Apprendre à tenir sa langue, à ne pas rapporter
inconsidérément ce que l'on vient juste de s'entendre
confier, à mettre davantage d'attention dans l'écoute,
à évaluer s'il est judicieux ou non de communiquer
certaines informations, à faire connaître le
message de la façon la plus juste possible : toutes
ces compétences peuvent être travaillées
et développées notamment avec l'exercice "
le bouche à oreille " tel que nous le pratiquons
dans nos ateliers.
Nombreux sont les petits potins, les bruits
qui courent sur la vie privée des éducateurs,
mais également dès qu'il s'agit de ne plus avoir
cours ! Ainsi la restructuration de certaines classes est
devenue " Le collège ferme pour plusieurs mois
dès la rentrée prochaine " et la remarque
d'un principal à une élève à la
tenue particulièrement négligée, "
l'uniforme va devenir obligatoire l'an prochain "
D'autres rumeurs touchent personnellement les élèves
: un jeune de lycée s'est trouvé contraint à
changer d'établissement à la suite d'une rupture
avec sa copine qui avait lancé quelques propos désobligeants
sur son ex-ami. D'où l'intérêt de travailler
la question. Ne l'oublions pas : la rumeur est la principale
source de conflits dans les établissements scolaires.
Déroulement
Cet exercice du " bouche à oreille
", déjà bien connu, mais, ici, pratiqué
de façon plus élaborée, permet un travail
et un échange en profondeur.
Il peut se faire avec une classe entière et nécessite
la présence de deux éducateurs. Le premier,
préposé au magnétophone et au micro,
reste dans la classe, l'autre adulte surveillant les élèves
restés à l'extérieur de la salle.
Il s'agit de lire un texte de quelques lignes à un
élève, qui doit le mémoriser le mieux
possible ; il le retransmet ensuite à un autre camarade
que l'adulte fait rentrer dans la classe et qui le répète
au suivant
. Après seulement une dizaine de retransmissions,
le récit initial est généralement déformé,
réduit à une courte phrase. S'il reste des élèves
à l'extérieur, le texte peut être relu
dans sa totalité et l'exercice reprendre. Le récit
sera différemment transformé.
Lorsque chaque élève a retrouvé sa place
dans la classe, on écoute ensemble la totalité
de l'enregistrement. Chacun s'exprime sur ce qui a été
vécu. L'exercice motive souvent les jeunes pour améliorer
leur mémoire ! Bien entendu, il ne s'agira pas de culpabiliser
ceux qui ont participé à la transformation du
texte ou qui ont même tout oublié. Constat est
fait que les soucis, l'inattention, les bruits extérieurs
ont bien altéré notre faculté d'écoute
Ensemble, les jeunes cherchent ce qui a facilité ou
fait obstacle à une bonne écoute, à la
mémorisation, à la restitution
Un "
dégraissage " du texte est normal et compréhensible,
tous les détails n'ont pas pu être retenus mais
le message essentiel a-t-il été repéré
et transmis ? Il faut parfois chercher les causes de tel oubli
ou de tel rajout. Les adultes n'échappent pas à
ces dérapages, c'est ainsi qu'un éducateur,
appelé quelques minutes avant l'exercice afin de régler
une altercation violente à la porte du collège,
mêla au message à retransmettre la bagarre à
laquelle il venait d'assister, au grand étonnement
des autres participants ! D'où la nécessité
de revenir aux sources et de s'informer personnellement, chaque
fois que cela est possible.
Transposition
Elle est indispensable dans un second temps
et concerne notre vie quotidienne. A-t-on déjà
entendu circuler de faux bruits ? En a-t-on été
victime ? Acteur involontaire ou plus ou moins complaisant
? A-t-on déjà lancé une rumeur ? ( Ce
que les jeunes appellent " engrainer "). Que dit-on
du collège dans le quartier ?
Beaucoup de souffrances peuvent aussi s'exprimer et faire
surgir une prise de conscience. Pourquoi y a-t-il des rumeurs
dans la plupart des pays connus (appelées radio-trottoir,
radio-médina, radio-cocotier,
) ? Pourquoi répéter
ce que l'on a entendu et particulièrement les propos
malveillants ? Peut-être par ennui, pour se rendre important,
par besoin de stimulation
L'éducateur pourra également évoquer
les rumeurs dans l'Histoire (la Grande Peur de juillet 1789
)
ainsi que les rumeurs plus récentes sur internet (les
seringues infectées dans les fauteuils de cinéma
),
les fameux "Hoax".
À l'issue de cet exercice, un élève s'était
spontanément proposé pour tenir dans la classe
le rôle de " détecteur de rumeurs ",
fonction qu'il a tenue jusqu'à la fin de l'année
scolaire en remontant à la source lorsque des bruits
plus ou moins fondés circulaient dans la classe et
en informant ses camarades. Cette séance marque profondément
les jeunes quel que soit leur âge et nombreux sont les
éducateurs qui, après cette activité,
témoignent : " S'il n'y avait qu'une séance
à pratiquer en gestion des conflits, je choisirais
sans hésitation " le bouche à oreille ".