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Prévention de la délinquanceDépistage précoce
N° 320 - janvier-février 2012
La petite enfance mise en examen
On se souvient du livre « Tout se joue avant six ans », le best-seller de Fitzhugh Dodson paru dans les années soixante-dix. Ce psychologue américain y décrivait les stades de développement que traverse chaque enfant dans ses acquisitions fondamentales durant les cinq premières années de sa vie : la marche, le langage, la propreté, la socialisation, la conscience de soi, etc. Il soulignait également que le type de stimulations intellectuelles qu'un enfant reçoit dans ses premières années influe sur son intelligence d’adulte. Bien que ce ne soit pas la thèse de l’auteur, cet ouvrage a contribué à répandre l’idée qu’au-delà de six ans il devenait difficile de modifier le cours des choses, faisant de l’éducation une sorte de grand défi à développer chez l’enfant le maximum de compétences en un temps limité.
Lorsqu’en 2005 l’INSERM a publié son expertise présentant les « troubles des conduites » chez l’enfant comme des pathologies annonciatrices de trouble du comportement voire de délinquance, plusieurs rapports politiques ont préconisé le dépistage précoce des individus pour orienter les plus « à risque » vers des filières spécialisées ou des traitements médicamenteux. On assiste aujourd’hui à un retour des thèses déterministes qui prétendent que le devenir d’un enfant serait joué très tôt, voire inscrit dans ses gènes ou son cerveau. Sous couvert de prévention, les projets de dépistage et d’évaluation se multiplient à la crèche comme à l’école maternelle.
De nombreux scientifiques ont pourtant montré que le développement harmonieux d’un enfant dépend avant tout de ce qu’on lui offre à vivre. La petite enfance est, sans aucun doute, une période essentielle. De la qualité des relations affectives nouées dans les premières années dépendra la qualité de ses relations adultes. Les événements, heureux ou douloureux, les identifications, les crises, les rencontres, les sollicitations, le façonnent tout au long des années. Le choix des méthodes d’éducation et de soin est donc crucial, d’où la nécessité d’une prévention et d’une protection précoces, non pour étiqueter et stigmatiser, mais pour accompagner l’enfant et sa famille au plus près de leurs besoins.
On le sait, la violence peut surgir à tout moment chez l’individu. Face à cette hypothèse, certains sont tentés de se tourner vers les sciences pour y trouver des méthodes d’éradication de toutes formes de comportements inadaptés ou asociaux… Ils rêvent d’une neurogénétique qui les exonérerait de toute responsabilité d’éducation et de présence bienveillante. Mais la réalité est plus complexe. Les enfants, dès leur plus jeune âge, ont besoin d’être rassurés, d’être aimés, de pouvoir jouer, d’être accompagnés… Comme leurs parents, ils ont besoin d’être aidés pour traverser les difficultés de la vie, si nécessaire par des professionnels, des institutions et des outils adaptés. C’est la seule façon humaine de prévenir la violence et de la contenir.
Petite enfanceDe la prévention précoce au contrôle sécuritaire
Sylviane Giampino est psychologue et psychanalyste. Spécialisée en prévention et petite enfance, elle est l’auteure d’ouvrages sur le sujet et notamment de « Nos enfants sous haute surveillance : Evaluations, dépistages, médicaments… » écrit en collaboration avec la neurobiologiste Catherine Vidal (Albin Michel, 2009).
- NVA : Le développement des neurosciences et une meilleure connaissance des étapes du développement de l’enfant ont-ils modifié sensiblement l’approche de la petite enfance, en termes de protection, d’éducation et de socialisation ?
- Sylviane Giampino : Les neurosciences sont venues s’inviter à la table des représentations du développement de l’enfant, avec une passion nouvelle pour la génétique et le cerveau liée aux énormes progrès dans le domaine des neurosciences. Les neuroscientifiques sont fascinés eux-mêmes par ce qu’ils peuvent découvrir aujourd’hui grâce notamment aux avancées technologiques comme l’Imagerie à Résonnance Magnétique, l’IRM. On est loin de la dissection ; La grande nouveauté étant qu’on peut voir le cerveau fonctionner pendant que les sujets accomplissent des tâches comme mémoriser, compter, visionner des images ou répondre à des stimulations. Cette fascination des biologistes eux-mêmes, et le besoin de financer leurs recherches fait qu’il publient et vulgarisent de plus en plus, pas toujours avec la prudence, la modestie et la rigueur qu’il faudrait. Cela induit des malentendus. Voir s’activer une zone du cerveau lorsqu’un sujet regarde une image violente, érotique, ou s’agite, ne signifie pas pour autant qu’on voit le cerveau penser. Provoquer la réaction d’un organe aussi central et complexe soit-il, ne signifie pas forcément que c’est l’organe qui détermine les sentiments, construit des pensées humaines et les comportements qui vont avec… Certains scientifiques pensent qu’il y a une sous-estimation de l’origine génétique et biologique des comportements humains pendant que d’autres, au contraire, pointent la surestimation de ces déterminismes. Le débat se pose autrement qu’à l’époque de la bosse des maths et des théories de Lombroso du criminel né, mais c’est toujours le même et très ancien débat qui demeure idéologique entre l’inné et l’environnement.
