L'education, la police, la justice, le social, le politique...
sont en crise. Les principales institutions ne répondent plus
aux problèmes de la société d'aujourd'hui. Les
interventions de l'Etat restent marquées par la verticalité,
la sectorisation, l'assistance et le morcellement des responsabilités.
En distribuant des fractions de compétences, la décentralisation
n'a pas inversé la tendance.
D'une manière,générale, chacun
des dispositifs mis en place vise une "clientèle"
spécifique. On prend en compte les besoins et les manques des
individus, mais pas leurs potentiels individuels et collectifs. On
empile les mesures d'assistance et les procédures d'urgence,
sans consultation ni implication des intéressés, sans
faire appel à leurs capacités d'innovations et à
leurs compétences, sans s'appuyer sur les réseaux de
solidarité et sur l'environnement social et culturel.
Pourtant, comme nous le verrons encore dans ce numéro
et celui de l'été , les énergies créatrices
existent. Les innovations se développent. Les initiatives se
multiplient Mais elles se heurtent à une tradition d'encadrement
et de contrôle. Il en résulte chez le citoyen une certaine
incapacité à agir pour changer la societé et
ses institutions. On rejette sur le voisin la responsabilité
des blocages et de ce sentiment d'impuissance naît la violence.
Les personnels des services publics en souffrent, les habitants des
quartiers en souffrent.
Pour changer les institutions vers davantage de démocratie
locale - participative, et pas seulement élective -, pour mieux
vivre ensemble dans la cité, il faut d'abord que chacun accepte
sa part de responsabilité, le citoyen de base comme le représentant
des services publics. Le conflit étant identifié, pleinement
assumé, il devient dès lors possible d'envisager une
élaboration collective de solutions, y compris, s'il le faut,
par des rapports de forces et des luttes non-violentes. Savoir co-opérer,
"agir ensemble", c'est savoir gérer les confrontations
et les rapports de forces, aussi bien dans l'espace individuel que
dans le champ collectif.
La formation à la gestion constructive des conflits
se révèle aujourd'hui l'un des besoins et des outils
fondamentaux de la démocratie. C'est un impératif à
tous les niveaux de la société, citoyens et institutionnels.
C'est l'une des recommandations proposée par l'ONU dans le
cadre de la Décennie 2001-2010 pour une culture de la paix
et de la non-violence. C'est aussi l'une des orientations adoptées
par les mouvements sociaux du monde réunis à Porto Alegre,
le 5 fevrier 2002: "Contre l'escalade systématique de
la violence, nous privilégions le dialogue, la négociation
et la résolution non violente des conflits".