Les incivilités, les injures, les insultes qui
fleurissent et défrayent la chronique dans les établissements
scolaires - y compris en maternelles - ne sont qu'un prolongement
de l'utilisation infantile des " gros " mots. Quand l'enfant
ou l'ado se sent en difficulté, qu'il manque de repères,
il est tenté de revenir au jeu relationnel de sa prime enfance.
L'adulte n'est d'ailleurs pas à l'abri de cette régression,
il suffit de l'observer, par exemple, au volant de sa voiture.
Être capable de canaliser et transformer ses pulsions agressives
marque le passage vers l'âge adulte. Les structures d'éducation
populaire et autres associations de jeunesse d'autrefois pouvaient
aider à cette évolution. Les lieux de socialisation
étant moins nombreux et la famille parfois défaillante,
il arrive que l'école soit le premier endroit où l'enfant
est confronté à l'autre, aux autres. Il peut être
tenté par le repli sur soi ou sur la bande de copains, le quartier,
la communauté
Chaque groupe social crée son langage, invente ses propres
mots et dispose de " noms d'oiseaux " plus ou moins féroces.
De ce point de vue, les cités comme les cours de récréation
sont de hauts lieux de " créativité ". À
la différence du juron qui est de l'ordre de l'exclamation
solitaire, l'insulte et l'injure s'adressent à une personne
ou à un groupe. Elles visent à rabaisser, à humilier,
à dominer. Au-delà de la formulation, l'insulte n'existe
que si la cible de l'attaque se sent blessée. Une insulte peut
agir comme un poison et créer une blessure intérieure
qui peut être réactivée à la moindre occasion.
L'usage de mots violents est aussi pratiqué comme mode de relation,
faute d'autre vocabulaire pour exprimer ses sentiments et ses émotions.
Il est vrai que l'insulte évite parfois le passage à
l'acte. Cependant, il est important de ne pas laisser insultes et
injures sans réaction car la violence physique n'est jamais
loin de la violence verbale. Les réponses sont de plusieurs
ordres. À côté de la loi qui punit outrages et
diffamation, le recours à la médiation permet l'expression
des ressentis et des souffrances. Le travail sur les mots et la parole
est également nécessaire pour une améliorer la
communication. Enfin, le travail sur le conflit et ses modes de gestion
montre qu'il est possible d'exprimer un désaccord, de se situer
en opposition, sans pour autant céder à la violence
physique ou verbale.
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