Coopérer est un enrichissement. Pourtant, cela ne
va pas de soi, notamment dans un établissement scolaire.
En effet, comment faire prendre part à une uvre
commune quand on ne choisit pas les gens avec lesquels on
travaille, quand le travail d'équipe n'est pas pour
tous une évidence, quand les conceptions en matière
éducative des uns et des autres sont différentes,
voire opposées ?
Témoignage de Jamila
Krebis, Conseillère Principale d'Education dans un
collège de Montrouge (92).
J'ai choisi de vous relater notre expérience
au Collège du Haut Mesnil de Montrouge. Ce n'est pas
un modèle, mais un exemple parmi d'autres de ce que
peut être la mise en place d'une coopération
dans un établissement scolaire avec ses limites, mais
aussi ses réalisations.
Une idée simple, mais fédératrice : le
respect mutuel
Aline Peignault est la Principale du Collège
Le Haut Mesnil qu'elle dirige depuis 1996 avec Lydie Villemard,
principale adjointe. De 1990 à 1996, Aline Peignault
a dirigé le Collège Gagarine à Trappes
(78). Elle a souhaité tirer parti de l'expérience
acquise dans cet établissement.
C'est ainsi, qu'avec un groupe de personnes issues de ce collège,
elle a créé le Réseau Ethique et Pédagogie.
Le Réseau, qui peu à peu a réuni autour
de lui d'autres praticiens de l'Ecole, a eu pour objectif
de placer le questionnement éthique au cur de
la réflexion et de l'action.
Des liens très forts unissent le Réseau au Collège.
On peut même parler d'interaction entre l'un et l'autre.
C'est cet enrichissement mutuel du Réseau et du Collège,
de la théorie et de la pratique, associés au
questionnement éthique et à l'idée que
la transformation personnelle entraîne la transformation
sociale, qui va irriguer et marquer durablement la culture
de l'établissement
En 1996, alors qu'il s'agissait de mettre en
place un projet d'établissement, des professeurs ont
souhaité rédiger un "code de conduite pour
les élèves", afin de renforcer la portée
du règlement intérieur.
Très vite l'idée s'est imposée qu'on
ne peut as rédiger un code pour les élèves
sans s'interroger sur la conduite des adultes et reconnaître
qu'ils n'ont pas tous les droits et ne peuvent pas faire n'importe
quoi.
Deux groupes de travail se sont constitués, l'un composé
d'élèves, l'autre d'adultes, chacun ayant pour
objectif de réfléchir à ce qu'il attendait
de l'autre. Les deux groupes se sont informés mutuellement
puis n'en ont plus formé qu'un seul, lequel a continué
la réflexion et a largement communiqué en direction
de tous les élèves et de tous les adultes du
collège. Après une négociation qui a
duré un an, on est arrivé à un texte
dans lequel chacun pouvait se reconnaître et qui a été
validé par tous.
Ainsi est né le Contrat de Respect Mutuel. D'abord
expérimenté dans une classe de 4ème pendant
un trimestre, il a été adopté pour tout
le Collège à la rentrée suivante.
Comme dans tout contrat, les deux co-contractants ont la "volonté
de s'entendre" et des obligations à respecter.
Ils ont également des avantages à tirer de ce
contrat, puisqu'il s'agit pour eux de "mieux travailler
au collège". Longuement négocié,
ce contrat reste négociable : "si quelque chose
ne va pas, on peut le changer".
Ce contrat renvoie chacun à sa conscience.
Il s'appuie sur la "bonne volonté des élèves"
et la "conscience professionnelle des adultes".
Il repose donc sur la volonté de chacun et en ce sens
prend en compte la liberté des personnes. Ce n'est
ni une promesse ni un engagement, ces mots ne figurent pas
dans le document. Il précise qu'en cas de problème,
la solution est de "réfléchir". Il
fait donc l'hypothèse que la transformation personnelle
est possible mais cela ne va pas de soi : "il faut le
relire souvent parce qu'on peut l'oublier".
Il aborde la question des apprentissages. Il traite de contrôles
et de la notation, questions particulièrement délicates
parce que c'est le domaine du "pouvoir" de l'enseignant
qui peut parfois entraîner des décisions arbitraires
avec des conséquences importantes pour la scolarité
de l'élève.
Enfin ce contrat dit le sens. Il rappelle que
tous les acteurs sont au collège pour " travailler
" et montre que le contrat et le règlement sont
deux documents bien distincts, l'un renforçant la cohérence
de l'autre. Enfin, il affirme la volonté des acteurs
de rendre l'école plus humaine en substituant la parole
à l'affrontement : " en cas de problème
il faut en parler sans se faire de reproches ".
