Sans mauvaises intentions, il arrive que nos paroles
blessent ou causent du tort à autrui. A l'image des relations
humaines souvent vécues comme des rapports de pouvoir, nos
mots - ou nos silences - jugent, condamnent, ordonnent ou accusent...
comme si, finalement, il n'y avait d'alternative que soumettre ou
être soumis. Et la domination ne passe pas seulement par le
mépris ou l'injure, la séduction et le chantage peuvent
aussi faire partie des outils de la manipulation.
Comment réduire l'écart entre ce que
nous pensons exprimer et ce qui est réellement perçu
? Comment pratiquer des relations qui ne soient faites ni d'agression
ni de domination, mais au contraire empreintes de respect et de bienveillance
? Plusieurs psychologues et thérapeutes, à la suite
du psychosociologue américain Carl Rogers, se sont attachés
à proposer des modèles de communication avec pour objectif
de mieux vivre ensemble. Communication non-violente, analyse transactionnelle,
communication relationnelle, empathie... toutes ces démarches
mettent à l'index tant les opinions moralisantes, les demandes
péremptoires que les manifestations émotionnelles non-maîtrisées.
Si elles exigent l'acquisition de nouvelles compétences, elles
sont cependant moins des techniques qu'une philosophie de vie fondée
sur l'écoute de soi-même et de l'autre, dans le respect
mutuel. Partant de l'expression des besoins de chacun, passant par
l'explicitation de demandes précises, elles visent à
favoriser la recherche de solutions respectueuses des deux parties.
Sous l'impulsion de psychopédagogues comme Paulo
Freire, Thomas Gordon, Marshall Rosenberg, Jacques Salomé,
et avec le relais de nombreux formateurs et formatrices en développement
personnel et social, ces formes de communication sans violence sont
expérimentées en de multiples endroits, que ce soit
dans l'enseignement, les milieux hospitaliers, les administrations
et institutions, les familles, les entreprises...
On peut certes s'interroger sur les limites de ces
approches, sur la capacité de l'empathie à faire face
aux problèmes internationaux, sur l'efficacité du langage
du coeur dans les luttes sociales ou sur la communication non-violente
avec un terroriste... On peut aussi dresser le lourd bilan traditionnel
de domination/soumission et préférer cette autre communication
: celle de l'honnêté et de l'authenticité, celle
qui accueille la souffrance humaine - autant la sienne que celle de
l'autre -, celle qui aux barrières préfère les
ponts et que chacun de nous, quelque soit son âge, peut faire
le choix d'apprendre aujourd'hui.