Les débats autour du projet de loi d'orientation
pour l'avenir de l'école ont montré, s'il en était
besoin, combien la question des savoirs et de leur transmission était
un sujet sensible pour chacune et chacun d'entre nous. Au-delà
du souvenir plus ou moins heureux de notre parcours scolaire, nous
savons combien apprendre ou transmettre des connaissances peut générer
de tensions, d'envies ou de blocages.
Les savoirs ne sont généralement pas
des produits inertes, figés une fois pour toutes. Ils font
partie de l'histoire non seulement de leurs auteurs, mais aussi de
leurs utilisateurs, tissant des liens entre les individus, entre les
cultures, entre les époques. La rencontre des savoirs permet
la construction de nouveaux savoirs (une « intelligence collective
»), dans un processus complexe qui met en jeu la dynamique relationnelle
dans toutes ses dimensions et notamment psychologique, sociologique
et affective.
Transmettre des savoirs interroge à la fois
le contenu (le sens), les méthodes d'enseignement et d'évaluation
(la pédagogie) ainsi que les modes d'appropriation par les
apprenants (les mécanismes d'acquisition des connaissances).
Disciplines, pédagogie et processus cognitifs définissent
donc notre rapport au savoir et, d'une manière générale,
notre rapport à la culture. Cette prise de conscience nous
éclaire sur nous-mêmes et sur notre rapport aux autres.
Elle est indispensable pour tenter d'améliorer nos fonctionnements
individuels et collectifs (1).
Différents savoirs caractérisent l'identité
de chaque personne. Alors que le savoir peut être défini
comme l'ensemble des connaissances acquises, notamment par le biais
des études, le savoir-faire est lié à l'expérience
et aux compétences pratiques. Complémentaire, le savoir-être
fait référence à un ensemble « d'habiletés
» dans les domaines du comportement, de la communication, de
la gestion de la relation et des conflits.
À l'école comme dans toute situation
d'apprentissage, plusieurs facteurs déterminent les conditions
d'une bonne transmission : un climat de confiance, une pédagogie
qui allie individualisation et coopération, un projet qui vise
à l'épanouissement de tous. La manière de transmettre
les savoirs est déterminante. De nombreuses expériences
montrent qu'il est possible de mieux apprendre tout en apprenant à
mieux vivre ensemble
Pourquoi, dès lors, autant hésiter
à ouvrir l'école à la pratique de la citoyenneté
et de la démocratie ?
(1) L'Académie de Strasbourg a fait de la transmission
des savoirs et des valeurs de l'école l'un de ses objectifs
prioritaires. Elle a défini parmi ses « chantiers »
: « celui de l'éducation à la non-violence et
de la prévention contre la violence ».
Avec des contributions de Claire Héber-Suffrin,
Eirick Prairat, Rémi Casanova, François Le Ménahèze,
Caroline Chavelli, Catherine Rouhier, Brigitte Liatard, Pierrick Descottes,
Marguerite Bachy, Sophie Lefaure. Et la chronique de Jean-Luc Mermet,
Reliance Grenoble.
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