La parentalité positive

Cultiver les bonnes pratiques

N° 322 - Mai-Juin 2012

Uniquement disponible en version électronique



Editeur : Non-Violence Actualité
Année d'édition : mai-juin 2012
Nombre de pages : 28
Code NVA : 401-322
Prix : €6.00

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Editorial

Cultiver les bonnes pratiques
LA PARENTALITÉ POSITIVE

Quand un parent utilise la violence physique ou verbale pour contrôler et punir son enfant, il lui envoie le message qu’en éducation l’agression peut être normale, voire efficace. Lorsque le parent recourt au châtiment corporel pour signifier à l’enfant de ne pas taper autrui, il montre qu’il est parfois acceptable de frapper l’autre si sa conduite ne vous convient pas. Le parent qui donne une fessée à son enfant parce qu’il court dans la rue, espère-t-il lui apprendre que son comportement est dangereux ? Peut-être, mais l’enfant risque surtout d’enregistrer qu’il vaut mieux ne pas courir dans la rue… en présence de ses parents !

Soyons clairs, peu de parents pensent aujourd’hui que les gestes ou les paroles agressives ont quelque chance de servir positivement leurs intentions éducatives. Ils ont conscience, le plus souvent, que la claque ou la fessée, les cris comme les hurlements, ne sont que le fruit de l’exaspération ou de la méconnaissance d’autres moyens. Il est vrai que la culture de l’autoritarisme, de laquelle nous sommes à peine sortis, a trop longtemps valorisé la punition comme instrument de soumission à l’autorité. Mais au XXIe siècle, plus personne n’a envie d’être un parent « négatif ». Chacun cherche à privilégier l’intérêt de l’enfant, son épanouissement, par des attitudes qui répondent à son besoin d’affection, de protection, d’appartenance…

La parentalité qualifiée de « positive » renvoie à un comportement qui met en avant l’éducation relationnelle et sociale de l’enfant, le développement de son autonomie… tout en lui posant des limites pour lui permettre de se structurer et de s’épanouir. La parentalité positive implique le respect des droits fondamentaux de l’enfant et donc un environnement non-violent, où les parents n’utilisent ni châtiments corporels ni humiliations pour résoudre les conflits. Lorsqu’un parent est à l’écoute de l’enfant et s’efforce de comprendre son point de vue, il encourage le développement d’un respect mutuel.

Dès sa naissance, l’enfant se construit dans la relation avec ses parents. D’où l’importance de développer dans la famille une approche éducative basée sur la bienveillance et le respect, le dialogue et l’empathie, ainsi que sur des règles de fonctionnement claires et adaptées. Et l’autorité ?… C’est d’aimer, de protéger et d’accompagner, pour favoriser l’éclosion de la personnalité. Et la sanction ?… c’est celle qui se situe dans la suite logique de l’acte, de façon à comprendre et modifier un comportement ou à en réparer les conséquences. En valorisant les bonnes pratiques, les compétences des parents en seront améliorées pour mieux répondre aux besoins de leurs enfants et accroître la confiance en eux autant que leur sérénité. Tels sont les enjeux de la parentalité positive… sans oublier le partage des tâches éducatives et ménagères, bien sûr !

Extrait

Entretien avec Isabelle FILLIOZAT

 Changer la relation parent-enfant
« Pour un quotidien moins prise de tête, plus heureux »

Isabelle Filliozat est psychothérapeute, psycho-praticienne en Thérapie Emotionnelle Empathique. Elle dirige l’Ecole des Intelligences Relationnelle et Émotionnelle (1). Auteure de nombreux livres dont le célèbre « J’ai tout essayé ! », elle dirige chez JC Lattès la nouvelle collection « Parents + » pour faire connaître les outils de la parentalité positive.

NVA : Quelle définition de la parentalité donnez-vous ?

Isabelle Filliozat : La parentalité désigne tout ce qui concerne le fait d’être parent : la relation et la fonction qui se développent entre un parent et son enfant sur les plans psychologique, sociologique, socio-économique, juridique et culturel. C’est le fait d’être en position de parent par rapport à un enfant, qu’il y ait lien de sang ou non. L’expression « soutien à la parentalité », fréquemment usitée dans les institutions, englobe les actions et les outils mis en place pour aider les parents dans leur fonction. Pour parler des gestes, des paroles et des actions du parent qui élève son enfant, on parle de « parentage », de façon à englober le maternage et le paternage.

NVA : Qu’apporte à la parentalité le qualificatif de « positif » ?

