Dans nombre de conflits, les peurs et les ressentiments
empêchent d'entendre les véritables revendications des
protagonistes. Quand la parole juge et accuse, le conflit se transforme
vite en confrontation violente entre des adversaires dont le seul
objectif est de faire plier l'autre, quel qu'en soit le prix.
Les conflits de la vie quotidienne sont parfois qualifiés
de " petits conflits ", en référence à
leurs origines plus qu'à leurs conséquences. En l'absence
de régulation, ils sont, en effet, capables de mobiliser de
puissantes énergies destructrices. Avant qu'ils ne dégénèrent
en graves violences - éventuellement sanctionnées par
la justice - c'est au citoyen et à la collectivité à
laquelle il appartient (famille, groupe, quartier, ville
) de
chercher à les prévenir.
Qu'il s'agisse de querelles de voisinage, de litiges
familiaux ou d'actes d'incivilité, les conflits et violences
du quotidien représentent une menace pour le " vivre ensemble
". Dans plusieurs villes déjà, des collectivités
locales et des associations de quartier unissent leurs efforts pour
ouvrir des permanences d'accueil et proposer des formations. Plus
que des experts en conflits, les personnels de ces centres de médiation,
maisons des conflits et autres lieux ressources, sont d'abord formés
à l'écoute et à l'accompagnement des personnes
en butte aux difficultés de la vie ou à des situations
d'injustice.
Le sentiment que ses intérêts sont menacés
- a fortiori quand ils le sont réellement - constitue l'une
des sources majeures de violences. Ainsi, lorsqu'ils acceptent d'entrer
dans le processus de médiation, les antagonistes se préoccupent
à nouveau de leurs besoins et de leurs intérêts,
délaissant alors le champ de la violence.
Les initiatives de médiation sociale et, plus
largement, de gestion des conflits de proximité s'appuient
sur cette double préoccupation : restaurer les liens sociaux
endommagés et favoriser l'intégration (ou la ré-intégration)
des individus à la vie du groupe. Une façon on ne peut
plus concrète de renforcer la cohésion sociale.
Avec des contributions de Jean-Pierre Bonafé-Scmitt,
André Comte-Sponville, Joëlle Timmermans, Béatrice
Trélaün, Dominique Demaria, Nathalie Spiteri, Jean-Baptiste
Pingault, Jean-Marie Petitclerc, Christophe Peter, Marco Bertoluzzo
et Sara Caruso