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"Groupe Citoyenneté"

 

 

Le collège Frédéric Mistral de Lunel, dans l'Hérault, est un établissement de 1000 élèves, classé Z.E.P, dans lequel la formation à la médiation a débuté il y a cinq ans. Le nombre d'élèves formés pendant cette période est de 246, et cette année, 80 nouveaux élèves volontaires sont en cours de formation. L'équipe éducative, parallèlement à la formation à la médiation par les pairs, s'est donné depuis deux ans un nouveau projet : créer des groupes de travail "élèves citoyens".

Le projet consiste à prendre en charge un "noyau dur" d'élèves présentant une double caractéristique : un comportement problématique associé à des difficultés scolaires plus ou moins importantes. L'objectif est, par le travail et la réflexion en atelier citoyen, de trouver une alternative aux avertissements, colles, exclusions. En 2000-2001, six élèves ont été ainsi pris en charge ; en 2001-2002 douze élèves, et cette année, vingt élèves, répartis en 3 groupes et encadrés par 9 intervenants : 6 enseignants, la conseillère d'orientation, une aide éducatrice, une spécialiste de théâtre. Nous nous intéresserons ici à la situation de l'année scolaire 2001 2002 : trois adultes volontaires ont rencontré pendant 15 heures six élèves de sixième plutôt violents et en échec scolaire.

Que proposer à ces élèves, révoltés d'être obligés d'assister une fois par semaine à ce type de rencontre ?


Tout d'abord des règles de fonctionnement : exigences non négociables
- Respect et écoute de la parole de celui qui s'exprime.
- Présence obligatoire, retards non autorisés.
- Refus de toute agressivité par le ton employé et les mots utilisés.
- Attitudes physiques compatibles avec une communication fluide.
- Une séance peut ne pas valoir pour celui ou ceux qui empêcheraient le groupe de fonctionner normalement.
Ensuite, un contenu "stratégique" pour :
o Parler… Exprimer le ressenti…
Il est intéressant de repérer dans le groupe celui qui, le premier, accepte de dialoguer, donc de communiquer ; les autres élèves découvrent alors une qualité d'écoute à laquelle ils ne sont pas habitués ; la pompe est maintenant amorcée car chacun a envie de s'exprimer ; c'est une première victoire pour les intervenants qui doivent dès lors canaliser des flots de paroles.
o Ecouter l'autre… Dans un premier temps, ce qui paraît fondamental, c'est que les élèves acceptent de parler ; aussi, le premier sujet d'échange concerne -t-il leur ressenti par rapport à l'obligation de fréquenter cet atelier ; chemin faisant, ils vont tous reconnaître que leur comportement et leur travail sont loin d'être exemplaires et que les avertissements, les colles et les exclusions n'ont pas été proposés par hasard…
o Exercer le pouvoir de choisir et de constituer un groupe…
La question du contenu n'est pas réglée pour autant car ces élèves sont souvent instables, et bruyants si on n'y prête garde. L'expérience montre que le contenu présenté est souvent rejeté (c'est un pouvoir qu'ils tiennent à manifester) ; aussi, les intervenants présentent-ils un menu dans lequel les élèves pourront choisir (autre pouvoir qu'ils s'approprient). Ce qui nous paraît remarquable, c'est qu'après avoir fait leur choix dans le menu proposé, les élèves finissent par se mettre d'accord pour rester ensemble et travailler sur des thèmes communs : ils ne veulent pas être dissociés, ce qui, pour nous, est de bon augure.
o Communiquer, apprendre à se connaître dans sa relation à l'autre…
C'est ici que les fiches de travail de l'association " Génération Médiateurs " nous sont d'un précieux secours ; par exemple :
- Les images en 3 D, au-delà de leur intérêt propre, facilitent l'échange entre ceux qui "ont vu" les trois dimensions et ceux qui n'ont rien décelé…
- Le conte du chat et de la souris (se mettre à la place de l'autre pour éprouver ses ressentis) interpelle ceux qui se sont précédemment découverts "renards" ou "requins"…
- Le conte symbolique amenant à comprendre que l'autre se comportera avec moi comme je me comporte avec lui, les invite à repérer qu'il faut se transformer d'abord soi-même pour espérer modifier positivement sa relation aux autres.
D'autres contenus sont proposés : séquences théâtre, relaxation, mandalas, jeux moteurs, réflexion sur le travail scolaire et l'attitude en classe…
o Changer son comportement en classe…
L'une des finalités de l'atelier citoyenneté, c'est d'amener ces élèves à changer leur comportement en classe et de travailler mieux ; cet objectif passe nécessairement par les enseignants qui sont, eux aussi appelés à porter un regard neuf sur les élèves.


Quelle évaluation de ces quinze heures d'atelier citoyenneté ?

o Tous les élèves se transforment positivement, quelquefois de manière spectaculaire pour certains. C'est vers la huitième séance qu'une véritable bascule comportementale s'opère. À la question posée : "Pourquoi dites-vous pour la plupart que vous êtes ravis d'être avec nous, alors qu'en début d'année vous étiez presque tous en révolte ? ", les élèves nous répondent :
- Vous êtes sympas, volontaires pour nous rencontrer, vous n'êtes pas comme les autres professeurs.
- On croyait que vous alliez nous donner du travail supplémentaire, nous punir.
- Vous avez établi un lien nouveau avec nos professeurs…
o Que sont devenus ces 6 élèves à la rentrée scolaire 2002-2003 ?
- L'un a changé d'établissement, est en cinquième, garde un contact étroit et fructueux avec un intervenant adulte et a exprimé : "l'année dernière, je ne pensais qu'à me battre, c'était nul ; maintenant, je ne me bats plus".
- Deux autres ont intégré la formation personnelle susceptible de déboucher sur la formation... à la médiation, et l'un d'eux voulait même revenir dans un groupe citoyen cette année !
- Un quatrième a réclamé l'aide au travail proposée par les intervenants, aide acceptée également par l'un des deux élèves inscrits à la formation personnelle.
- Rien de particulier à signaler jusqu'à présent pour les deux derniers membres de ce groupe : l'un redouble la 6e et l'autre est en 5e.

Adrien Riff et Luce Amphoux

Génération Médiateurs, 27 bd St Michel, 75005 Paris. Antenne dans le Sud-Est : Adrien Riff, 40 rue du Soleil, 34400 Lunel Viel. Tél. 06 16 43 00 30.

© Non-Violence Actualité
Extrait du n°266 de la revue Non-violence Actualité

 

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