Les oreilles sont propres, pas le moindre petit résidu
d'aliment entre les dents, ça brille entre les doigts
de pieds
Il n'y a rien à redire côté
hygiène corporelle, le père que je suis peut
être fier de ses chérubins. Leur hygiène
plus générale de vie, dans l'alimentation comme
dans les rythmes de vie ou la pratique de sport, est tout
à fait honorable.
J'ai cru longtemps que
cela suffisait. Lorsque j'ai découvert que l'hygiène
la plus importante était d'une autre nature, mes enfants
avaient déjà grandi
Quel dommage que nous
n'apprenions pas, comme parent, à être vigilant
à la pire des pollutions qui puisse salir un enfant
: la pollution relationnelle, et que nous n'apprenions pas
à aider l'enfant à se nettoyer de cette "crasse"-là
Repérer la "pollution relationnelle"
Un peu comme le poulpe qui projette son encre
noire pour se défendre, tout être humain a tendance
à projeter de la "pollution relationnelle"
lorsqu'il se sent mis en cause ou confronté à
ses peurs. Ce comportement a pour fonction de masquer ce qui
a été touché en soi par l'attitude de
l'autre. Cette pollution est repérable à quelques
attitudes hélas bien familières :
- Le jugement : "Ce n'est pas bien de
ne pas vouloir convier à ton anniversaire le copain
qui t'a invité"
- La dévalorisation : "Tu es tellement maladroit
que je préfère ne rien te demander !"
- La disqualification du ressenti : "Tu ne vas quand
même pas pleurer parce que tu as perdu ton chat ? Je
vais t'en acheter un autre !"
- L'injonction : "Tu devrais aimer un peu plus ton frère
!"
- Le chantage : "Si tu ne te tiens pas tranquille, ne
compte pas sur moi pour jouer avec toi après le repas
!"
- La culpabilisation : "Tu ne vois pas comme maman est
fatiguée avec tout le souci que tu lui fais faire ?"
- La comparaison : "Regarde ton petit camarade : il y
arrive bien, lui !".
Dans beaucoup de cas, ces attitudes ne sont
pas associées à de la colère explicite
ni à un ton violent, mais elles s'infiltrent au contraire
dans le quotidien de la vie avec un naturel parfait, comme
un danger sournois et invisible dont les effets pervers ne
seront perçus que bien plus tard.
L'hygiène relationnelle
Cela s'éduque
!
Nous devrions apprendre à nos enfants, en plus des
règles de grammaire et d'arithmétique, les règles
qui régissent les relations entre les personnes. Par
exemple, faire à l'enfant - ou l'inviter à faire
- un dessin avec un cercle pour le représenter, lui,
un autre cercle un peu plus loin représentant une autre
personne (par exemple un adulte, ou un copain de classe) et
entre les deux, un "canal" qui les relie pour illustrer
la relation entre eux deux.
L'enfant voit ainsi que la relation est ce
canal dans lequel chacun envoie des messages vers l'autre.
Nous pouvons représenter, par une pastille noire par
exemple, la remarque blessante que son oncle a fait en disant
que "heureusement, tous les enfants de la famille ne
sont pas aussi égoïstes". Nous faisons circuler
cette pastille dans le canal, de l'oncle vers l'enfant. Avec
une pastille colorée, nous illustrons le "bon"
reçu par l'enfant lorsque le même oncle, à
un autre moment, dit sa fierté d'avoir un neveu qui,
si jeune, sait déjà si bien jouer du piano.
Ainsi l'enfant peut-il apprendre à
différencier les messages positifs des messages toxiques,
même lorsque les deux viennent, comme c'est souvent
le cas, d'une même personne. Ce qui rend difficile le
positionnement de l'enfant face à cette personne. En
le questionnant sur ce qu'il ressent en entendant tel ou tel
propos, nous lui permettons de se relier à lui-même
et de construire son propre baromètre de ce qui est
bon pour lui et de ce qui ne l'est pas. Très vite,
il va comprendre que, s'il est bon pour lui d'accueillir les
pastilles colorées, il pourrait peut-être essayer
de ne pas garder les différentes pastilles noires qu'il
reçoit au cours de sa journée
De la compréhension à l'action !
Mélanie est en CE2. Sa maman la récupère
en larme à la sortie de l'école. Elle l'écoute.
Cela se passe mal avec la maîtresse qui, elle non plus
n'ayant pas appris les règles d'hygiène relationnelle,
parle allègrement "sur" les enfants
Accompagnée par sa maman, Mélanie décide
d'écrire sur une feuille la phrase qu'elle avait entendue
: "Décidément, tu ne seras jamais capable
de faire autre chose qu'un gribouillis". La maîtresse
avait dit cela en parlant du dessin de Mélanie, qui
était pourtant fière de son oeuvre. Elle plie
la feuille où elle a écrit cette phrase, et
marque dessus : "Phrase de la maîtresse".
Le lendemain matin, elle dépose le papier sur le bureau
de la maîtresse. Le soir Mélanie raconte joyeusement
à ses parents que la maîtresse avait fait plusieurs
remarques désagréables, comme d'habitude, mais
que cela ne la touchait plus du tout. Elle venait de comprendre
qu'il était possible de ne pas se blesser avec le comportement
de l'autre
sans qu'il soit nécessaire, pour autant,
d'attendre que l'autre change ! Et que ce n'est pas parce
qu'elle avait reçu une "pastille noire" qu'elle
était obligée de la garder
Parfois ce positionnement est difficile pour
l'enfant ; il peut alors utiliser la "poubelle relationnelle"
: c'est une corbeille spécialement dédiée
à cet usage, où il peut jeter une phrase blessante,
un dessin ou un objet représentant le "pas bon"
qu'il a reçu, de par le comportement d'un camarade
de classe ou de quelqu'un d'autre. Il découvre ainsi
que les pollutions peuvent être laissées
Le rôle de l'adulte sera de l'accompagner, chaque fois
que cela sera possible sans le mettre en insécurité
ni en danger, à restituer ces messages toxiques à
leurs auteurs, car cela reste la démarche la plus juste
: d'une part parce qu'elle remet "à sa place"
un message qui n'a pas à être déposé
sur l'enfant, d'autre part parce qu'elle permet un vrai travail
de positionnement, fait non pas contre l'autre, mais pour
soi, dans le respect de soi-même et de l'autre.
Ce qu'enseignent les règles "d'hygiène
relationnelle", c'est aussi d'éviter de produire
soi-même ces "déchets" : l'enfant peut
apprendre qu'au lieu de parler "sur" l'autre ("Maxime
c'est un idiot, il n'a pas voulu venir à mon anniversaire"),
il peut parler "de lui" ("Je suis déçu
que Maxime ne soit pas là
").
Pour pouvoir éveiller nos enfants à
ces règles-là, encore faut-il que nous, adultes,
les ayons intégrées, alors qu'elles prennent
à contre-pied beaucoup de nos habitudes spontanées
Par chance, elles peuvent s'apprendre à tout âge
!