En finir avec le harcèlement à l'école

10% des élèves vont à l'école la peur au ventre ...
N° 316 - Mai-Juin 2011

Uniquement disponible en version électronique



Editeur : Non-Violence Actualité
Année d'édition : Mai-Juin 2011
Nombre de pages : 28
Code NVA : 0401-316
Prix : €6.00

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Editorial

10% des élèves vont à l’école la peur au ventre
En finir avec le harcèlement à l’école

Vexer, taquiner, blesser, brimer, humilier, tourmenter, tracasser… Il ne manque pas de verbes pour caractériser les comportements agressifs selon leur nature, leur intensité ou leur degré de méchanceté. Pour désigner les situations d’agressions répétées, avec volonté de nuire, à l’encontre de personnes en situation de faiblesse, les anglo-saxons parlent de « bullying » (bull = taureau). C’est le psychologue suédois Dan Olweus qui a décrit le phénomène dans les années soixante-dix. Même si les agissements de ces « tyrans de cour d’école » n’ont pas encore une reconnaissance officielle dans la liste des violences scolaires en France, il s’agit bien de pratiques de harcèlement.

Les enquêtes montrent que près de 10% des élèves de collège reconnaissent subir régulièrement ce type de brimades. Ce sont les plus jeunes, les plus faibles et les plus isolés qui en sont les principales victimes. Le harcèlement peut aussi s’accompagner de discrimination (racisme, sexisme, homophobie). Les formes traditionnelles de persécutions comme les insultes, les menaces, les rumeurs, les humiliations, sont aujourd’hui renforcées par des pratiques comme le happy slapping (agressions filmées par téléphone mobile) ou le cyberbullying (harcèlement par internet). L’objectif est le même : la domination d’une personne ou d’un groupe sur une victime. Les moyens sont, par contre, décuplés.

Le harcèlement détruit toute confiance en soi. Comme en témoigne Karine sur un forum de discussion : « Le pire quand on a été harcelé (comme moi), c'est de voir, des années après, les agresseurs mener une petite vie parfaite (mariage bébé bon job) alors que les harcelés gardent tant les stigmates qu'ils n'ont plus confiance en eux et que ça se répercute dans tous les domaines. Dix ans après ou plus, on a encore mal, les agresseurs eux, c'est tout juste si ils s'en souviennent. Où est la justice ? Au moins, de nos jours, l'expression “harcèlement scolaire” donne un nom à ce calvaire, c'est un bon début… ». Honte, culpabilité, peur des représailles, méfiance vis-à-vis des adultes, empêchent les victimes de parler.

Les programmes de prévention du harcèlement doivent avant tout inciter le personnel scolaire, l’entourage de l’enfant et l’ensemble des élèves à se confronter au problème au lieu de l’ignorer. Des structures d’écoute sont susceptibles d’aider les victimes à extérioriser leur souffrance, tandis que des mises en situation vont permettre d’apprendre à faire la différence entre délation et non-assistance à personne en danger. Le renforcement de l’estime de soi est l’un des facteurs essentiels de protection. Et au niveau institutionnel, il est nécessaire que chaque établissement intègre dans son projet éducatif une politique claire d’information, de prévention et de sanctions s’appuyant sur un système de valeurs visible et respectueux de la personne humaine.

Extrait

Entretien avec Jean-Pierre BELLON

Harcèlement entre élèves
La face cachée des violences scolaires

Jean-Pierre BELLON est professeur de philosophie au Lycée Descartes de Cournon d’Auvergne (63), co-auteur avec Bertrand Gardette de « Harcèlement et brimades entre élèves. La face cachée de la violence scolaire », Ed. Fabert, 2010. Il est à l’origine de l’APHEE, Association pour la prévention des phénomènes de harcèlement entre élèves (http://www.harcelement-entre-eleves.com)

- NVA : Parmi toutes les violences, comment définissez-vous le harcèlement entre élèves ?

- Jean-Pierre Bellon : Pour parler de harcèlement, on considère qu’il faut qu’il y ait principalement trois éléments réunis : la répétition de petites violences qui, prises isolément, peuvent paraître tout-à-fait insignifiantes, mais qui, parce qu’elles sont répétées, rendent la vie des élèves quelquefois insupportable. La deuxième caractéristique est la disproportion des forces : les plus forts contre les plus faibles, les plus âgés contre les plus jeunes, le groupe contre celui qui est isolé… Les bagarres entre deux groupes de forces équivalentes, par exemple, ne font pas partie du harcèlement. Le troisième facteur est la volonté délibérée de nuire, même si elle est souvent dissimulée, si elle se présente sous la forme d’un jeu, sous la forme d’une plaisanterie…

