Il y a bien longtemps que la concurrence ne concerne
plus seulement les marchandises. Elle est devenue le modèle
des relations entre les individus. Dans un monde où la compétition
est rude et les places souvent chères, la ruse et l'esprit
de domination semblent s'imposer comme les meilleures ressources pour
réussir. Incontournables ? L'école elle-même est
bousculée par ce tourbillon où la sélection prend
parfois le pas sur l'éducation. La fierté de s'en sortir
seul-e n'est-elle pas, finalement, davantage valorisée que
l'apprentissage du " vivre ensemble " ?
Mais pour quelques gagnants de plus, combien de perdants
ce système produit-il ? Combien d'exclus ? En réaction,
les partisans de la coopération tentent, depuis plus d'un siècle
et demi, de proposer une alternative économique privilégiant
l'épanouissement de l'Homme sur celui des marchés. Fondées
sur les notions de responsabilité, d'équité,
de solidarité, les entreprises coopératives ont voulu
placer l'humain au cur de leurs projets et la démocratie
au centre de leurs processus de décision. Il restait à
imaginer une éducation des enfants dans le même esprit.
De telles pédagogies furent développées dans
les années 1930.
Si les structures coopératives actuelles se
sont quelque peu éloignées des valeurs fondatrices,
plusieurs mouvements (OCCE, ICEM
) continuent de porter le message
de la coopération en éducation. De nombreuses recherches
ont établi que la coopération à l'école,
en famille, dans le centre de loisirs
crée les conditions
d'un bon apprentissage tout en favorisant l'acquisition de compétences
sociales et citoyennes. La motivation profonde des militants de la
coopération réside en effet dans la construction d'une
société de justice et d'humanité.
Freinet a montré - et beaucoup d'autres à
sa suite - qu'il est possible de faire naître le débat
au sein d'un groupe, qu'il est possible de faire vivre et travailler
ensemble - autour de projets communs - des individus a priori très
différents. " Cette volonté de prendre en compte
les différences pour créer une dynamique collective
dans le travail fait de Célestin Freinet l'un des plus grands
humanistes de son temps " (1). Comment ne pas voir dans "
le conseil de coopération " institué par ce grand
pédagogue, l'un des outils majeurs de l'apprentissage du débat
démocratique et de la gestion des conflits ? N'est-ce pas le
lieu-même de ce que Charles Rojzman appelle, dans le domaine
social, " la création d'intelligence collective "
?
La gestion des conflits, par le dialogue et la négociation,
dans le respect et le non-jugement, est la base de la vie et de la
loi démocratiques. En ce sens, les outils de la coopération
sont aussi les outils d'une éducation non-violente. Comme la
non-violence, la coopération est à la fois le moyen
et la fin, la méthode utilisée et le but poursuivi.
Assumer pleinement le conflit, créer des lieux spécifiques
pour aider à sa gestion, voilà des éléments
pour développer une culture de la résolution du conflit
qui mette hors-jeu la violence et favorise la créativité
individuelle et collective.
Contributions de : Jean-François Vincent,
Christian Staquet, Jamila Krebis, Céline Clément, Marguerite
Bachy, Brigitte Cassette, Martine Dufour...