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Coopérer ça enrichit la vie !

 
 
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N° 275, juillet - août 2004 : 5 euros

 

Il y a bien longtemps que la concurrence ne concerne plus seulement les marchandises. Elle est devenue le modèle des relations entre les individus. Dans un monde où la compétition est rude et les places souvent chères, la ruse et l'esprit de domination semblent s'imposer comme les meilleures ressources pour réussir. Incontournables ? L'école elle-même est bousculée par ce tourbillon où la sélection prend parfois le pas sur l'éducation. La fierté de s'en sortir seul-e n'est-elle pas, finalement, davantage valorisée que l'apprentissage du " vivre ensemble " ?

Mais pour quelques gagnants de plus, combien de perdants ce système produit-il ? Combien d'exclus ? En réaction, les partisans de la coopération tentent, depuis plus d'un siècle et demi, de proposer une alternative économique privilégiant l'épanouissement de l'Homme sur celui des marchés. Fondées sur les notions de responsabilité, d'équité, de solidarité, les entreprises coopératives ont voulu placer l'humain au cœur de leurs projets et la démocratie au centre de leurs processus de décision. Il restait à imaginer une éducation des enfants dans le même esprit. De telles pédagogies furent développées dans les années 1930.

Si les structures coopératives actuelles se sont quelque peu éloignées des valeurs fondatrices, plusieurs mouvements (OCCE, ICEM…) continuent de porter le message de la coopération en éducation. De nombreuses recherches ont établi que la coopération à l'école, en famille, dans le centre de loisirs… crée les conditions d'un bon apprentissage tout en favorisant l'acquisition de compétences sociales et citoyennes. La motivation profonde des militants de la coopération réside en effet dans la construction d'une société de justice et d'humanité.

Freinet a montré - et beaucoup d'autres à sa suite - qu'il est possible de faire naître le débat au sein d'un groupe, qu'il est possible de faire vivre et travailler ensemble - autour de projets communs - des individus a priori très différents. " Cette volonté de prendre en compte les différences pour créer une dynamique collective dans le travail fait de Célestin Freinet l'un des plus grands humanistes de son temps " (1). Comment ne pas voir dans " le conseil de coopération " institué par ce grand pédagogue, l'un des outils majeurs de l'apprentissage du débat démocratique et de la gestion des conflits ? N'est-ce pas le lieu-même de ce que Charles Rojzman appelle, dans le domaine social, " la création d'intelligence collective " ?

La gestion des conflits, par le dialogue et la négociation, dans le respect et le non-jugement, est la base de la vie et de la loi démocratiques. En ce sens, les outils de la coopération sont aussi les outils d'une éducation non-violente. Comme la non-violence, la coopération est à la fois le moyen et la fin, la méthode utilisée et le but poursuivi. Assumer pleinement le conflit, créer des lieux spécifiques pour aider à sa gestion, voilà des éléments pour développer une culture de la résolution du conflit qui mette hors-jeu la violence et favorise la créativité individuelle et collective.

Contributions de : Jean-François Vincent, Christian Staquet, Jamila Krebis, Céline Clément, Marguerite Bachy, Brigitte Cassette, Martine Dufour...

© Non-Violence Actualité
 
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