- NVA : La victime est souvent seule face au groupe…

- J-P B. : Il y a en effet peu de cas de harcèlement entre deux personnes dans une relation strictement binaire. Nous l’avons rarement constaté que ce soit dans nos enquêtes ou dans les publications d’autres chercheurs. Il y a toujours un effet de groupe, avec au centre l’élève qui est certainement le plus impliqué dans le harcèlement. À côté de lui, il y a ses lieutenants, les seconds couteaux, qui viennent renforcer le harcèlement. Le harcelé est la plupart du temps seul, c’est une constante de nos observations. Pour mesurer le degré de sociabilité des collégiens, nous leur avons demandé dans notre enquête de se situer dans une grille allant de « je parle facilement aux autres élèves » jusqu’à « je reste toujours tout seul ». 7% des élèves se déclarent comme peu sociables. Ce sont aussi eux qui sont touchés à 40% par le harcèlement, 4 à 5 fois plus que la moyenne de l’échantillon.

- NVA :  Quel est le profil des protagonistes ?

- J-P B. :  C’est difficile de dresser un portrait du harcelé. Il suffit parfois d’une petite différence, d’une petite faiblesse qui d’ailleurs ne sera pas toujours perceptible par les adultes. Celui qui fait des blagues jugées pas drôles par les autres, qui n’a pas les mêmes repères culturels, celui qui est un peu plus fort, plus petit, plus grand, le trop bon élève, le mauvais… n’importe quelle différence que certains membres du groupe vont juger insupportable. Le harcelé, nous l’avons dit, est souvent seul. Il faut donc porter attention aux élèves qui n’ont pas d’amis, qui vont systématiquement au centre de documentation pendant les récréations, tout simplement pour se protéger, parce qu’ils ont peur.
Côté harceleur, on peut dire simplement qu’il a de la personnalité, du charisme, de l’influence sur le groupe, qu’il sait être drôle et tourner en dérision les travers de ses camarades. Il aime avoir du public, mais ne montre pas beaucoup d’empathie pour les autres.
Il y a aussi les témoins. Une chercheuse finlandaise, Christina Salmivalli, a très bien décrit la façon dont les témoins sont impliqués dans le harcèlement. Il y a ceux qui vont se mettre du côté de la victime, ceux qui vont se mettre du côté du harceleur et puis les autres, les plus nombreux, qui ne savent pas comment se comporter. C’est pourquoi la formation des pairs est absolument essentielle dans la prévention du harcèlement, de façon à augmenter le nombre de ceux qui vont prendre le parti de la victime.

 Entretien à lire dans NVA n° 316

 

Sommaire

Nouveauté : le guide pratique « Graines de médiateurs II »

En finir avec le harcèlement à l’école, Édito

Harcèlement entre élèves : la face cachée des violences scolaires - Entretien avec Jean-Pierre BELLON

Recherche scientifique : le harcèlement, une réalité connue depuis plus de 50 ans, par Catherine BLAYA - professeure en sciences de l’éducation à l’université de Bourgogne et membre de l’IREDU (Institut de Recherche en Education). Ses recherches portent sur des études comparatives quant aux problèmes de violence en milieu scolaire, à la délinquance juvénile et au décrochage scolaire. Elle a fondé, avec Éric Debarbieux, l'Observatoire européen de la violence scolaire.
Le harcèlement entre jeunes, notamment en milieu scolaire, fait l’objet d’études scientifiques et d’interventions depuis plus de cinquante ans en Europe du Nord. Le harcèlement connu sous le terme de « school bullying » ou « d’intimidation », fait partie des concepts prégnants dans l’étude de la violence en milieu scolaire, même si l’intérêt que lui portent actuellement les pouvoirs publics en France donne l’impression qu’il s’agit d’un phénomène plus récent

Les conséquences du harcèlement : Vincent, Caroline et les autres, par Catherine GIRAUD - psychologue clinicienne à la Maison de Solenn, maison des adolescents de Paris, et en grandes écoles d'ingénieurs. Elle est membre du bureau d'APSYMED (Association des Psychiatres et Médecins Scolaires).
Enfant réservé depuis toujours, bon élève dans une classe d’élèves en difficulté, Vincent, 12 ans, est repéré comme un « intello » et devenu à ce titre le souffre-douleur d’un groupe de garçons de sa classe de 5ème : systématiquement bousculé et insulté dans les couloirs, il est traité de « bouffon » en classe dès qu’il lève le doigt, et il lui est impossible de se concentrer en cours car il doit veiller sur sa trousse que les autres s’ingénient à faire tomber à grand bruit, ce qui lui vaut des remarques des enseignants, ou cacher ses livres et cahiers pour ne pas les retrouver couverts de colle ou démantelés…

