NON VIOLENCE ACTUALITE - fiches - Le terreau des violences humaines

   

Vous êtes ici : accueil > inform'actif > fiches > Le terreau des violences humaines

Accueil Plan du site contact F.A.Q rechercher dans le site accés membre

LES CHRONIQUES DE JACQUES SALOMÉ

2- Le terreau des violences humaines

 

Tout être humain quel que soit son milieu d’origine sera le « produit », la résultante d’une alternance, plus ou moins bien dosée, tout au long de son existence (mais surtout au début de sa vie) d’impacts gratifiants ou menaçants, vivifiants ou destructeurs, nourrissants ou frustrants,  venant de son entourage immédiat. Il y aura donc à établir un lien très étroit entre les violences reçues et engrangées par chacun à un moment sensible de son enfance et les violences qui seront produites et exprimées plus tard, soit comme enfant, adolescent ou adulte.

Vont ainsi s’engranger, en chacun de nous, des blessures, liées à des paroles toxiques, à des comportements disqualifiants, aliénants ou violents qui vont s'inscrire dans notre corps ou notre imaginaire dès les premiers temps de la vie et surtout tout au long de notre enfance et plus tard dans les périodes de vulnérabilité qui vont jalonner notre existence.

Certaines de ces blessures sont très archaïques, inscrites à l'époque de la gestation (avec la perte d’un alter ego gémellaire par exemple, une contamination virale intra-utérine, une pollution par une dépendance à l’alcool, à la drogue), d’autres précoces au moment de la naissance (avec la séparation, la perte d'un milieu comblant) et dans les premiers mois de la vie (avec la peur de l’abandon ou du rejet, avec l’insécurité d’un tout petit bébé confronté parfois aux réponses aléatoires ou inadaptées de son entourage).

D’autres blessures encore vont surgir et se déposer précocement dans le décalage vécu comme insupportable entre les attentes de la petite enfance: chaleur, sécurité, soins de base, stimulations sociales et les réponses plus ou moins adaptées du milieu qui vont colorer et interférer dans les premières relations de l'enfant au monde.

Et puis il peut y avoir des impacts plus violents, qui vont s’inscrire autour de certaines rencontres négativantes, polluantes ou destructrices avec les personnages significatifs de son histoire, proches ou moins proches qui vont avoir un effet quelquefois très déstabilisant et laisser des traces durables, chez beaucoup, bien au-delà de l’enfance et l’adolescence.

Ces dernières violences qui vont créer ce que j’appelle les blessures de l’ego ont pour origine des expériences relationnelles vécues à des moments sensibles de l'histoire d'un enfant. Elles se construisent autour des injustices, des humiliations, de la trahison, de l’abandon, du non-amour. Elles seront majorées par des sentiments d’impuissance et de non-estime de soi qui accompagnent trop souvent les relations d’un enfant avec les personnes marquantes mais qui auront été défaillantes de son entourage.

Plus tard, à l’adolescence ou à l’âge adulte, ces blessures peuvent être restimulées, réveillées, réactivées au quotidien à partir de paroles, de gestes, de comportements ou de conduites parfois très banales ou apparemment peu agressantes, venant d’autrui (souvent de proches) et qui vont ouvrir, tels de véritables boulets de canon, des plaies et des blessures immenses. Tout cela sans commune mesure avec l’élément déclencheur et à la surprise de l’entourage qui ne comprend pas le lien de cause à effet qui se déroule sous ses yeux.

Il ne semble pas possible de supprimer les blessures de notre histoire, mais il est possible de veiller à se protéger pour ne pas les réactiver, d'éviter de les gratter ou de les réveiller au travers de relations qui vont se révéler très négatives.

Ainsi, une des grandes violences cachées, déposée aujourd'hui chez beaucoup d'enfants et d'ex enfants, a son origine dans la façon dont les parents ont oublié qu'ils étaient là pour répondre aux besoins profonds de ceux qu'ils ont mis au monde : besoins de survie (nourrissement, sécurité, santé) besoins affectifs (environnement compatissant et aimant) besoins relationnels (pour pouvoir se relier aux autres, construire son autonomie, s'engager dans la vie) et non à tous leurs désirs.

Il semble, au contraire, que depuis deux ou trois décennies, les adultes en situation de parentalité, ont répondu trop vite, trop souvent aux désirs de leurs enfants, les transformant en redoutables consommateurs, en tyrans domestiques et sociaux. En oubliant qu'il était nécessaire, vital, indispensable que ces enfants se confrontent, de façon dosée, aux exigences, aux contraintes et aux frustrations inévitables de la réalité.C'est ainsi que sont apparus ces enfants du désir, toujours insatisfaits, dont le seuil de frustration est tellement bas que toute rencontre avec la réalité est vécue par eux comme une agression insupportable à laquelle ils vont répondre, sans état d'âme, par de la violence.

En s'appuyant sur ce constat, il serait possible de proposer dans le cursus scolaire et au delà dans des écoles à la parentalité et des écoles à la citoyenneté, un enseignement qui poserait quelques jalons permettant à la fois aux enfants, aux parents et aux accompagnants de l'enfance, non seulement de prendre conscience des origines multiples de la violence et de l’auto violence, mais grâce à des balises, à des points de repères clairs, à des règles d’hygiène relationnelles simples, de proposer d'autres alternatives pour combattre la violence à sa source, en évitant qu’elle ne s’inscrive, se répande dans la vie d’un enfant.

A cela bien sûr, vont venir s’ajouter dans certains pays, les injustices sociales, culturelles, économiques, les dérapages politiques, l’irruption de la guerre, l’embrigadement des enfants dans les conflits intra nationaux, qui vont être autant de facteurs amplificateurs de la violence et dévaster toute une vie.

Il me semble cependant que si nous pouvions introduire un enseignement de la communication non-violente dès l’école maternelle, nous pourrions nous appuyer sur les ressources vives des enfants pour qu’ils puissent devenir les adultes de demain.

Jacques Salomé
NVA 290 - Janv/fév 2007

 


© Non-Violence Actualité
Extrait du 290 de la revue Non-violence Actualité
 
Liste des fiches pédagogiques
Envoyer la page
Envoyer cette page
Nous faire part d'une expérience
Version imprimable
imprimer cette page
   
Haut de page haut de page