I.F. : Cela marque une volonté d’être constructif, pour l’enfant et pour le parent. Que l’on parle de parentalité bienveillante, non-violente, ou positive… on est dans la construction d’une relation et dans la recherche du développement de l’enfant. Selon la théorie psychanalytique classique, toujours dominante en France, l’enfant est considéré comme un être de pulsions que l’on doit contenir pour qu’il devienne un être social. Au principe de plaisir qui prévaudrait chez lui, les adultes doivent opposer un principe de réalité en posant des limites aux désirs, aux caprices et à sa toute-puissance. Dans ce cadre, nombre de ses comportements sont vus comme des manifestations d’opposition aux exigences parentales… d’où la réaction du parent qui va chercher à le contrôler, à le cadrer, sous peine de passer pour un « laxiste ». Selon le langage psychanalytique, il s’agit de procéder à diverses « castrations » symboliques pour éduquer l’enfant, vu comme « pervers polymorphe » selon la théorie des pulsions de Sigmund Freud.
Dans la parentalité positive, on ne cherche pas à supprimer des comportements négatifs ou à canaliser des pulsions, mais à orienter l’enfant vers son développement. On ne parle plus de pulsions mais d’élan vital de l’enfant. L’éducation devient beaucoup moins conflictuelle à partir du moment où on ne cherche plus à lutter contre une supposée toute puissance.

NVA : Changer de cadre suffit-il à changer la réalité de la relation parent-enfant ?

I.F. :  La parentalité positive, ou bienveillante, cherche d’abord à nourrir les besoins de l’enfant, sans présupposer qu’il va forcément chercher à nous manipuler et laisser libre cours à des pulsions perverses. Effectivement, on change complètement de cadre. Ce nouveau paradigme est enraciné dans la théorie de John Bowlby (1907-1990), psychiatre et psychanalyste anglais célèbre pour ses travaux sur la relation mère-enfant. Pour lui, les besoins fondamentaux du nouveau-né se situent au niveau des contacts physiques. La théorie de l'attachement est un champ de la psychologie qui traite des relations entre êtres humains. Son principe de base est qu'un jeune enfant a besoin, pour connaître un développement social et émotionnel normal, de développer une relation d'attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue. La théorie de Bowlby s’oppose à la théorie psychanalytique des pulsions et la rend obsolète. Freud avait lui-même pressenti à la fin de sa vie que l’apport des neurosciences allait bousculer toutes ses constructions. Alors que la psychanalyse considère l’enfant seul, séparé, Bowlby affirme que le bébé n’existe qu’en relation avec ses parents, sa famille. C’est un être social dès sa naissance. Ses comportements, y compris les plus difficiles, ne visent pas à manipuler le parent mais expriment des besoins, notamment d’attachement. Le rôle du parent est d’identifier ces besoins insatisfaits et de les nourrir.

… à suivre dans NVA 322

Sommaire

La parentalité positive : Cultiver les bonnes pratiques, Édito

« Changer la relation parent-enfant  pour un quotidien moins prise de tête, plus heureux… » - Entretien avec Isabelle FILLIOZAT, psychothérapeute, directrice de l’École des Intelligences Relationnelle et Émotionnelle.

La parentalité positive : avant tout, une attitude, par Sophie BENKEMOUN, fondatrice de l’Atelier des Parents qui développe la formation à la communication parents-enfants de Faber et Mazlish
Sylvie et Pierre, parents de Manon, 7 ans et de Tom, 4 ans, suivent depuis quelques semaines un atelier pour mieux communiquer avec leurs enfants. Ils prennent petit à petit conscience de l’impact de leurs paroles sur leurs enfants et y découvrent des outils de communication basés sur l’écoute, le respect…

Mettre des limites sans punir, par Catherine SCHMIDER - formatrice certifiée en Communication NonViolente et sophrologue. Elle travaille notamment au développement de la CNV en éducation, contact : cath.schmider@infonie.fr
« Ma fille avait 2 ou 3 ans, et le coucher avait été difficile. Arrive le moment où, dans le rituel habituel du coucher, je lis une histoire, et là je sens que je n’ai pas du tout envie de le faire, je suis encore sous le coup de l’énervement. Je m’interroge quelques secondes « est-ce que je prends sur moi pour le faire quand même ? … »

 Dire Non… incompatible avec la douceur ? par Karine LE GOAZIOU, accompagnatrice en parentalité, animatrice d’Éducation Bienveillante à Clermont-de-l’Oise (Picardie). Email : education.bienveillante@gmail.com
« J’entends souvent de nombreux parents autour de moi lancer des «Non» à tout va, dès que leur enfant leur demande quelque chose. «Non, je ne veux pas que tu fasses ça !», «Non, arrête de…», «Non, tu ne regarderas pas la télé, si tes devoirs ne sont pas terminés !»… Mais ce n’est pas du mot en soi dont j’ai envie de vous parler, mais plutôt du ton que nous adoptons pour accompagner ce Non…»

