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Gérer les conflits de groupe

 

 

Le lycée professionnel Sainte Thérèse dans le Bas-Rhin, est un établissement d'une centaine d'élèves préparant soit un BEP/CSS (carrières sanitaires et sociales), soit un CAP. Ces élèves ont 15 à 20 ans, voire davantage.

Depuis 1997, nous avons mis en place la médiation scolaire. Tous les élèves bénéficient de la formation à la gestion des conflits, dans un atelier intitulé " Communication ". Ensuite seuls les volontaires poursuivent la formation à la médiation proprement dite. Certaines techniques acquises lors de cette formation se sont révélées utiles pour gérer des conflits de groupe. Nous avons utilisé particulièrement deux outils de Génération-Médiateurs pour régler des problèmes de personnes, de groupes ou de classe.

1) La grille intitulée " Une situation difficile ", provenant de l'université de Melbourne, nous a permis, à chaque fois, de trouver des solutions " gagnant-gagnant " à certaines tensions entre professeurs et élèves, aux dégradations, à une mauvaise ambiance en classe due aux clans. Nous suivons le déroulement de cette fiche, en présence des deux partis (quand il s'agit des professeurs) et, souvent, de la directrice de l'établissement.

La personne menant le débat, annonce les consignes (les mêmes qu'à la médiation scolaire) :
o Je ne prends pas le parti d'une personne ou d'un groupe
o Chacun parle en " Je "
o Parlez à la personne animatrice ou en groupe

En premier lieu, le constat est écrit au tableau. Quelques exemples :
1) Le vendredi, à l'heure du sport, les élèves d'un CAP n'ont pas leur tenue de sport.
2) Un voisin de l'établissement se plaint des mégots et des détritus trouvés sur son escalier ou sur le trottoir.
3) Dégradation d'un local de l'école (géré par la directrice avec les délégués de classe).
À partir de là, chaque personne est invitée à répondre aux trois questions suivantes : Quel est le problème ? Que ressentez-vous ? Pourquoi est-ce important de le résoudre ?
Les réponses émises oralement, sont récapitulées au tableau

Dans un deuxième temps, chacun propose, par écrit, deux solutions possibles à ce problème, avec leurs conséquences, solutions qui seront regroupées au tableau. Suit alors une discussion laborieuse pour trouver la solution satisfaisante pour les deux partis. Une fois la décision prise ensemble, les personnes peuvent exprimer les sentiments éprouvés quand elles appliqueront réellement cette solution.

Il s'agit enfin de régler les modalités d'exécution de cette décision. L'agressivité du début se mue rapidement en participation active.

Solutions adoptées pour les trois exemples cités précédemment :
1) Deux élèves s'engagent à rappeler aux autres, la veille, de ne pas oublier leur tenue de sport.
2) L'escalier du voisin étant une propriété privée, les élèves décident de ne plus l'occuper. Un bac pour mégots sera posé derrière la grille, à l'entrée.
3) Les délégués demandent aux élèves de respecter locaux et produits. Un élève se charge de faire une affiche à apposer en ce lieu.

2) Dans un conflit entre deux personnes (un adulte et un jeune), nous avons utilisé une dizaine de fois durant une année scolaire, la " Grille de lecture d'images "
o Les faits : que s'est-il passé ?
o Qu'en penses-tu ? Et, à ton avis, qu'en pense la personne concernée ?
o Que ressens-tu ? Que peut ressentir l'autre personne,
o Que proposes-tu ?

Les réponses sont rédigées séparément par les deux parties qui, dans un deuxième temps, se rencontrent, font le point et négocient la solution commune. À chaque fois, on est émerveillé de la vérité qui se dit, sans passion, ni haine, des points de vue différents mis à jour, de la solution adoptée sans que personne ne se sente humilié ou lésé.
Enjeux de ces démarches

Dans ces deux façons de procéder, nous retrouvons quelques éléments essentiels de l'éducation à la non-violence active décrite par Jacques Semelin, à savoir :
o " Oser dire " : briser la loi du silence, du laisser-faire, dire ses peurs, sa colère.
o S'impliquer personnellement en formulant sa pensée, ses sentiments, son savoir, sa solution et ainsi, se sentir concerné…
o Prendre de la distance par rapport au conflit lui-même, avec le plus d'objectivité possible ; savoir dissocier les faits de leur interprétation.
o Se mettre à la place de l'autre qu'on a lésé.
o S'écouter mutuellement sans juger l'autre.
o Décider, en tenant compte des propositions de l'autre.
o La présence d'un tiers : une personne ou un moyen qui obtient que les adversaires se parlent et prennent conscience des limites franchies.
o Se projeter dans l'après-conflit

La décision de réparer ou de changer de comportement donne sens à ce qu'on fait … on ne fera plus… Les fauteurs deviennent acteurs de leur vie et apprennent à répondre de leurs actes sans être " classés ".

Ces exercices répétés, en lien avec la formation à la médiation scolaire, le projet éducatif de l'établissement et la charte de vie élaborée avec les élèves, leur permettent d'entrer peu à peu dans un processus de non-violence. Et " plus puissant que la violence, le respect " … difficile avec qui on est en conflit !
Le respect commence par l'écoute de l'autre sans être soi-même perdant ou victime. En coopérant, on peut aussi gagner. Apprendre à régler tout différend de manière pacifique, dans un esprit de tolérance, n'est-ce pas déjà à petite échelle, participer à la culture de la non-violence et de la paix.

Monique Vervin, directrice
Hortense Parmentier, CPE

Génération Médiateurs, 27 bd St Michel, 75005 Paris.

© Non-Violence Actualité
Extrait du n°267 de la revue Non-violence Actualité
 

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