La séance sur les dessins en trois dimensions est
un moment particulièrement intéressant dans
le programme de la formation à la gestion non-violente
des conflits et à la médiation par les pairs.
" Ça y est, j'ai vu les poissons ! oh, c'est superbe
! " Enthousiasme de ceux, jeunes ou adultes, qui découvrent
brusquement ce qu'ils n'avaient jusque-là, pas réussi
à voir. Frustration de ceux qui persévèrent
sans succès. Va-t-on parler de ténacité
ou d'entêtement ? La frontière est ténue
entre les deux.
Tout le monde connaît ces dessins en
trois dimensions, les stéréogrammes, qui ont
essaimé dans les années 70, sous la forme d'albums,
de posters ou de cartes postales. Leur fabrication a été
rendue possible par l'apparition des ordinateurs : les motifs,
répétés indéfiniment avec un léger
décalage qui correspond à l'intervalle existant
entre nos deux yeux, donnent ainsi une sensation de relief.
Techniques de vision
La première, la plus communément utilisée,
propose de mettre son nez sur le dessin de façon à
ce que le regard n'accommode plus, puis à s'éloigner
lentement en conservant cette vision floue. À une distance
variable selon les personnes, des reliefs commencent à
surgir pour, peu à peu, prendre forme.
La seconde consiste à se placer à environ un
mètre du poster et à regarder à travers
la feuille, au-delà. Peu à peu, des reliefs
se détachent et prennent la forme d'une image reconnaissable
: des poissons pour le dessin ci-dessous.
Cet apprentissage, rapide avec les jeunes,
prend parfois beaucoup de temps avec les adultes qui se découragent
et affirment que cela leur fait mal aux yeux. C'est le cas
quand on se crispe car il est absolument nécessaire
de se détendre (il s'agit d'ailleurs d'un exercice
proposé par les orthoptistes pour rééduquer
et reposer les yeux). Encouragés par les autres, la
plupart des participants découvrent alors, après
un temps plus ou moins long, un autre monde. Il devient agréable
de promener son regard dans un beau 3 D !
Transposition
Mais, direz-vous, quels liens entre cet amusant
exercice et la formation à une gestion non-violente
des conflits ? Les jeunes les découvriront très
vite :
o Il faut persévérer, être patient comme
dans la gestion des conflits. On ne peut pas décider
de régler " ça " vite ; il est nécessaire
de prendre son temps. Tout ne dépend pas de soi ; on
ne peut pas décider de se réconcilier aujourd'hui
avec telle ou telle personne. De même, le médiateur
n'entrera pas en médiation avec tel ou tel projet ;
son attitude est celle de l'écoute, de l'attente, du
lâcher-prise. Il ne se fixe pas un objectif, n'impose
pas son point de vue, ni sa solution mais attend que celle-ci
vienne des médiés. Un beau travail pour ceux
qui ont tendance à l'impatience.
o Les dessins en trois dimensions enseignent à aller
au-delà des apparences, au-delà d'un dessin
quelconque, pour trouver autre chose. Suis-je capable, dans
ma vie quotidienne, dans ma rencontre avec l'autre, de découvrir
ce qui se cache, de dépasser le jugement hâtif,
critique, pour découvrir l'autre en profondeur ? Cela
implique de savoir prendre du recul par rapport à des
attitudes ou des paroles qui m'ont déplu et de trouver
la bonne distance dans ma relation à l'autre, ni trop
près, ni trop loin. Cela nécessite aussi d'accepter
de perdre ses propres repères et de se laisser entraîner
vers l'inconnu : n'est-ce pas indispensable pour celui qui
veut changer certaines habitudes, aller vers plus de créativité
? A fortiori pour le médiateur qui se trouve face à
une situation dont il ignore tout ?
oAccepter le " jeu " des trois dimensions, c'est
partager ses difficultés à voir puis la joie
de la découverte. C'est accepter la complémentarité
et l'apprentissage mutuel. C'est savoir qu'à plusieurs
on est plus forts, plus compétents, plus riches d'idées
et que la médiation est une activité à
mener en équipe.
Jouer en philosophant, philosopher en jouant,
pour nous, les dessins en trois dimensions proposent, à
eux seuls, une véritable pédagogie de la relation.
Brigitte Liatard
Vous pouvez trouver des stéréogrammes
sur internet ou en demander un à Génération
Médiateurs, 39 rue des Amandiers, 75020 Paris. Tél.
01 56 24 16 78. Internet : www.gemediat.org
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Extrait du n°273de
la revue Non-violence Actualité
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