Depuis l'abolition de la peine de mort en France, aucune
peine de châtiment corporel ne peut être prononcée
par la justice, quelle que soit la faute commise. Pourtant de nombreuses
personnes sont soumises aujourd'hui encore à des sévices.
Enfants, femmes, personnes âgées subissent des violences
particulièrement dans la famille où règne trop
souvent la loi du silence. Les institutions elles-mêmes, quand
elles ne sont pas suffisamment ouvertes et démocratiques, peuvent
aussi être maltraitantes.
Près de vingt mille cas de mineurs en danger
ont été signalés aux services sociaux en 2002.
Un tiers environ a subi des violences physiques, un autre tiers a
été victime d'abus sexuels, le dernier tiers souffrant
de violences psychologiques ou de négligences graves (enfants
non nourris, livrés à eux-mêmes
).
Soixante-huit mille autres cas ont été
recensés comme " enfants en risque ", c'est-à-dire
vivant dans des conditions susceptibles de mettre en danger leur santé,
leur sécurité et leur avenir. Les situations de mauvais
traitements font de plus en plus l'objet de signalements. Plus de
5 000 appels sont recueillis chaque jour au 119, le numéro
vert du service national d'accueil téléphonique de la
maltraitance. Il est cependant difficile de se faire une idée
de la réalité du phénomène. La création
prochaine d'un observatoire national devrait permettre d'y voir plus
clair.
La " maltraitance " est une notion récente.
Le mot n'existe pas dans le dictionnaire. Il est utilisé essentiellement
dans le cadre de la protection de l'enfance, pour désigner
tout ce qui fait souffrir l'enfant dans son corps, dans son développement
physique, intellectuel ou moral, toute la souffrance psychique infligée.
Pour Bernard Lempert, psychothérapeute, la maltraitance doit
être distinguée des violences dites "éducatives"
comme les claques et les fessées qui méritent tout autant
d'être combattues mais qui ne visent pas d'abord la destruction
de l'enfant. On peut aussi parler de maltraitance dans certaines situations
de violences intra-familiales vis-à-vis des femmes ou pour
désigner des comportements institutionnels coupables vis-à-vis
des personnes âgées.
Aucune violence - y compris sous des prétextes
éducatifs - ne saurait être tolérée. Même
quand on affirme ne pas " dépasser les bornes " tacitement
admises par la société, ce n'est jamais un moyen de
sanction. Le combat contre toutes ces violences nécessite d'en
connaître précisément les mécanismes et
les conséquences. C'est la condition d'une bonne politique
de dépistage et de prévention. La vigilance des citoyennes
et des citoyens est également nécessaire. L'interdiction
par la loi de tout châtiment corporel, l'éducation au
respect de soi et de l'autre, la formation à la gestion non-violente
des conflits, l'aide à la parentalité, une formation
spécialisée et généralisée des
personnels de soins et d'éducation sont quelques-unes des mesures
urgentes qui peuvent faire reculer la culture de la violence quotidienne.
L'école peut aussi apporter sa contribution en apprenant aux
enfants la responsabilité plutôt que l'obéissance
aveugle, la solidarité plutôt que l'indifférence,
le recours systématique à la parole plutôt qu'aux
coups.