L'enseignement de l'histoire donne aux élèves
une vision du monde et une mémoire. C'est, du moins, son objectif.
Pour comprendre le présent et envisager l'avenir, il est indispensable
d'étudier le passé et d'en tirer les leçons.
De plus, la connaissance du patrimoine permet de se construire une
identité en s'appropriant une culture.
" Comprendre
le monde contemporain et agir sur lui en personne libre et responsable,
être présent et actif au sein de la cité, exigent
la connaissance du monde dans sa diversité et son évolution
"
La mission officielle définie dans l'Introduction
aux programmes de l'école primaire est-elle remplie ?
Affirmer son identité, respecter les autres,
faire preuve d'autonomie et de responsabilité
, tout cela
reste théorique tant que l'enfant n'en a pas perçu lui-même
les enjeux pour sa propre vie. L'école doit permettre à
l'élève de faire l'expérience de la prise de
responsabilité, de la participation aux décisions, de
la construction de la règle commune ou encore de la gestion
constructive des conflits. Il est urgent de compléter l'acquisition
de connaissances par une acquisition de compétences sociales
et psychosociales nécessaires pour vivre ensemble dans et hors
l'école. Cela fait partie des objectifs de la Décennie
2001-2010 pour une culture de la non-violence et de la paix décrétée
par l'ONU. Le 12 septembre 2000, son secrétaire général,
Kofi Anan, en précisait les modalités d'action et soulignait
la nécessité de " revoir le matériel pédagogique,
notamment les manuels d'histoire, en vue de promouvoir la compréhension
mutuelle, de renforcer la cohésion sociale et d'éliminer
les préjugés et les stéréotypes à
l'égard de certains groupes
".
Le plan d'action sur dix ans proposé par les
Nations Unies concerne en priorité les enfants qui sont souvent
les premières victimes des violences, de l'intolérance,
du racisme et de l'exploitation sexuelle. Le monde est invité
à cette mobilisation. Changer de culture, promouvoir la paix
et la non-violence demande l'investissement de chaque personne, à
tous les niveaux : gouvernements, institutions, sociétés
civiles
Utopie ? De nombreuses expériences éducatives
montrent qu'il est possible de traduire les bonnes intentions universelles
en objectifs pédagogiques. De surcroît, les performances
scolaires s'en trouvent souvent améliorées.
Pour répondre à ce défi, la fonction
sociale et le rôle culturel des contenus de l'enseignement scolaire
ont besoin d'être redéfinis et adaptés à
la société d'aujourd'hui. Il faut rompre avec l'idéologie
de la violence sans pour autant céder à une approche
dogmatique de la non-violence et de la paix. La violence existe, dans
l'histoire comme dans le présent. Il s'agit de se demander
ce que l'on peut faire pour la transformer. En favorisant l'éducation
relationnelle, la gestion non-violente des conflits et l'apprentissage
de la vie démocratique, l'école doit y contribuer.
Débarrassée
de ses mythes et de ses stéréotypes, refondée
sur un objectif civique et éthique, pourquoi l'histoire ne
deviendrait-elle pas l'un des piliers d'une pédagogie de la
paix ?
Contributions de : Suzanne Citron, Brigitte Liatard, Colette
Crémieux, Laurence Alcedo, Hedwige Block, Maryse Michaud, le
Mémorial de Caen