Les contacts avec les Parlementaires pris
par la Coordination française pour la Décennie
commencent à porter des fruits. À deux reprises
en ce mois de mars 2005, le Sénat a eu l'occasion de
se pencher sur la proposition d'introduire une éducation
à la non-violence et à la paix à l'école.
Du 15 au 19 mars, d'abord, lors de la discussion du projet
de loi d'orientation sur l'avenir de l'école. Le 29
mars, ensuite, avec la proposition de loi renforçant
la prévention et la répression des violences
au sein du couple.
Loi d'orientation sur l'avenir
de l'école
- 16 mars - Mme Gisèle Gautier, Sénatrice
UDF de Loire-Atlantique, a présenté un amendement
en faveur de l'enseignement de la non-violence et de la paix
par les établissements scolaires : " Le 10 novembre
1998, l'Assemblée générale de l'ONU a
adopté à l'unanimité la résolution
53/25, proclamant la décennie 2001-2010 " Décennie
internationale de la promotion d'une culture de la non-violence
et de la paix au profit des enfants du monde ". Suivant
l'invitation de l'Assemblée générale
de l'ONU, l'introduction d'une éducation à la
non-violence et à la paix permettrait de répondre
aux difficultés récurrentes rencontrées
dans un nombre grandissant d'établissements scolaires
en matière de vivre ensemble et de violence des enfants
et des adolescents. Tous les rapports du ministère
de l'éducation nationale sur le thème de la
violence à l'école montrent le maintien à
un niveau élevé du nombre d'actes d'indiscipline
et parfois de violence commis par des élèves.
Une politique de sanction de ces actes violents est nécessaire,
mais il convient de l'accompagner en amont d'une formation
des jeunes à la non-violence et à la paix leur
permettant d'acquérir les compétences nécessaires
à un mieux vivre ensemble à l'école et
en dehors de l'école. Cet enseignement spécifique,
déjà expérimenté dans plusieurs
établissements scolaires, a fait la preuve de son efficacité
dans la formation des jeunes et dans la qualité du
vivre ensemble des établissements concernés
(
)
- Après avoir été retiré, cet
amendement a été repris par Mme Annie David,
Sénatrice communiste de l'Isère, donnant lieu
à une intervention de M. François Fillon, ministre
qui a déclaré que " la non-violence et
la paix sont naturellement des préoccupations qui ne
sont pas absentes des programmes aujourd'hui " et qu'
" on ne peut être que favorable au principe de
l'éducation à la non-violence. "
tout en donnant un avis défavorable à cet amendement
!
- Mme Dominique Voynet, Sénatrice (rattachée
au groupe socialiste) de Seine-Saint-Denis, a présenté
un amendement visant à introduire dans la loi la notion
de coopération entre élèves.
- 17 mars - Mme Marie-Christine Blandin, Sénatrice
(rattachée au groupe socialiste) du Nord a présenté
l'amendement 181 : " Par cet amendement, nous proposons
d'ajouter, aux missions de l'éducation nationale, la
résolution pacifique et non-violente des conflits pouvant
survenir dans tout groupe humain. (
) Seule l'école
peut donner à voir et à vivre d'autres manières
de résoudre divergences et conflits. L'objectivation
de l'objet du conflit, la séparation de l'affect et
des faits, la distinction du procès d'intention et
du réel, l'éducation à l'écoute
de l'autre, le renoncement à l'intégralité
de ce que l'on voulait imposer ou faire admettre, la négociation,
la construction d'un accord et, donc, de l'apaisement, tout
cela ne peut pas s'improviser, tout cela doit s'apprendre.
C'est pour ces raisons que nous voulons que dans la loi définissant
les missions de l'école figure clairement la résolution
pacifique et non-violente des conflits pouvant survenir dans
un groupe humain ".
Ces amendements n'ont pas été adoptés.
Néanmoins, la prise de conscience de l'utilité
de l'éducation à la non-violence et à
la paix progresse. Les femmes de l'UDF et des Verts sont revenues
à la charge quelques jours plus tard, lors du débat
sur les violences familiales, pour souligner la nécessité
d'une véritable éducation des enfants au respect
et à la non-violence.
Loi sur les " Violences au sein du couple " - 29
mars
- Mme Gisèle Gautier, sénatrice
UDF. Amendement n° 25 proposant un ajout au Code de l'Éducation
: " L'éducation à la non-violence et à
la paix - Tous les élèves reçoivent une
éducation pour une culture de la paix et de la non-violence.
Cette éducation permet les connaissances, compétences,
valeurs, attitudes, et comportements fondés sur les
principes de liberté, de justice et de démocratie,
ainsi que d'égalité entre les femmes et les
hommes, sur les droits humains et sur la tolérance
et la solidarité. Cet enseignement apprend à
rejeter la violence et à prévenir les conflits
pour résoudre les problèmes grâce au dialogue
et à la médiation. Il développe les compétences
qui garantissent le plein exercice de tous les droits et les
moyens de participer pleinement à la vie démocratique
de notre société. "
- Mme Ameline (UDF), ministre de la Parité : "
En ce qui concerne l'amendement n° 25 de Mme Gisèle
Gautier, je ne nie pas que les valeurs de paix et de non-violence
méritent d'être transmises, mais l'objectif que
vous visez est satisfait puisque ce sont là des concepts
clés du programme d'éducation civique de la
classe de 3e. Dès le primaire, les élèves
découvrent les grandes figures du pacifisme que sont
Gandhi, Martin Luther King ou Nelson Mandela. Des interventions
en classe, des débats peuvent être organisés.
Le gouvernement s'attachera avec soin à la prise en
compte de ces valeurs fondamentales. Je souhaite donc le retrait
de cet amendement. Sinon, avis défavorable. "
- Mme Dominique Voynet : " La réponse de Mme la
ministre me désoriente. La proposition de Mme Gisèle
Gautier bénéficierait à tous les jeunes.
Lors de l'examen du projet de loi relatif à l'école,
M. Fillon avait eu encore une autre réponse, disant
que l'introduction d'une note de vie scolaire permettrait
de traiter le problème. Fera-t-on donc peser sur l'élève
la responsabilité d'un changement de comportement,
comme si cela ne s'apprenait pas ? Aucune mesure ne sera donc
prise qui témoignerait de notre volonté de respecter
l'engagement pris à l'UNESCO ? (
) C'est en généralisant
l'éducation à la non-violence que l'on ira au-delà
de pures incantations. "
À la demande du groupe U.M.P., l'amendement n°
25 est mis aux voix par scrutin public. Résultats du
scrutin : Nombre de votants : 328 - Suffrages exprimés
: 313 - Majorité absolue : 162 - Pour : 153 - Contre
: 160 - Le Sénat n'a pas adopté
mais il
s'en est fallu de quelques voix !
Pour en savoir plus :
www.decennie.org
Coordination française pour la Décennie, 148
rue du Fbg Saint-Denis, 75010 Paris.
Tél. 01 46 33 41 56.