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Maltraitance :
au coeur de la violence extrême.

 
 
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N° 273, mars - avril 2004 : 5 euros

 

Depuis l'abolition de la peine de mort en France, aucune peine de châtiment corporel ne peut être prononcée par la justice, quelle que soit la faute commise. Pourtant de nombreuses personnes sont soumises aujourd'hui encore à des sévices. Enfants, femmes, personnes âgées subissent des violences particulièrement dans la famille où règne trop souvent la loi du silence. Les institutions elles-mêmes, quand elles ne sont pas suffisamment ouvertes et démocratiques, peuvent aussi être maltraitantes.

Près de vingt mille cas de mineurs en danger ont été signalés aux services sociaux en 2002. Un tiers environ a subi des violences physiques, un autre tiers a été victime d'abus sexuels, le dernier tiers souffrant de violences psychologiques ou de négligences graves (enfants non nourris, livrés à eux-mêmes…).

Soixante-huit mille autres cas ont été recensés comme " enfants en risque ", c'est-à-dire vivant dans des conditions susceptibles de mettre en danger leur santé, leur sécurité et leur avenir. Les situations de mauvais traitements font de plus en plus l'objet de signalements. Plus de 5 000 appels sont recueillis chaque jour au 119, le numéro vert du service national d'accueil téléphonique de la maltraitance. Il est cependant difficile de se faire une idée de la réalité du phénomène. La création prochaine d'un observatoire national devrait permettre d'y voir plus clair.

La " maltraitance " est une notion récente. Le mot n'existe pas dans le dictionnaire. Il est utilisé essentiellement dans le cadre de la protection de l'enfance, pour désigner tout ce qui fait souffrir l'enfant dans son corps, dans son développement physique, intellectuel ou moral, toute la souffrance psychique infligée. Pour Bernard Lempert, psychothérapeute, la maltraitance doit être distinguée des violences dites "éducatives" comme les claques et les fessées qui méritent tout autant d'être combattues mais qui ne visent pas d'abord la destruction de l'enfant. On peut aussi parler de maltraitance dans certaines situations de violences intra-familiales vis-à-vis des femmes ou pour désigner des comportements institutionnels coupables vis-à-vis des personnes âgées.

Aucune violence - y compris sous des prétextes éducatifs - ne saurait être tolérée. Même quand on affirme ne pas " dépasser les bornes " tacitement admises par la société, ce n'est jamais un moyen de sanction. Le combat contre toutes ces violences nécessite d'en connaître précisément les mécanismes et les conséquences. C'est la condition d'une bonne politique de dépistage et de prévention. La vigilance des citoyennes et des citoyens est également nécessaire. L'interdiction par la loi de tout châtiment corporel, l'éducation au respect de soi et de l'autre, la formation à la gestion non-violente des conflits, l'aide à la parentalité, une formation spécialisée et généralisée des personnels de soins et d'éducation sont quelques-unes des mesures urgentes qui peuvent faire reculer la culture de la violence quotidienne. L'école peut aussi apporter sa contribution en apprenant aux enfants la responsabilité plutôt que l'obéissance aveugle, la solidarité plutôt que l'indifférence, le recours systématique à la parole plutôt qu'aux coups.

© Non-Violence Actualité
 
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