les fondations d’un authentique vivre ensemble.

Laïcité à la française - Des représentations sociales à construire, aux compétences psychosociales à acquérir,
par Édith TARTAR GODDET
- Psychologue clinicienne, elle assure des formations sur la psychologie de l’enfant et de l’adolescent, la prévention de la violence, la gestion des conflits et l’analyse des pratiques pour les personnels de l’Education nationale et en IUFM. Avec l’association « Temps de Rencontre, Temps de Parole », elle anime des groupes de parole pour aider jeunes et adultes à réfléchir sur la transmission des limites, la loi symbolique, la prévention de la violence, la gestion des relations. Auteure de nombreux livres sur ces sujets, elle a également conçu un matériel pédagogique et ludique, « Raconter la loi symbolique aux adolescents », et une exposition, « Être libre avec la loi ».
Depuis la loi de 1905, la laïcité désigne la séparation entre la religion et l’État et signifie que l’État n’exerce aucune influence sur les religions et les religions n’exercent aucune influence sur l’État. Puisqu’il est légal, le principe de laïcité devient contraignant et doit se décliner dans la vie quotidienne des services publics et des individus qui les composent. Il s’incarne à travers une attitude de neutralité de ces personnes et de ces lieux à l’égard des signes du religieux ; ces personnes n’ayant pas le droit de manifester, dans le cadre du service public, leurs croyances religieuses.

Thérapie sociale : Gérer les conflits interculturels dans les collectivités locales, par Charles ROJZMAN - sociothérapeute et dirigeant de l’Institut Charles Rojzman. Il est à l’origine d’une méthode transdisciplinaire, la Thérapie Sociale, forme renouvelée d'éducation à la démocratie et de gestion de conflits. Il assure avec son équipe depuis plus de vingt ans la préparation d'acteurs de terrain et de personnels des services publics de tous niveaux à l'exercice de leur profession dans un contexte de cris (http://institut-charlesrojzman.com).
Faute d’outils d’intervention et d’analyse, les conflits interculturels suscitent chez les acteurs de terrain et les responsables institutionnels et politiques un sentiment d’impuissance et menacent la cohésion sociale déjà rendue difficile par les inégalités et les ghettoïsations…

Ressources : Bibliographie, Internet, Outils pédagogiques

Livres

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Offres de formation, Ateliers relationnels Faber/Mazlish, 

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