Le rôle de père consiste en quatre fonctions
principales, généralement exercées par
la même personne. Il en est de même pour le rôle
de mère.
La première de ces fonctions est celle
d'avoir transmis la vie. Nous l'appellerons la fonction "géniteur"
ou "génitrice".
La deuxième fonction est la fonction "papa"
ou "maman" : lorsque nous faisons des câlins
à notre enfant, que nous l'accueillons tel qu'il est
avec ses ressentis, ses doutes et ses certitudes, que nous
discutons et rions avec lui, que nous lui offrons une glace...
Un premier aspect de cette fonction papa ou maman, est de
répondre au besoin fondamental (1) qu'a l'enfant, pour
construire son identité, d'être reconnu dans
ce qu'il pense et ressent ; le regard de l'adulte référent,
en l'accueillant sans jugement, lui permet d'accorder de la
fiabilité à son point de vue, à son ressenti,
à sa capacité de réaliser des choses,
de prendre conscience de ses désirs : il apprend à
savoir qui il est vraiment, avec tout ce qui le caractérise.
Il prend également conscience que ce qu'il dit, ou
fait, peut provoquer chez l'autre du rire, de la joie, du
bonheur. Ce qu'il donne a donc de la valeur. Plus tard, il
aura confiance en ce qu'il peut apporter à son entourage
et se sentira ainsi avoir toute sa place vis-à-vis
d'autrui.
Un autre aspect de la fonction papa ou maman, moins important
(2) que le précédent, concerne le domaine des
sentiments. Le don gratuit de tendresse vers l'enfant va l'aider
à se voir comme aimable, au sens propre du terme. Il
réalise aussi que la tendresse qu'il donne est bonne
à recevoir pour l'autre. Expériences essentielles
pour pouvoir accueillir plus tard l'amour dont il sera l'objet
pour une future compagne, ou simplement l'estime ou l'amitié
de son entourage professionnel, et pour avoir confiance dans
le bon qu'il sera capable de donner, par exemple dans une
relation amoureuse.
La troisième fonction est la fonction "père"
ou "mère". C'est l'attitude de celui qui
rappelle la règle et qui, si celle-ci est transgressée,
applique la sanction. Rôle essentiel pour permettre
à l'enfant de faire la distinction entre le désir
et l'acte de réaliser le désir. Là où
le papa, ou la maman, peut entendre et reconnaître (ce
qui ne veut pas dire combler) le désir de l'enfant
de jeter par terre les papiers qui l'encombrent, le père
ou la mère lui rappelle que cela est interdit.
Cette fonction est essentielle pour trois raisons :
- d'une part pour que l'enfant intègre la Loi à
l'intérieur de son propre fonctionnement : plus tard,
il n'y aura pas besoin que le père rappelle la loi
pour que l'enfant ne jette pas ses papiers par terre. L'émergence
des situations d'incivilités prend racine, pour une
part, dans la défaillance de ce processus dans l'éducation
de nombre d'enfants.
- d'autre part, parce que l'interdit est rassurant pour l'enfant
; en effet certains de ses propres désirs lui font
peur (celui d'étrangler sa petite sur, par exemple...)
et la distance posée par l'adulte entre le désir
et l'acte, est vécu par l'enfant comme une vraie sécurité
; il sait que ses désirs dangereux ne pourront pas
se réaliser. Cela explique l'angoisse fréquente
chez les enfants élevés avec très peu
de père et de mère, qui sont insécurisés
face au possible qui leur est toujours laissé de réaliser
leurs désirs.
- enfin, pour que l'enfant développe sa "résistance
à la frustration" : il apprend que la réalisation
d'un désir peut, soit être différée,
soit ne pas arriver du tout... Et que cela est "normal".
Si cela n'a pas été intégré enfant,
il risque d'être insupportable, adulte, d'accepter que
certains désirs importants ne puissent se réaliser
: par exemple le jour où l'élue de son cur
décide de quitter le jeune homme, il est possible que
le caractère insupportable et a-normal pour lui de
cette réalité le conduise à une réaction
démesurée, parfois avec un passage à
l'acte.
Les exigences posées dans le cadre de cette fonction
de père ou de mère font toujours référence
à une Loi : les règles de vie de la maison,
les règles liées aux valeurs de l'adulte (respect
d'autrui, honnêteté, etc.), ou la loi civile.
La quatrième fonction est la fonction "tyran".
C'est une perversion de la fonction père ou mère
: l'adulte "profite" de sa position de pouvoir pour
poser des exigences qui n'ont rien à voir avec l'exercice
normal de son pouvoir de père ou de mère, lequel
fait toujours référence à une Loi. Elle
est le résultat de deux dynamiques inconscientes :
- soit une réaction à ce que l'enfant vient
toucher chez l'adulte : la réactivation de la propre
histoire de l'adulte, la difficulté ou les peurs devant
lesquelles le met l'attitude de l'enfant ; c'est dans ce cas
que nous appliquons parfois des punitions pour faire payer
à l'enfant le prix "de ce qu'il nous a fait"
(alors que la sanction, mise dans le cadre de la fonction
père ou mère, est le prix de la transgression
de la Loi).
- soit l'expression de la pathologie de l'adulte, qui se traduit
par des comportements violents ou porteurs de confusion, verbalement,
physiquement voire sexuellement ; il transmet ainsi à
ses propres enfants, inconsciemment, la violence qu'il a lui-même
vécue enfant et qu'il a "gardée",
faute d'avoir effectué un travail thérapeutique
adapté.
L'enfant dont la mère ne sait qu'être une "mère"
ou un "tyran", risque de passer toute son enfance
à essayer de faire surgir un peu de "maman"
chez elle : faire tout ce qu'elle veut pour lui faire plaisir,
guetter ses moindres tristesses pour les rassurer, ne pas
dire ses propres ressentis qui pourraient lui déplaire...
L'enfant s'épuise et se construit ainsi dans un processus
où ses propres désirs et ses propres ressentis
n'ont aucune importance, tout occupé qu'il est à
capter ceux de sa mère. Adulte, il aura sans doute
du mal à savoir qui il est vraiment, à identifier
et nommer ce qu'il ressent, à avoir conscience même
de ses propres désirs.
Les conséquences, pour l'ex-enfant qui a manqué
de père, mère, papa ou maman, ne sont pas inéluctables
; il peut se libérer de ce passé douloureux,
par exemple par un travail basé sur les démarches
symboliques de restitution... Ce qui lui permettra de trouver
vis-à-vis de ses propres enfants un positionnement
juste, équilibré dans ses fonctions de père
/ mère et de papa / maman... et avec le moins possible
de "tyran".
1) Au sens où les a défini le
psychologue Abraham Maslow (1916-1972) : " Vers une psychologie
de l'être ", Fayard, Paris, 1989, 266 p.
2) Etre aimé n'apparaît pas comme un besoin aussi
fondamental que celui d'être reconnu.
Vice-président de l'Institut ESPERE International
(Approche de Jacques Salomé), Directeur de Reliance,
centre de formation en relations humaines, à Grenoble.
Tél. 04 76 85 12 12. Site : www.centrereliance.com