Jean-Pierre Bonafé-Schmitt
est chercheur au CNRS et animateur des Boutiques de droit de
Lyon et de l'association Amely. Il est l'auteur notamment de
" La médiation, une justice douce " (Syros,
1992) et " La médiation scolaire par les élèves
" (ESF, 2000).
- Non-violence Actualité : Qu'est-ce qui peut
favoriser aujourd'hui le développement de la médiation
?
- Jean-Pierre Bonafé-Schmitt : Outre
la multiplication de lieux de médiation et de formations
à la médiation, il est important de développer
ce que j'appelle une " ingenierie " de la médiation.
Il s'agit de former des professionnels capables d'encadrer
la mise en place de structures dans les écoles et les
quartiers et d'aider les bénévoles à
y exercer cette fonction. Nous avons mis en place cette année
à l'Université de Lyon un master de médiation,
pour former des gens qui puissent faire ce travail d'accompagnement,
de formation et d'évaluation. Il devient urgent de
recréer des structures intermédiaires entre
les individus et les institutions, sous peine de voir la société
se fractionner en communautés (sexuelles, ethniques,
religieuses
). Comment vivre ensemble si l'on ne crée
pas des médiations entre ces groupes ? La médiation
est une manière de " faire société
", de créer du lien social en constituant de nouveaux
espaces de régulation des relations sociales. Ce n'est
donc pas qu'une technique de gestion des conflits. L'association
de professionnels compétents et de bénévoles
déterminés devrait, à terme, permettre
l'installation de la médiation dans de nombreux établissements
et quartiers.
- Non-violence Actualité : Quels sont les
enjeux politiques et sociaux d'une telle conception de la
médiation ?
- Jean-Pierre Bonafé-Schmitt :
Avec l'évolution de la société, les solidarités
qui existaient auparavant ont été remplacées
par des relations de dépendance vis-à-vis de
l'Etat. L'individualisme et le repli communautaire ont accentué
cet éclatement. Pour remplacer les anciennes régulations
sociales disparues, on se tourne vers la loi. On va dans les
palais de justice comme on allait autrefois dans les églises.
Je pense que c'est une erreur. Il faut revenir à la
notion de contrat social qui définit les conditions
de la vie en commun. À partir de là, il y a
un minimum de règles que l'on doit respecter ensemble,
qui ne sont pas toutes des règles écrites et
que l'on ne va pas chercher à contourner en faisant
valoir que ce qui n'est pas écrit est permis.
Le contrat doit être basé sur la notion d'équité.
Mais ce qui est juste entre deux individus ne l'est peut-être
pas entre deux autres. Ce caractère subjectif nécessite
que la médiation s'adapte aux conflits des individus
et non pas l'inverse. En matière de conflits de proximité,
il me semble difficile d'établir une loi générale
et impersonnelle qui s'applique à tout le monde. Il
ne faut pas, bien sûr, opposer la justice à la
médiation : si les gens n'arrivent pas à s'entendre,
la justice doit alors les départager. Mais pour moi,
ce qui est important c'est cette notion de socialisation,
c'est un apprentissage de la vie en commun. À côté
du droit étatique de l'institution judiciaire, la médiation
définit une forme de justice " compréhensive
", autour d'un droit tiré de la vie quotidienne,
évolutif.
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Actualité
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