Les sources du harcèlement : Certaines représentations mentales favorisent le harcèlement, par Édith TARTAR GODDET
Psychologue clinicienne, Édith Tartar Goddet assure des formations sur la psychologie de l’enfant et de l’adolescent, la prévention de la violence, la gestion des conflits et l’analyse des pratiques pour les personnels de l’Education nationale et en IUFM. Avec l’association « Temps de Rencontre, Temps de Parole », elle anime des groupes de parole pour aider jeunes et adultes à réfléchir sur la transmission des limites, la loi symbolique, la prévention de la violence, la gestion des relations. Auteure de nombreux livres sur ces sujets, elle a également conçu un matériel pédagogique et ludique, « Raconter la loi symbolique aux adolescents », et une exposition, « Être libre avec la loi ».
Tout enfant est exposé, dans le réel, au harcèlement à l’école. Comme spectateur, il absorbe le harcèlement de manière sensorielle (visuelle et auditive). Comme victime, il subit d’abord douloureusement ces faits de harcèlement, avant de prendre conscience (grâce à son entourage) qu’ils sont inadmissibles. Comme auteur, il produit ces faits pour s’amuser ou expérimenter des positions de domination à l’égard d’autrui. Les uns et les autres observeront, à travers les manières dont ces faits seront traités localement, les effets du harcèlement et leurs conséquences.

Les sources du harcèlement : Bouc émissaire et discriminations, par Éric VERDIER - psychologue communautaire, chef du pôle « Discriminations, violence et santé » à la Ligue Française pour la Santé Mentale, et membre du comité stratégique du service civique.
« De 2003 à 2006, j’ai mené une recherche-action à la Ligue des droits de l’Homme, afin de mieux comprendre quels sont les facteurs de vulnérabilité auxquels des jeunes sont exposés, ainsi que les facteurs de protection qu’ils mobilisent, lorsqu’ils sont dans une posture de bouc émissaire»…

Face au harcèlement : Quelles stratégies d’intervention ? par Bertrand GARDETTE - conseiller principal d’éducation en lycée professionnel. Il intervient dans la formation des CPE dans le cadre de l’IUFM d’Auvergne. Il a créé, avec Jean-Pierre Bellon, le site internet www.harcelement-entre-eleves.com et l’Association pour la prévention des phénomènes de harcèlement entre élèves (APHEE).
Prospérant dans l’ombre des violences conventionnelles, le « school-bullying » échappe au regard et à la vigilance des adultes. Doté d’une structure et d’une dynamique particulières, il est une forme de violence furtive, de celles qui n’entraînent pas de réprobation collective unanime et, en conséquence, de modalités d’actions éducatives adéquates. Définir des protocoles d’intervention pour neutraliser une situation de harcèlement et organiser sa prévention en s’adressant à l’ensemble des acteurs du système éducatif sont des objectifs accessibles.

Face au harcèlement : Construire des dynamiques de groupe, par Nicole CATHELINE - pédopsychiatre au Centre hospitalier Henri Laborit de Poitiers où elle est responsable d'une unité de soins de jour dédiée aux collégiens et lycéens en échec scolaire, présentant des troubles du comportement ou des difficultés scolaires. Elle est l’auteure notamment de « Harcèlements à l’école », Ed. Albin Michel, 2008.
Le monde des enfants est un monde auquel les adultes ne prêtent pas beaucoup attention. On considère qu’injures et brimades sont des jeux d’enfants, qu’il faut bien que jeunesse se passe, ou que ça forge le caractère, qu’il faut apprendre à se défendre… une sorte de stupide perpétuation de la tradition qui veut qu’on a tous subi ça et qu’on n’en est pas mort, que cela fait partie d’un apprentissage inévitable de la vie en groupe, une sorte de rite de passage un peu initiatique…

Témoignage : Comment parler du harcèlement en classe, par Nicole BAYART et Brigitte LIATARD
Par Nicole Bayart et Brigitte Liatard, membres de l’association « MédiActeurs Nouvelle Génération », 3 impasse Jean de Villiers, 95400 Villiers-le-Bel. Site : www.mediacteurs.com - Blog : http://mediacteursng.canalblog.com
Sourires complices en heure de vie de classe, le professeur principal vient d’aborder avec ses élèves le problème de l’exclusion : « Vous connaissez sans doute autour de vous un élève qui est rejeté ou qui est l’objet de moqueries ? » Ils savent tous de quoi il est question. Certes, l’exclusion n’est pas le harcèlement, mais où s’arrête l’un, où commence l’autre ?

KENNY, un film pour parler du harcèlement, par Gabriel GONNET
Gabriel Gonnet est le réalisateur du film « Kenny » ainsi que de « Un après-midi au collège, devenir médiateur ». Il dit pourquoi il se sent concerné par la question du harcèlement.
Site : www.lacathode.org et http://regards2banlieue.tv

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