Les centres de vacances et de loisirs (CVL) d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec les colonies qui ont commencé à se développer à la fin du XIXème siècle. Jusqu’à peu de temps encore, elles se limitaient au mois de vacances organisé à la mer ou à la montagne dans une grande bâtisse acquise par le comité d’entreprise ou la municipalité. Ces structures ont progressivement disparu. Elles ont d’abord été victimes des mises aux normes drastiques en terme de sécurité et d’hygiène exigées par une règlementation de plus en plus tatillonne (ce qui a eu pour effet de décupler les coûts de gestion). Mais leur disparition est aussi à relier avec l’évolution des modes de loisirs. Les CVL se sont adaptés, en se diversifiant. On a ainsi vu apparaître des centres aérés fonctionnant à la journée, au cœur des quartiers, ouverts l’été mais aussi pendant les petites vacances scolaires puis le mercredi, des camps hebdomadaires (du lundi au vendredi), sans oublier les accueils pré et post scolaires, l’intervention pendant le temps du midi-deux dans certaines écoles… L’animation s’est aussi adaptée au public adolescent : ouverture le samedi ou en soirée, animation de rue qui permet d’aller à la rencontre des jeunes, sur leur territoire…
Les fédérations d’éducation populaire ont joué un rôle moteur dans ces transformations… Elles ont accueilli favorablement et intégré dans leurs pratiques la Convention internationale des droits de l’enfant, la nécessité d’une formation professionnelle et son articulation avec la place du bénévolat… Le monde de l’éducation populaire progresse de façon assez uniforme. Si, à l’origine, les différentes fédérations étaient attachées à des organisations syndicales, politiques ou religieuses, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les idéologies sont beaucoup moins présentes. Elles se retrouvent autour de valeurs communes, telle la place de l’enfant considéré comme acteur de son développement et de son éducation ou encore l’importance du tiers temps que constituent les loisirs aux côtés du temps passé à l’école et celui en famille, mais aussi la nécessité de s’inscrire dans une dimension co-éducative qui ne se réduit pas à une simple logique « occupationnelle ».
Il existe néanmoins un sujet qui coince : c’est la question de la violence. Les CVL ne sont pas à l’abri de ce qui se passe dans la rue ou à l’école. Ils se trouvent aussi démunis que les autres institutions par rapport à ces phénomènes. Ce qui est encore plus grave, c’est que personne ne veut vraiment s’attaquer à cette question, par peur des effets pervers. Si une structure prenait les moyens de gérer les problématiques de violence et de conflit, elle risquerait d’être identifiée comme « spécialisée pour publics en difficultés » et donc de se voir proposée en priorité ces publics. Or, consciemment ou non, chaque structure a la volonté de s’adresser à tout public et non pas aux fractions les plus difficiles et les plus complexes de la jeunesse. Ceci fait que l’on se retrouve dans des situations parfois très compliquées, gérées par des jeunes animateurs qui ont une formation de base à l’animation (deux fois une semaine) mais qui se trouvent très vite mis en difficulté, du fait de la carence des outils relationnels proposés. Ils ne savent pas comment réagir et se débrouillent comme ils le peuvent. A la décharge des fédérations, je considère qu’une telle formation n’est pas spécifiquement de leur ressort. La gestion des conflits devrait faire partie de l’éducation, dans les programmes du primaire comme dans ceux du collège, au même titre que la prévention routière qui est devenue obligatoire depuis quelques années. Il faudrait que ce soit systématique et banalisé. Dans notre pays, on en est loin. Nous avons un énorme retard sur toutes ces questions. Cela est sans doute dû à une démarche binaire de notre mode de fonctionnement intellectuel. On est pour ou on est contre, on est dans un camp ou on est dans un autre… tout est en blanc et noir. Or l’esprit de la médiation, la gestion des conflits, montre que l’on n’a pas forcément à choisir un camp et que gérer le conflit, c’est trouver un cheminement entre des positions jusque-là antagonistes. Pas plus que la société prend vraiment en compte la gestion des conflits ou les procédures de médiation, les fédérations d’éducation populaire n’en font pas non plus une priorité. C’est dommage car elles pourraient jouer là un rôle précurseur qu’elles ont pu jouer sur d’autres sujets. Il y a donc une véritable révolution culturelle à enclencher pour que l’éducation à la non-violence et à la gestion des conflits devienne une évidence pour tout le monde. La pression sociale et la montée de la violence se chargeront sans doute de faire le travail de sensibilisation nécessaire… Dans le domaine de l’animation, comme dans le domaine de l’enseignement, il faudra bien un jour armer les adultes pour leur permettre de faire face aux situations les plus difficiles.
Jacques Trémintin est formateur BAFA, directeur de CVL, éducateur spécialisé dans un service de protection de l’Enfance. Il collabore à plusieurs revues et notamment le « Journal de l’animation » et « Lien social ». jacques.tremintin@free.fr