Le mot « autonomie » revêt de multiples sens, selon le contexte dans lequel il est employé. Si l’on s’en tient à l’étymologie, l’autonomie désigne la faculté d’agir par soi-même, en se donnant sa propre loi. Être autonome c’est être capable de faire des choix en toute liberté, sans se laisser manipuler par aucune pression ou autorité extérieures. Cette première approche pourrait évoquer un certain individualisme, voire une tendance à s’affranchir de la règle commune.
L’autonomie n’est pas « naturelle », elle s’acquiert et se construit au fur et à mesure du développement de la personne, dans la relation aux autres, par l’accompagnement éducatif des adultes. C’est en renforcant son estime de soi et l’ensemble des compétences relationnelles et sociales que l’on avance vers l’autonomie. Par l’acquisition de ces outils et de ces aptitudes l’individu pourra aborder et gérer sereinement les situations de la vie quotidienne.
Il est parfois difficile pour l’adulte d’accepter l’autonomie de l’enfant, et encore plus de l’encourager dans cette voie. Au nom de l’éducation à une autonomie future, il peut arriver que l’on justifie, au présent, tous les contrôles et toutes les contraintes, sous couvert d’habitudes ou d’impératifs éducatifs. La question de l’autonomie est donc par nature ambiguë car fortement liée à un projet pédagogique qui, lui-même, est le reflet du pouvoir des adultes sur les enfants.
Quelque soit son âge, l’enfant n’a pas toujours la capacité d’exercer l’autonomie qui est attendue de lui ou qu’il désire. L’autonomie progressive de l’enfant est étroitement liée à la qualité de relation que les adultes auront construit avec lui. Lorsque les adultes sont « trop près » de lui par un contrôle incessant, ou « trop loin » de lui par une absence de contrôle, l’enfant n’est pas perçu tel qu’il est, mais en fonction des attentes de ses parents, enseignants, éducateurs…
Pour gagner son autonomie, l’enfant devra se confronter à l’adulte qui l’accompagne, pour finalement se libérer de sa relation de dépendance. Et dans ce processus, l’adulte devra savoir prendre en compte cette demande croissante de liberté pour accepter de retirer progressivement les « filets de sécurité » qu’il avait soigneusement installés dans son travail éducatif (1).
L’autonomie est à la fois facteur d’émancipation, d’accomplissement de soi, et chemin d’intégration vers le monde des adultes. Conscient des règles de la société, la personne pourra désormais participer pleinement à la vie collective, en citoyen libre, capable de penser, de tirer les leçons de l’expérience, d’assumer les contraintes et les compromis de l’existence sans renier ses convictions… Autonome, certes, mais responsable : plus fort pour vivre ensemble.
(1) Sur l’accompagnement éducatif : Lev Vygotski - Pensée et langage, 1934 - Editions La Dispute, 3ème éd. 1997.
NVA n ° 299, Juillet-Août 2008