- NVA : D’où des divergences d’appréciations sur les diagnostics et les solutions… ?
- S-G : Effectivement. On est sur une pente dangereuse quand on s’appuie sur des différences observées, par exemple, au niveau du lobe préfrontal chez des enfants qui ont des comportements d’agitation, de dispersion, et des enfants qui n’en ont pas. Face à ceux qui se servent de ces résultats, transitoires et obtenus sur de petits échantillons, pour dire que l’agitation, l’hyperactivité, les problèmes de concentration ou d’agressivité, auraient un soubassement neurologique, d’autres chercheurs s’insurgent. Ils répondent que l’on ne peut pas établir, en l’état actuel des connaissances, un lien de cause à effet. Je renvoie au travail de François Gonon, neurobiologiste au CNRS, qui a démonté l’hypothèse sur le rôle de la dopamine dans l’hyperactivité. Je renvoie aussi au travail de Catherine Vidal sur la plasticité cérébrale qui montre que le cerveau se transforme en fonction du vécu, des apprentissages, des modes de vie, etc. Le cerveau est un organe dynamique, reflet et portant, comme tout le reste du corps, les traces du vécu. Il évolue en permanence tout au long de la vie.
- NVA : Tout n’est donc pas joué dès la petite enfance en matière de développement et d’apprentissage…
Entretien à lire dans NVA 320, janvier-février 2012
• Intervenir en petite enfance : De l’activité « dirigée » à la douce violence, par Christine SCHUHL - éducatrice de jeunes enfants, montessorienne et diplômée d'études appliquées en Sciences de l'éducation. Conseillère pédagogique, elle travaille avec des équipes, à partir d'observations « participatives » et des groupes d'analyse des pratiques professionnelles. Elle est l’auteure notamment de « Vivre en crèche, remédier aux douces violences », Ed. Chronique sociale, 2005. Il y a 20 ans, « l'activisme » et « les besoins de repères » symbolisaient la crèche, avec ses journées organisées et découpées en temps « forts ». Activités, repas, soins, sommeil. Les plannings faisaient leurs premières apparitions…
• Éducation ou conditionnement ? Demandez le programme !, par Jacques FORTIN - pédiatre, professeur honoraire de la faculté de médecine de Lille (sciences de l’éducation), auteur notamment de « Mieux vivre ensemble dès l’école maternelle », Hachette Education 2001. Les recherches de ces dernières décennies sur la prévention de la violence ont mis l’accent sur le rôle important joué par les compétences psychosociales dans la gestion des situations conflictuelles. Ces travaux nord-américains (1) ont conduit à la mise en œuvre de programmes d’intervention en milieu scolaire afin de développer ces compétences le plus tôt possible…
• PRATIQUES D’ÉDUCATION À LA RELATION 2 : «Vers le pacifique», un guide d’activités pour la maternelle, « Enseignante de maternelle depuis 17 ans, je trouve qu’au fil du temps, il y a de plus en plus de travail à faire du point de vue des compétences relationnelles. J’ai eu la chance de rencontrer, il y a quelques années, une personne qui possédait le Guide d’activités «Vers le pacifique » niveau 4 ans. J’ai été séduite par cet outil et je l’ai expérimenté dans deux écoles différentes, à ma grande satisfaction »… Témoignage de Julie Gaill.
• PRATIQUES D’ÉDUCATION À LA RELATION 4 : La Méthode ESPERE® en petite enfance, par Claire ARROYO et Frédérique BERNARD-GUILLERMINET Claire Arroyo-Weiss est Directrice et formatrice en management et pédagogie des relations humaines. Frédérique Bernard-Guillerminet est éducatrice de jeunes enfants et responsable pédagogique.Les « Ateliers du Petit Prince », en Martinique, est une structure qui réunit deux types d’accueil : un multi-accueil crèche-halte-éveil pour les petits de 3 mois à 4 ans et un centre de loisirs pour les enfants de 3 à 12 ans. Le projet institutionnel développe la pédagogie des relations, plus précisément la communication relationnelle inspirée de la Méthode ESPERE® initiée par le psychosociologue Jacques Salomé. Témoignage
• PRATIQUES D’ÉDUCATION À LA RELATION 5 : Ateliers Faber-Mazlish dans les crèches d’Aubagne, par Sophie BENKEMOUN - elle anime L’Atelier des parents qui propose des formations pratiques aux parents et aux professionnels de l’enfance pour améliorer ou rétablir la communication avec les enfants, à partir de la méthode mise au point par Adele Faber et Elaine Mazlish. Site : www.latelierdesparents.frUne question revient souvent dans les ateliers ou les conférences : les outils de communication bienveillante sont-ils adaptés aux très jeunes enfants (moins de 3 ans) ? Sont-ils adaptés aux enfants gardés par des assistantes maternelles ou en crèches ?…
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