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L'action du Comité d'éducation pour la santé de Mayenne
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| Depuis trois ans, le CODES 53 accompagne le Collège René Cassin dans la mise en place d'un programme d'action pour « mieux vivre ensemble ». Situé à Ernée, commune de 6.000 habitants dans la campagne du nord-ouest mayennais, cet établissement accueille un peu plus de 300 jeunes des communes environnantes.
En 2002 l'infirmière et l‘assistante sociale, sous l'égide de la Principale du collège, ont mené un travail d'enquête auprès des élèves sur leurs habitudes de vie et leur perception de la santé. À partir des résultats de cette enquête, elles ont commencé à construire un projet de promotion de la santé (1) pour l'établissement autour du « mieux vivre ensemble ». Cette équipe a contacté le CODES et nous leur avons proposé de se joindre au programme régional de prévention des conduites addictives qui favorise le développement des compétences personnelles et relationnelles des enfants. Après un essai au printemps 2004, le programme a été mis en place auprès des 6 ème en 2004-2005. Il se poursuit auprès des 6 èmes et des 5 èmes cette année. En ce qui concerne les 4 èmes et les 3 èmes, les modalités d'intervention restent à définir. Le programme Depuis deux années scolaires, je co-anime donc des séances de développement des compétences psychosociales autour du respect et à partir de l'outil pédagogique « Apprenons à vivre ensemble » (2). Nous animons 5 séances de 2 heures par année scolaire. Nous intervenons à 3 adultes : l'intervenante du CODES 53, l'assistante sociale ou l'infirmière ou la CPE adjointe et le professeur principal. Comme le temps imparti annuellement ne nous permet pas de traiter l'ensemble des séances de « Apprenons à vivre ensemble », nous avons dû faire des choix en concertation avec l'Ecole de la paix et nos collègues du réseau de santé. Ces séances proposent aux enfants d'identifier et de comprendre les comportements non respectueux, ceux des autres mais aussi les leurs ; de réaliser les ressentis, dans toute leurs diversités, que ces comportements provoquent ; d'identifier les solutions face aux situations de non respect. Nous avons également choisi d'approfondir les émotions, savoir les identifier pour soi, chez l'autre et développer ses compétences à en parler. Nous avons, enfin, aménagé des temps d'expression non verbale et d'expérimentation afin de maximiser l'impact des séances. De cette expérience qui s'inscrit dans cinq années de travail, j'ai envie de partager avec vous trois points qui me semblent essentiels : prendre le temps, travailler dans la globalité et changer de point de vue. Le temps nécessaire Même si l'enthousiasme des équipes nous presse de débuter très rapidement les interventions, notre expérience nous montre qu'un temps de concertation, voire d'expérimentation, est indispensable à la bonne implantation de la démarche. Bien souvent il faut éclaircir, du point de vue de la compréhension intellectuelle et affective, les objectifs, les méthodes et les valeurs qui les sous-tendent par plusieurs rencontres avec les enseignants. Parfois, et c'est le cas pour le collège Cassin, une « expérimentation » est menée avec les futurs co-animateurs pour leur permettre de mieux saisir les impératifs d'animation et de préparation et d'éprouver concrètement la réalité de l'intervention. Durant l'année scolaire 2003-2004, la principale, l'assistante sociale et l'infirmière de l'établissent nous ont rencontré à de nombreuses reprises pour permettre l'émergence en douceur de leur demande. De même tout au long de la progression du programme, nous avons mis en place, en plus des temps de préparation, des temps de concertation avec les co-animateurs pour réfléchir et échanger sur la manière dont ils vivent les séances et sur la nouvelle relation à l'enfant que cela entraîne. Il est parfois difficile au début de mobiliser les professeurs pour ces rencontres. Certains habitent loin d'Ernée. Leurs horaires ne sont pas toujours compatibles. Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec le temps du développement social urbain. Dans les quartiers, c'est sur 5 ou 10 ans qu'il nous faut accompagner des lieux de vie pour que les projets s'implantent durablement au point d'en devenir l'une des composantes fondamentales, « culturelles ». Une démarche globale Les enfants nous proposent souvent autre chose que ce que nous avions imaginé. Ils nous permettent d'aller beaucoup plus loin dans notre pratique. Ainsi, lors de la première année d'implantation du programme, une des classes de 6 ème a rencontré d'importantes difficultés relationnelles. Nous avons été contraints d'interrompre le programme. Nous avons alors fait appel à Annie Déan de l'IFMAN-Rennes pour « débriefer » la situation et nous donner des clés de compréhension et des outils pour son amélioration. Brigitte Serrano, de l'Ecole de la paix de Grenoble, est également intervenue et a contribué elle aussi à faire avancer la réflexion. Cette difficulté a eu un grand nombre de conséquences positives : mise en évidence de la nécessité de collaborer entre professeurs, de se mettre d'accord sur les repères communs en matière de règles de vie en classe, d'avoir une parole envers les élèves, de mettre à plat les mécanisme de conflit professeur/élève, ou élève /élève… Dans le même temps, un travail d'enquête auprès des adultes de l'établissement a permis de mettre à jour une demande très forte de temps de rencontre entre adultes pour échanger sur les rapports éducatifs aux enfants. Autre développement, la principale a proposé cette année à l'ensemble des professeurs principaux une formation de trois jours sur la sanction, animée par l'IFMAN. Des temps de concertation réguliers ont été programmés dès le début de l'année. Notre pratique nous montre, nous démontre, à quel point des interventions auprès des enfants ne peuvent donner pleinement leur effet s'il n'y a pas une démarche globale de réflexion et de mise en cohérence des adultes de l'établissement. Changer de point de vue Ces séances sont pour les professeurs l'occasion d'expérimenter un autre positionnement par rapport à l'enfant. Ils ne sont plus dans une relation de transmission de savoir mais dans l'accompagnement d'une réflexion individuelle et collective qui peut permettre au groupe classe de mieux vivre ensemble. Les professeurs, tous volontaires, témoignent à la fois de leur plaisir à expérimenter un autre rapport à élève mais aussi du fait qu'ils peuvent être parfois bousculés par l'intrusion des émotions, des ressentis dans les échanges. Le travail entrepris dans les séances est réutilisé dans les heures de vie de classe et dans la gestion des relations entre élève tout au long de l'année. Convaincus que la mission de l'école est dans le développement des compétences psychosociales, nous cherchons à ce que les adultes de l'établissement soient de plus en plus autonomes pour mener eux-mêmes cet apprentissage. Christel Fouache (1) Approche incluant des actions auprès de la population mais aussi au niveau politique, environnemental et de l'offre de service. (2) Programme développé par l'Ecole de la Paix de Grenoble.
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