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Education pour la santé

Intervention dans un collège de Haute-Garonne

 

 

La santé n'est pas seulement l'absence de maladie. Elle ne doit pas être considérée comme un but à atteindre mais comme un moyen d'accéder à un équilibre biologique, psychologique social et spirituel. Pour promouvoir la santé il s'agit donc de développer une qualité de vie et des conditions favorables, de prendre en compte l'espace, le temps et l'environnement dans lequel nous sommes. Thérèse De la Fuente, infirmière, a animé en 2004 un programme d'éducation pour la santé dans un collège de Haute-Garonne.

Nous avons réalisé une initiation à la communication non violente dans le cadre du projet d'établissement par le biais du Comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté. Ce fut un long parcours, patience et volonté ont été nécessaires. Ces actions sont prévues dans les textes mais concrètement il est difficile de trouver des heures disponibles dans les emplois du temps. Un vrai casse tête pour les personnes en charge de ce travail. 6 classes étaient concernées, soit 180 enfants pour 5 heures d'intervention par classe ; il faut aussi remplir des dossiers pour obtenir des subventions car pour l'instant beaucoup d'actions dans le cadre de la santé sont réalisées sur le principe de la gratuité.

Une journée d'initiation à la communication relationnelle fut proposée aux professeurs qui le souhaitaient. Beaucoup ont témoigné d'une utilité d'apprendre et ont réalisé que d'autres journées seraient nécessaires. Les personnes sont favorables à cet apprentissage, les textes et circulaires aussi mais les moyens financiers sont pratiquement inexistants. Il est possible de rechercher des fonds auprès d'organismes comme le Conseil Général, Conseil Régional, crédits des Ministères… surtout ne jamais se décourager et trouver des ressources dans le regard et l'envie de ceux qui comme vous font ce qu'ils peuvent pour que les choses avancent.

Les enfants ont besoin d'être valorisés, il faut leur montrer que la vie ce n'est pas que métro-boulot-dodo, qu'elle vaut la peine d'être vécue malgré les difficultés. Il y a des problèmes, mais il y a surtout pour moi des solutions. Elles sont à trouver pas à pas en s'appuyant sur les ressources que l'enfant à en lui. J'utilise beaucoup la visualisation, en montrant ce dont on parle avec des objets, outils de la Méthode ESPERE de Jacques Salomé (Energie Spécifique Pour une Ecologie Relationnelle Essentielle). Les enfants peuvent expérimenter cette règle d'hygiène relationnelle : apprendre à parler d'eux, de leurs émotions, de leurs besoins, plutôt que de parler sur l'autre, de se moquer, d'enfermer les autres dans des étiquettes.

Prendre conscience des difficultés, mettre des mots est une première étape car notre vocabulaire, comme celui des enfants, est pauvre pour parler des émotions, des besoins. Comprendre que les relations sont des canaux par lesquels passent des messages positifs ou négatifs. Ils nécessitent d'être entretenus, alimentés, nettoyées, pour agrandir la vie en nous et l'estime de soi sur lesquelles on peut trouver l'énergie pour continuer notre chemin dans le monde d'aujourd'hui.

L'expérience s'est déroulée en deux temps. Dans une première partie, je fais un apport de savoir. Puis, les classes sont divisées en petits groupes. Assis en rond, nous échangeons sur nos difficultés, partage de vécu. Les différences apparaissent d'un groupe à l'autre. Expression possible dans certains groupes, soutien des uns par rapport aux autres dans l'émotion de ce qui se vit. Pour d'autres groupes, c'est le mutisme. La peur de l'autre est tellement grande que rien ne peut s'exprimer directement. Nous sommes alors passés par de l'écrit. J'ai pris conscience de la difficulté vers 12-13 ans d'exprimer ses émotions, ce qui est « trop dur à vivre » : relation frère-sœur , relation parentale, la vie au collège, problèmes avec certains enseignants ou entre élèves… La créativité peut venir à la rescousse dans l'expression de soi.

L'environnement est tout aussi important, les enfants sont dans des petites classes, 30 élèves par classe, pas de décoration. Un tableau, des chaises, des tables. Des cours de récréation tout aussi tristes et du béton du sol au plafond ! Je me dis que l'être humain a de grandes capacités d'adaptation. « Le chaleureux, le vivant, le beau » n'est pas vraiment au rendez-vous. Simple détail me direz-vous et pourtant quand je suis dans ce milieu je cherche le brin d'herbe et les fleurs ou les arbres parfois pour me réconforter. Je comprends que les enfants ont des portables dans les mains et des MP3 dans les oreilles, ils cherchent le doux, la communication comme ils peuvent dans ce monde un peu froid et pas toujours accueillant.

Une évaluation a été réalisée. Je me suis attachée à regarder si chacun avait reçu quelque chose de plus pendant ces 5 heures. J'étais surprise de me rendre compte qu'ils avaient été interpellés par la démarche : certains avaient trouvé à expérimenter quelques règles, beaucoup avaient envie de continuer avec d'autres formes d'expression comme le théâtre, 25% n'en avaient rien retiré. Je perçois le besoin de structurer une telle action dans la continuité si l'on veut récolter des fruits.

Beaucoup d'enfants ont déploré les jugements qu'ils reçoivent, les disqualifications de certains adultes qui les dévalorisent. Des prises de conscience et des changements d'attitude s'imposent pour approfondir un travail de communication non-violente.

Nos attitudes, nos comportements ne sont pas toujours justes et viennent blesser les élèves qui sont auprès de nous dans le quotidien. Il ne s'agit pas de culpabiliser, mais d'en prendre conscience, nous avons droit à l'erreur. Des endroits d'écoute pour les jeunes pourraient être établis. Mais où, comment et par qui ?… cela n'est que très rarement prévu. Il faut savoir par exemple que lorsqu'on dit qu'il y a une infirmière et/ou une assistante sociale dans un collège, elles ou ils sont là environ 1 jour par semaine. Le reste du temps, c'est la débrouille. Quant aux psychologues, je n'en ai pas rencontré. Une action pour la santé est une graine. Une fois semée on n'a pas les moyens de s'en occuper, d'en prendre soin.

Pour moi tout reste à organiser. Plus il y aura de personnes conscientes de la nécessité d'apprendre le respect dans la prise en compte de soi et de l'autre, plus il y aura de mieux-être dans notre quotidien.

Thérèse De la Fuente

Infirmière et Formatrice en relation Humaine. Présidente de l'Association PERLE (organisation de stages, entretien, conférence, rencontre de parents), 262 rue d'Eaunes, 31600 Muret. Tél : 05 61 56 19 59. E-mail : associaperle@free.fr

Thérèse De la Fuente est également Réalisatrice d'un DVD « Graine de Communication » avec Jacques Salomé (Diffusion NVA).

 

© Non-Violence Actualité
Extrait du n°284 de la revue Non-violence Actualité
 

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