MARTIN LUTHER KING
Du rêve à la réalité


 

 

Aux Etats-Unis, la mémoire de Martin Luther King est honorée par des monuments, des parcs, des rues et même par un jour férié, le 15 janvier, jour anniversaire de sa naissance. Depuis 1986, en effet, King est entré au panthéon des héros de l'Amérique, rejoignant Christophe Colomb, George Washington et Abraham Lincoln. Certes, les oppositions ont été nombreuses, mais Ronald Reagan a dû finalement ratifier l'inscription de Martin Luther King au calendrier des fêtes. Cela reflète l'importance du leader noir qui n'a pourtant vécu que peu d'années au milieu de ce vingtième siècle. Cela ne suffit cependant pas à comprendre l'ensemble de son message, ni le prix de sa notoriété. Car si Martin Luther King a reçu beaucoup d'honneurs, dont le prix Nobel de la Paix en 1964, il a aussi été jeté vingt-neuf fois en prison. Il a été traqué par les services secrets des Etats-Unis. Sa réputation et son intégrité ont été constamment attaquées par Edgar Hoover, puissant président du FBI, qui a été jusqu'à le dénoncer comme "traitre à la nation et à sa race". Accusé tour à tour de fraude fiscale, d'incartades sexuelles, de détournement de fonds, Martin Luther King avait fait l'objet d'une grande campagne d'affichage le montrant, soi-disant, dans une école de formation communiste, alors qu'il s'agissait de l'école populaire Higlander, institution pionnière dans la déségrégation, dont on fêtait le vingt-cinquième anniversaire. En permancence, des menaces pesaient sur lui et sur sa famille. Sa maison fut plastiquée deux fois et il fut agressé physiquement à plusieurs reprises.

Lorsque King prit ouvertement position contre la guerre du Vietnam, le 4 avril 1967, un an jour pour jour avant son assassinat, l'opinion publique américaine était divisée. Il fut accusé aussi bien par des conservateurs que par des libéraux de naïveté, de stupidité et même de trahison. Beaucoup de ceux qui le soutenaient dans la lutte pour les droits civiques lui reprochèrent de se mêler de politique et de vouloir tout mélanger. Ne l'oublions pas, Martin Luther King a eu de nombreux et puissants ennemis. Si le pouvoir politique l'a honoré dix-huit ans après sa mort, il ne l'a pas moins combattu vigoureusement pendant les treize ans que dura son action. Devant cette tentative de récupération, il est important de rappeler sans cesse que Martin Luther King fut sans doute le prophète de la non-violence, mais aussi le contestataire radical de la société américaine. A la suite de Gandhi, Martin Luther King a montré la signification et la force que peut avoir l'action non-violente pour transformer la société. "A mesure que je vivais effectivement l'expérience de la lutte, écrira-t-il, la non-violence devenait plus qu'une méthode intellectuellement satisfaisante, elle devenait une manière de vivre. Beaucoup de problèmes qui me semblaient obscurs du point de vue de l'esprit me sont alors apparus résolus dans le cadre de l'action pratique" (1). Pour King, comme pour Gandhi, l'action non-violente est devenue l'expression profonde de ses convictions philosophiques et religieuses. C'est par attachement à ces convictions qu'il dut aller jusqu'au bout de l'action, par delà ses angoisses, ses réticenses et ses peurs. Répondant aux flots de critiques qui lui disaient de s'en tenir à la lutte pour les droits civiques et de ne pas s'occuper, notamment, de la guerre du Vietnam, King répondit : "J'ai combattu trop longtemps et trop durement la ségrégation pour m'accomoder de la ségrégation dans mes jugements moraux...la justice est indivisible. Une injustice, où qu'elle soit, est une menace contre la justice partout" (2).

Pour King, l'injustice avait pour noms : discrimination raciale, racisme, mais aussi guerre du Vietnam, pauvreté, sous-développement. S'attaquant aux différentes formes de l'oppression, il se confrontait dès lors aux systèmes oppresseurs. King le paya de sa vie le 4 avril 1968. Le tireur fut peut-être seul, il était cependant loin d'être solitaire. Les balles de l'assassin n'ont pas seulement tué le leader non-violent mais aussi une période de l'histoire. Parmi toutes les grandes figures du combat pour l'égalité raciale, Martin Luther King est celui qui a su faire preuve de la plus grande lucidité politique. Se refusant à tout compromis avec les partisans du Pouvoir Noir aux revendications ségrégationnistes et séparatistes, Martin Luther King s'attacha cependant moins à dénoncer les violences de la révolte qu'à montrer qu'il existe une autre voie pour promouvoir la justice, la paix et la liberté

© Non-Violence Actualité - Extrait du dossier
"Martin Luther King", Édition NVA - code 0108

 
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