Créer des lieux de parole à l’école PDF Imprimer Envoyer
S’il est important de parler de la violence visible, celle qui s’exprime à l'école ou envers l’école et ses représentants, il est tout aussi important de ne pas s’aveugler sur l’importance de l’auto-violence (celles que les enfants se font à eux-mêmes) qui se révèle et se vit à l’école, dans les quartiers, dans la famille. Il s’agit là d’une violence plus diffuse, moins bien connue que celle qui fait la manchette des journaux.

On a donc d’un côté, une violence tournée vers autrui, qui s’exprime, qui se libère parfois mais surtout qui se montre, qui fait mal et qui dérange, c’est en cela qu’elle inquiète les adultes, les personnages politiques et suscite des mesures trop souvent défensives, réactionnelles, des réponses pas toujours adaptées.

Et d’un autre côté, une violence plus cachée, endémique, liée à une communication intime de plus en plus pauvre, à une difficulté pour de nombreux enfants de mettre des mots sur leurs ressentis et leurs souffrances. Cette auto-violence s’imprime de façon plus maligne, plus perverse, plus durable, via des supports comme la drogue, les suicides mais aussi les somatisations diverses (la consommation de médicaments est en augmentation croissante chez les jeunes). Auto-violence qui se prolonge et se traduit par un désarroi et des addictions qui marqueront durablement les futurs adultes, c'est à dire aussi les parents de demain.

Violences et auto violences, ne sont que la contrepartie, me semble-t-il, chèrement payée d'une incommunication galopante à l’école, dans la famille et dans la vie sociale proche.

Il serait temps de se mobiliser, d'introduire plus de lieux de paroles dans la vie scolaire, de créer des oasis relationnelles dans les déserts que deviennent les grandes métropoles, les jachères d’échanges que sont devenues les familles. Pour cela, je le répète inlassablement, se mobiliser pour qu’on apprenne un jour la communication à l’école comme une matière à part entière.

Apprendre une communication relationnelle (qui relie, qui permet au-delà d'un échange, le partage), une communication sans violence (qui développe l'écoute et la mise en commun et au-delà, la tolérance, le respect de soi et de l'autre, l'accès au sens). Apprendre la communication au même titre que le calcul, le français ou la géographie. Matière essentielle, vitale qui fait aujourd’hui le plus cruellement défaut dans leur relation au monde aux enfants et aux adolescents. Car n'oublions pas que lorsqu'il y a le silence des mots se réveille alors immanquablement la violence des maux.

La matière première qui sera le plus à cultiver au XXI ème siècle, sera la communication relationnelle, à ne pas confondre avec la communication de consommation (confondue avec la circulation de l’information) qui domine actuellement dans la plupart des échanges. Une classe de nouveaux pauvres, constituée par des milliers de sous-alimentés de l’échange, par les déshérités du partage et les affamés de la convivialité est en train de naître et de se développer dans la plupart des pays dits riches. Cela uniformément dans tous les milieux, dans toutes les classes sociales. Ces nouveaux pauvres relationnels sont d’autant plus démunis qu’ils sont aussi les plus silencieux, car dépossédés d’une parole propre, la leur.

Ce ne sont pas les programmes scolaires qu’il faut changer, ce sont les systèmes de relation entre les personnes qui y vivent, qu'il conviendrait de démystifier et de modifier. Toutes propositions, faites en aval, de soutien, d’amélioration, de restauration ou d’aide relationnelle, qui nous semblent nécessaires, urgentes face à un incident ou à une situation de crise, n’arrivera pas cependant à contrarier les effets pervers du système anti-relationnel toujours en place, si on ne touche pas aux causes de la violence.

Apprendre un jour la communication relationnelle à l’école, ce sera prendre le risque de travailler et de prévoir enfin en amont et non plus de se laisser déborder, d'investir des énergies considérables à tenter de réparer en aval, sans jamais percevoir de résultat.

Il suffirait de faire se rencontrer une volonté politique et une démarche de conscientisation essentielle chez les parents et les enseignants pour initier une telle démarche.

Chez les décideurs, de promouvoir des moyens pour créer et offrir des temps de formation aux relations humaines à tous ceux qui ?uvrent sur le terrain de l'enfance.

Chez les parents, de leur rappeler quelles sont les grandes fonctions parentales à mettre en ?uvre pour permettre à un enfant d'affronter les contraintes et les frustrations inévitables d'une réalité qui n'est pas à son service.

Chez les enseignants, de leur proposer d’avoir l’humilité de se former pour acquérir les bases d'une méthodologie transmissible, s'appuyant sur quelques règles d'hygiène relationnelles communes à proposer tout au long du cursus scolaire.

Comme le rappelait souvent ma grand-mère, la prise de conscience est nécessaire, indispensable, mais rarement suffisante. Elle ajoutait « j’ai pris conscience que le pneu arrière de mon vélo était crévé… c’est curieux cela ne l’a pas regonflé ! ».

Jacques Salomé
NVA 293 - Juil/août 2007


© Non-Violence Actualité
Extrait du n°293 de la revue Non-violence Actualité
 

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