Vous êtes ici : accueil > inform'actif > fiches > Histoires de médiation

Accueil Plan du site contact F.A.Q rechercher dans le site accés membre

 

Histoires de médiation

 

 

La plupart des situations conflictuelles qui viennent en médiation dans les établissements scolaires ont pour origine des insultes. Hedwige Block, professeure dans un collège de Royan et membre de Génération Médiateurs, témoigne de l'histoire d'Estelle et Stéphanie.

C'est l'histoire d'une dispute entre deux jeunes filles de troisième qui dure depuis des semaines et qui a nécessité cinq médiations. Pourtant le conflit n'est pas encore totalement apaisé et d'autres médiations seront nécessaires pour tenter de retrouver le calme entre Estelle et Stéphanie.
C'est l'histoire banale de deux jeunes filles qui se retrouvent dans la même classe au début de l'année scolaire et sympathisent jusqu'à devenir meilleures amies jusqu'au jour où, selon ce qu'ont pu reconstituer les deux médiateurs, Charles (classe de 4eme) et Laura (troisième), Stéphanie lance "un vent" à Estelle. Cela a trait à son aspect physique car elle est blonde. Il s'agit plutôt d'une allusion aux blagues concernant les blondes , assez voire très méchantes, et qui courent partout, sur Internet, à la radio, dans les revues. C'était juste quelque chose qui semble assez anodin dans les joutes verbales entre adolescents imprégnés de la culture médiatique. Stéphanie a juste dit à une autre copine en parlant d'Estelle : "Elle a pas compris, normale, elle est blonde!". Estelle n'a pas supporté cette atteinte verbale à son intégrité physique et ce trait de son identité qu'elle n'a pas choisi mais qui n'a pas le vent en poupe. Le ton a monté, les insultes que l'on n'ose pas me répéter, même lorsque j'insiste un peu , ont fusé. Estelle dit encore: "Les insultes c'est ce qui déclenche la violence physique, c'est comme une spirale. Elles déclenchent des sentiments très forts comme le rapporte Laura qui a pris des notes lors des médiations. A la question "Que ressentez-vous?", Estelle répond: "de la trahison, de la haine" et lorsque j'ai rencontré Estelle afin de reprendre avec les acteurs du conflit ce qui avait été écrit (pour être certaine d'avoir bien compris), elle m'a encore répété la force de ses sentiments et la difficulté à redonner sa confiance à Stéphanie. Sur les dessins qu'elles ont réalisés, Estelle dit sa méfiance et sa colère. Un élément m'a paru significatif dans le dialogue noté à partir de la séance de médiation. Estelle dit à un moment: "Stéphanie m'a traité comme son chien!". Je reprends avec elle, reformule: "si j'ai bien compris…", et nous découvrons ensemble que l'insulte déshumanise, réduit à l'état animal ou à celui d'objet. A un moment où l'on se sent si fragile, en pleine déconstruction-reconstruction identitaire, où l'on a tant besoin d'idéal, d'amitié profonde, du contact de ses pairs, les mots peuvent facilement blesser et provoquer des réflexes de protection menant à la violence physique (la spirale dont parle Estelle si justement).
Pour l'instant le projecteur était braqué sur Estelle. Allons voir du côté de Stéphanie qui est également plutôt blonde mais qui a surtout de gros problèmes familiaux qui la font terriblement souffrir. Lorsqu'elle explique ce qui s'est passé, elle dit: "J'avais des problèmes avec ma famille, alors je faisais passer ma colère sur Estelle et je vidais ma souffrance et la haine qui vivent en moi." Humiliée physiquement, Stéphanie humilie physiquement les autres filles qui l'entourent, verbalement comme dans le cas d'Estelle ou physiquement comme je l'ai vue faire dans la rue, pas plus tard qu'hier: elle donnait de généreux coups de pieds dans le derrière d'une autre jeune fille que j'ai en classe et qui en riait tout en lui demandant d'arrêter. Stéphanie continuait de plus belle, peut-être pour voir jusqu'où elle pourrait aller; si se comporter de la sorte était acceptable, supportable sans limite. Peut-être une façon d'apprendre à dire elle-même "non" à ce qu'elle subit, tout en prenant de gros risques avec l'amitié des autres. Sur son dessin, Stéphanie se représente en-dessous d'Estelle. Alors qu'Estelle est un soleil radieux, entouré de rose, Stéphanie est un sombre nuage d'orage qui pleure et lance des éclairs dans une masse grise. Elle se ressent "sur les nerfs" et en même temps "triste". Lorsque Laura et Charles les interrogent : "Que ressentez-vous?", Stéphanie répond: "de la tristesse et du regret". Pourquoi du regret? "Car on est venu aux insultes. Elle était la seule amie à qui je tenais vraiment." Lors de la médiation, Stéphanie se rend compte de l'impact de ses paroles exutoires de sa propre souffrance sur les autres et sur elle-même. Elle regrette et est prête à faire ses "mille excuses si Estelle voulait bien pardonner".
Mais nous constatons tous ensemble qu'il est bien difficile pour l'instant de retrouver des relations paisibles; amicales. Quels progrès ont été accomplis grâce à la médiation? Le ralentissement des insultes et le passage à un autre mode de communication où chacune peut faire passer les sentiments encore brûlants: "par des regards qui en disent long" explique Estelle. Mais chacune considère que rien n'est achevé et que "les portes restent ouvertes pour d'autres médiations". Estelle dit avoir encore besoin de temps pour calmer des sentiments "encore trop vifs pour l'instant".
Pour les médiateurs Charles et Laura et les médiées Estelle et Stéphanie.

Jean-Luc Mermet

Vice-président de l'Institut ESPERE (Energie Spécifique Pour une Ecologie Relationnelle Essentielle - Approche de Jacques Salomé), Directeur du centre de formation Reliance, à Grenoble. Tél. 04 76 85 12 12. Site : www.centrereliance.com



© Non-Violence Actualité
Extrait du n° 279 de la revue Non-violence Actualité
 

Liste des fiches pédagogiques
Envoyer la page
Envoyer cette page
Nous faire part d'une expérience
Version imprimable
imprimer cette page
   
Haut de page haut de page