L'hygiène relationnelle PDF Imprimer Envoyer
Les oreilles sont propres, pas le moindre petit résidu d'aliment entre les dents, ça brille entre les doigts de pieds… Il n'y a rien à redire côté hygiène corporelle, le père que je suis peut être fier de ses chérubins. Leur hygiène plus générale de vie, dans l'alimentation comme dans les rythmes de vie ou la pratique de sport, est tout à fait honorable.

J'ai cru longtemps que cela suffisait. Lorsque j'ai découvert que l'hygiène la plus importante était d'une autre nature, mes enfants avaient déjà grandi… Quel dommage que nous n'apprenions pas, comme parent, à être vigilant à la pire des pollutions qui puisse salir un enfant : la pollution relationnelle, et que nous n'apprenions pas à aider l'enfant à se nettoyer de cette "crasse"-là…


Repérer la "pollution relationnelle"…

Un peu comme le poulpe qui projette son encre noire pour se défendre, tout être humain a tendance à projeter de la "pollution relationnelle" lorsqu'il se sent mis en cause ou confronté à ses peurs. Ce comportement a pour fonction de masquer ce qui a été touché en soi par l'attitude de l'autre. Cette pollution est repérable à quelques attitudes hélas bien familières :

- Le jugement : "Ce n'est pas bien de ne pas vouloir convier à ton anniversaire le copain qui t'a invité" 
- La dévalorisation : "Tu es tellement maladroit que je préfère ne rien te demander !" 
- La disqualification du ressenti : "Tu ne vas quand même pas pleurer parce que tu as perdu ton chat ? Je vais t'en acheter un autre !"
- L'injonction : "Tu devrais aimer un peu plus ton frère !"
- Le chantage : "Si tu ne te tiens pas tranquille, ne compte pas sur moi pour jouer avec toi après le repas !"
- La culpabilisation : "Tu ne vois pas comme maman est fatiguée avec tout le souci que tu lui fais faire ?"
- La comparaison : "Regarde ton petit camarade : il y arrive bien, lui !".

Dans beaucoup de cas, ces attitudes ne sont pas associées à de la colère explicite ni à un ton violent, mais elles s'infiltrent au contraire dans le quotidien de la vie avec un naturel parfait, comme un danger sournois et invisible dont les effets pervers ne seront perçus que bien plus tard.


L'hygiène relationnelle… Cela s'éduque !

Nous devrions apprendre à nos enfants, en plus des règles de grammaire et d'arithmétique, les règles qui régissent les relations entre les personnes. Par exemple, faire à l'enfant - ou l'inviter à faire - un dessin avec un cercle pour le représenter, lui, un autre cercle un peu plus loin représentant une autre personne (par exemple un adulte, ou un copain de classe) et entre les deux, un "canal" qui les relie pour illustrer la relation entre eux deux.

L'enfant voit ainsi que la relation est ce canal dans lequel chacun envoie des messages vers l'autre. Nous pouvons représenter, par une pastille noire par exemple, la remarque blessante que son oncle a fait en disant que "heureusement, tous les enfants de la famille ne sont pas aussi égoïstes". Nous faisons circuler cette pastille dans le canal, de l'oncle vers l'enfant. Avec une pastille colorée, nous illustrons le "bon" reçu par l'enfant lorsque le même oncle, à un autre moment, dit sa fierté d'avoir un neveu qui, si jeune, sait déjà si bien jouer du piano.

Ainsi l'enfant peut-il apprendre à différencier les messages positifs des messages toxiques, même lorsque les deux viennent, comme c'est souvent le cas, d'une même personne. Ce qui rend difficile le positionnement de l'enfant face à cette personne. En le questionnant sur ce qu'il ressent en entendant tel ou tel propos, nous lui permettons de se relier à lui-même et de construire son propre baromètre de ce qui est bon pour lui et de ce qui ne l'est pas. Très vite, il va comprendre que, s'il est bon pour lui d'accueillir les pastilles colorées, il pourrait peut-être essayer de ne pas garder les différentes pastilles noires qu'il reçoit au cours de sa journée…


De la compréhension à l'action !

Mélanie est en CE2. Sa maman la récupère en larme à la sortie de l'école. Elle l'écoute. Cela se passe mal avec la maîtresse qui, elle non plus n'ayant pas appris les règles d'hygiène relationnelle, parle allègrement "sur" les enfants… Accompagnée par sa maman, Mélanie décide d'écrire sur une feuille la phrase qu'elle avait entendue : "Décidément, tu ne seras jamais capable de faire autre chose qu'un gribouillis". La maîtresse avait dit cela en parlant du dessin de Mélanie, qui était pourtant fière de son oeuvre. Elle plie la feuille où elle a écrit cette phrase, et marque dessus : "Phrase de la maîtresse". Le lendemain matin, elle dépose le papier sur le bureau de la maîtresse. Le soir Mélanie raconte joyeusement à ses parents que la maîtresse avait fait plusieurs remarques désagréables, comme d'habitude, mais que cela ne la touchait plus du tout. Elle venait de comprendre qu'il était possible de ne pas se blesser avec le comportement de l'autre… sans qu'il soit nécessaire, pour autant, d'attendre que l'autre change ! Et que ce n'est pas parce qu'elle avait reçu une "pastille noire" qu'elle était obligée de la garder…

Parfois ce positionnement est difficile pour l'enfant ; il peut alors utiliser la "poubelle relationnelle" : c'est une corbeille spécialement dédiée à cet usage, où il peut jeter une phrase blessante, un dessin ou un objet représentant le "pas bon" qu'il a reçu, de par le comportement d'un camarade de classe ou de quelqu'un d'autre. Il découvre ainsi que les pollutions peuvent être laissées… Le rôle de l'adulte sera de l'accompagner, chaque fois que cela sera possible sans le mettre en insécurité ni en danger, à restituer ces messages toxiques à leurs auteurs, car cela reste la démarche la plus juste : d'une part parce qu'elle remet "à sa place" un message qui n'a pas à être déposé sur l'enfant, d'autre part parce qu'elle permet un vrai travail de positionnement, fait non pas contre l'autre, mais pour soi, dans le respect de soi-même et de l'autre.

Ce qu'enseignent les règles "d'hygiène relationnelle", c'est aussi d'éviter de produire soi-même ces "déchets" : l'enfant peut apprendre qu'au lieu de parler "sur" l'autre ("Maxime c'est un idiot, il n'a pas voulu venir à mon anniversaire"), il peut parler "de lui" ("Je suis déçu que Maxime ne soit pas là…").

Pour pouvoir éveiller nos enfants à ces règles-là, encore faut-il que nous, adultes, les ayons intégrées, alors qu'elles prennent à contre-pied beaucoup de nos habitudes spontanées… Par chance, elles peuvent s'apprendre à tout âge ! 


© Non-Violence Actualité
Extrait du n° 279 de la revue Non-violence Actualité
 

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