Une politique participative
Le Contrat de Respect amène les adultes
à se remettre en cause et se posent donc aussi tous
les problèmes de résistance au changement. L'équipe
de direction a dû dans un premier temps rassurer et
se poser comme le garant de la loi. Elle ne perd pas de vue
que l'adulte est investi d'autorité. On ne peut pas
vouloir diffuser une culture de respect sans appliquer soi-même
ces mêmes principes. Le respect n'est pas une discipline
qu'on enseigne. C'est une démarche, un processus. Afin
de maintenir un climat de sérénité, il
a fallu privilégier le dialogue et l'écoute
et prendre en compte la parole de l'autre, ne rien imposer,
ne pas tenter de " passer en force ", accepter de
prendre des décisions qui ne sont pas entièrement
satisfaisantes.
Dans un établissement scolaire, le chef
d'établissement donne le ton. En développant
l'autonomie et la confiance, en valorisant les initiatives
et les projets à visée éducative, le
chef d'établissement s'inscrit lui-même dans
cette démarche qu'il préconise.
Il y a toujours des réticences de toutes sortes. L'idée
est de s'appuyer sur les éléments moteurs afin
d'entraîner l'ensemble de la communauté éducative
dans cette dynamique d'un projet commun. Il est utile également
d'utiliser les " leviers " que sont la reconnaissance
et les évaluations.
Lorsqu'on développe dans un établissement scolaire
une culture du respect, cela retentit sur les liens que l'établissement
tisse avec son environnement. Les parents d'élèves
apportent un soutien important à cette démarche
dans laquelle ils se sentent reconnus en tant que parents.
Le Contrat de Respect mutuel est bénéfique
notamment pour l'image du collège. L'institution à
travers ses relais hiérarchiques valorise ce travail,
mais inévitablement cette démarche interroge
le fonctionnement institutionnel quand on sait que prévalent
trop souvent la lourdeur des structures et le poids du "
pas de vagues ".
Ainsi pratiquée, l'éducation au respect n'est
autre qu'un questionnement éthique appliqué
au quotidien qui met la personne au centre de la réflexion.
Le respect n'est pas une discipline qu'on enseigne. C'est
une démarche qui se met en uvre dans et par l'action.
Elle passe par une prise de conscience personnelle qui nécessite
de chacun un travail d'intériorisation. Cette transformation
personnelle qui a besoin de temps est la condition et le préalable
pour que se réalise véritablement un changement
de l'école en profondeur.
Le projet d'établissement est le texte
qui définit la politique d'un établissement
en fonction de son identité propre. Il est valable
pour une durée de trois/quatre ans. Nous avons tenté
de faire participer tous les membres de la communauté
éducative (tous les adultes du collège, tous
les élèves, les parents) et d'en faire le projet
de tous et donc de chacun. Tout un chacun se reconnaissant
dans ce projet auquel il a apporté sa contribution,
ce dernier pouvait maintenant faire sens. Il a fallu une année
entière pour bâtir ce projet dont les fondations
sont devenues à la demande de tous, le Contrat de Respect
Mutuel.
Des actions symboliques et solennelles
Les différentes évaluations
de fin d'année montrent une nette diminution des actes
d'incivilités ou de manquement au règlement
intérieur. On peut faire l'hypothèse que ces
données quantitatives sont l'effet de la politique
éducative. Celle-ci est ancrée sur le terrain,
illustrée par des actions symboliques et solennelles.
- L'arbre du respect - Les élèves ont cherché
à illustrer d'une manière concrète les
valeurs exprimées dans le Contrat de Respect Mutuel,
c'est ainsi qu'est né l'Arbre du Respect que chacun
peut voir exposé dans le hall du Collège. L'arbre
est devenu très vite une image centrale pour la politique
de l'établissement.
- Le concours - Pour sensibiliser les élèves
arrivant en 6ème, nous avons initié un concours
de poésie et de dessin. Cette façon ludique
et amusante de les familiariser avec la politique de l'établissement
a mobilisé bon nombre d'adultes, parmi lesquels les
professeurs principaux de 6ème.
Ce projet, apparemment anodin, a eu un impact sur l'ensemble
du collège.
En effet, il a donné lieu à une exposition des
travaux des élèves, - ce qui a solennisé
le concours -, et à un vote de tous les élèves
et de tous les adultes du collège, vote auquel ont
pu également participer les parents.
Pendant une récréation, une cérémonie
officielle de remise des prix a ensuite eu lieu.