Les « Groupes d’échanges » de parents : Renforcer ses compétences grâce aux pairs, par Gaëlle DUJARDIN, coordinatrice de l’École des Parents et des Éducateurs du Loiret - 280 rue des Ormes, 45160 Olivet. Tél. 0658994545 – email : epe.olivet@gmail.com – site : www.epeolivet.fr
A l’origine de la création de l’Ecole des Parents et des Educateurs d’Olivet, une idée toute simple, partagée par quelques parents se réunissant dans le cadre du REAAP, Réseau d’Ecoute, d’Appui et d’Accompagnement des Parents du Loiret : comment offrir aux parents qui parfois s’attardent devant les écoles, un espace de rencontre, d’échanges autour des mille questions qu’ils se posent au sujet de l’éducation de leurs enfants ? L’idée de créer un groupe pour échanger en toute simplicité autour des préoccupations quotidiennes est née.

Chemins de Parents, un jeu pédagogique pour animer les groupes d’échanges de parents.
Des parents échangent et imaginent ensemble…un jeu pédagogique pour animer les groupes d’échanges de parents - Dès 16 ans - À partir de 4 joueurs

Théâtre-débat à Lambersart (59) : Imagine… des spectacles que pour les parents ! par Arnaud DEROO, consultant en éducation relationnelle et formateur.
Imaginez cinq personnes passionnées de rencontres, passionnées de leur travail et de la vie... et une envie énorme de célébrer la relation parent-enfant, d'apporter aux parents, dans la joie et la bonne humeur, une ouverture de conscience parentale pour que la relation parent-enfant soit dans le quotidien des plus bientraitante.

Suisse : La formation des parents encouragée par l’État, par Viviane FENTER, secrétaire romande de « Formation des Parents CH » - Avenue de Rumine 2, CH-1005 Lausanne (Suisse). Tél. 021 341 93 23. – email : fsfparents@gmail.com – site : www.formation-des-parents.ch
En Suisse, « Formation des Parents CH » est une structure qui rassemble, depuis 45 ans, la plupart des professionnels et associations actifs dans le domaine de la formation des parents…

La sanction en éducation, Entretien avec Eirick PRAIRAT, Professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Lorraine et membre de l’Institut universitaire de France (IUF). Il a récemment publié « L’autorité éducative : déclin, érosion ou métamorphose » (PUN, réédition 2011) et « La sanction en éducation » (PUF, Que sais-je ? 2011, 5ème édition remise à jour).
Claques et fessées ne sont-elles pas de l’ordre de la violence minimum en éducation ? Faut-il interdire par la loi tout châtiment corporel ? Une sanction peut-elle être non-violente ?… Quel parent n’est pas saisi par ces questionnements ? Et comment faire autrement si la loi l’interdit ? Nous avons demandé à Eirick Prairat, universitaire spécialiste de la sanction en éducation, de porter son regard de la classe vers la famille…

L’autorité des parents, par Jean-Marie PETITCLERC, éducateur spécialisé, spécialiste des questions d’éducation en zones sensibles. Auteur de nombreux livres sur ces problématiques, il dirige l'association Le Valdocco, et notamment un foyer pour jeunes en difficulté dans la région lyonnaise.
« Nous n’y arrivons plus !... » « Il conteste notre autorité »… Que de propos désenchantés tenus par des parents aujourd’hui, qui exposent ainsi leur difficulté face à leur enfant, en particulier à l’âge de l’adolescence. La relation d’autorité parents-enfants ne semble plus aller de soi…

Le lien parents-enfant, par l’Unité Petite Enfance et Parentalité Vivaldi de La Pitié-Salpêtrière (Paris)
L’unité petite enfance et parentalité Vivaldi a ouvert ses portes en Juin 1995. Sa création a été l’aboutissement d’une politique de santé mentale et de réseau qui s’est développée dans le 12ème arrondissement à Paris, à partir des années 1980. Elle est rattachée au service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent - service du Pr COHEN - de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de l’AP-HP.

Ressources : livres, outils pédagogiques, contacts sur la parentalité positive

Bloc-notes, formations : les petites annonces en France et ailleurs

La méthode ESPERE ®, troisième volet - Chronique de Jean-Luc MERMET, directeur du Centre Reliance de Grenoble

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