Vous connaissez ces situations où l'on se sent
à la fois révolté par la scène qui se
déroule sous nos yeux et incapable de faire le moindre geste
pour intervenir. Peur, sentiment d impuissance, risques réels
nous font "baisser les bras". La conscience d une certaine
lâcheté développe en nous malaise et insatisfaction.
Mais, comment faire autrement ? Comment ne plus avoir peur de rappeler
le règlement à une personne qui n en tient pas compte
? Comment ne plus hésiter à faire savoir que vous êtes
dérangé par le bruit de votre voisin, par son téléphone
portable ou par d autres comportements ?
Ces interrogations ne sont pas, bien sûr, réservées
au particulier. Les représentants d'institutions y sont également
confrontés, qu'ils soient policiers, enseignants, contrôleurs,
etc.
Lutter contre les incivilités et les actes de
violence est autant l'affaire des citoyens que celle des institutions.
Il se développe dans plusieurs villes des "ateliers de
sécurité" réunissant élus, professionnels
et habitants dont la mission est d instaurer le débat en matière
de sécurité et de créer des réponses collectives
pour réassurer les habitants mais aussi les élus et
les professionnels. Des communes osent l'expérimentation sociale
en faisant appel aux citoyens et à la démocratie participative.
Comme le souligne le chercheur Sébastian Roché,
il y a besoin de gens pour rappeler la loi car "les règles
sociales ne se défendent pas toutes seules". La question
du "garant des lieux" est donc fondamentale : sur un territoire
de proximité, chacun doit se sentir responsable du respect
d'un certain nombre de règles d'usage, non discriminatoires,
communes à tous les usagers qui partagent cet espace.
Sans prendre de risques démesurés, il
doit être possible d intervenir - sans agresser - pour rappeler
la loi, inciter au respect ou souligner l'injustice. Pour désigner
cette attitude à la fois volontaire et maîtrisée,
Hervé Ott utilise l expression de "courage civil"
qui renvoie à une implication personnelle déterminée,
sans ostentation mais sans faiblesse. Cette notion de courage, qui
fait davantage référence à un comportement individuel,
doit également être comprise dans son approche collective
- associative et institutionnelle. Cela demande un savoir-faire qui
ne s'improvise pas. L'enjeu est de recréer un sentiment de
présence sociale permanente pour : lutter contre le sentiment
d insécurité, prévenir l'évolution des
enfants vers la délinquance et garantir l'espace du nécessaire
débat public.