Les temps de loisirs et de vacances sont naturellement des moments de rencontres et de découvertes. C’est pour beaucoup l’occasion de tester la vie en collectivité et de faire l’expérience d’autres réalités sociales et culturelles. Plus encore que l’école, les loisirs et les vacances permettent aux enfants de se confronter, dans une dynamique de découverte et d’apprentissage de l’autre. Nouvelles pratiques et nouveaux comportements viennent souvent bousculer repères et certitudes. La tâche de l’équipe éducative est précisément de mettre à profit ces dépaysements pour favoriser l’initiation et la construction d’un mieux vivre ensemble. Filles et garçons ne peuvent qu’en sortir grandis, renforcés dans leur confiance en eux-mêmes et prêts à poursuivre leur exploration des autres et du monde.
Encadrer des enfants ou des adolescents lors d’un temps de vacances ou de loisirs représente un engagement citoyen fort, dans une fonction où l’éducation à la vie est centrale : la colo et le centre de loisirs sont en effet des terrains propices pour semer des « graines de citoyens ». Que ce soit dans l’organisation du temps et des lieux, dans la valorisation de l’autonomie et de la responsabilité, dans le respect des personnes et de l’environnement, tout choix éducatif porte en lui des valeurs et une conception de la vie en société. Dans un monde où règnent en maîtres le Marché et l’individualisme, les associations de jeunesse et d'éducation populaire continuent de militer pour l’engagement bénévole et la création de lien social.
Mais, pas plus que l’école, les centres de loisirs et de vacances ne sont à l’abri des phénomènes de violences qui secouent la société. Comme les mouvements pédagogiques, les mouvements de jeunesse et d’éducation populaire sont contraints d’y apporter des réponses en terme d’éducation, de prévention et de sanction. Que l’on soit dans ou hors l’école, il est nécessaire d’intégrer aux pratiques quotidiennes une ouverture à l’éducation relationnelle et à la gestion non-violente des conflits.
Comme l’écrit Marc Keim, l’un des responsables de l’éducation populaire en Lorraine (1) : « La tentation serait grande, pour les formateurs, au nom d’un principe laïque dogmatique, d’énoncer des principes du vivre ensemble et de stigmatiser tel ou tel comportement en le déclarant « asocial » ou « sectaire » […] Plus exigeant, mais ô combien plus riche et sans doute producteur du plaisir de créer du sens et d’inventer de la connaissance, est de se mettre, – et de permettre au groupe en crise de se mettre – dans une posture de construire ensemble autour du thème : “ Je ne te comprends pas, tu ne me comprends pas, ni toi ni moi n’avons la solution à notre problème, mais ce que je sais, c’est qu’ensemble nous pouvons la trouver, si nous nous écoutons, si nous nous regardons et si nous avons chacun envie de faire un pas l’un vers l’autre” »… Une invitation à la communication non-violente et à la médiation qui devrait interpeller le monde de l’éducation populaire.
(1) Marc Keim est président du comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire CRAJEP de Lorraine. Extrait d’une publication des Ceméa, Les Cahiers de l’Animation n° 39.
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