Entretien avec
Patrick LAMOUR

 

Une approche éducative
de la santé

 

Extraits

L'équipe du CREDEPS-Nantes, dirigée par Patrick Lamour médecin de santé publique, coordonne dans la région Pays de la Loire, avec les CODES (comités départementaux d'éducation pour la santé) et des comités de l'ANPAA (Association nationale de prévention de l'alcoolisme et des addictions), un programme éducatif qui vise à renforcer les compétences relationnelles, psychologiques et sociales des enfants. Ce programme repose sur deux principes : une approche éducative qui prend en compte la dimension globale de la santé et de l'individu, et le principe d'une intervention précoce, avant même toute confrontation au risque. Plutôt qu'une sensibilisation à tout ce qui peut menacer la santé, l'objectif est de consolider des compétences plus ou moins présentes selon l'âge et la maturation des enfants.


- Non-violence Actualité : En France, quelles sont les structures d'éducation à la santé ?

- Patrick Lamour : Il y a à la fois des associations de santé généralistes comme les CODES et des associations qui travaillent par thématiques : alcool, cancer, maladies, alimentation, etc. A cela il faut ajouter certaines associations d'éducation populaire qui, parmi leurs missions, peuvent avoir une mission de santé. En ce qui concerne nos réseaux CODES, ce sont des centres de documentation, de formation et d'accompagnement de projet. Chaque comité est indépendant, mais il y a des coordinations et une mutualisation des réflexions et des actions. C'est ce qui a permis de mettre sur pied ce programme de prévention des conduites addictives en milieu scolaire dans les cinq départements des Pays de la Loire.

Au niveau national, le Comité français d'éducation pour la santé (CFES) a été remplacé en 2002 par un établissement public administratif, l'INPES, institut national de prévention et d'éducation pour la santé, chargé de mettre en œuvre les politiques décidées par le Ministère de la santé. Parallèlement les CODES se sont regroupés cette même année 2002 en Fédération nationale des comités d'éducation pour la santé (FNES), pour défendre leurs positions auprès des pouvoirs publics et des instances nationales ou internationales.

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- Non-violence Actualité : Le programme que vous avez mis en place vise à renforcer les compétences psychosociales. Quelles sont ces compétences ?

- Patrick Lamour : En 1993, une commission d'experts de l'OMS a défini dix compétences, dites « compétences psychosociales » (CPS), dont le renforcement semble efficace pour prévenir la consommation de substances telles que l'alcool, le tabac, les drogues, quand il est effectué auprès d'enfants d'âge scolaire. C'est également la conclusion de l'expertise « Education pour la santé des jeunes », réalisée en 2001 par l'INSERM, institut national de la santé et de la recherche médicale. Ces dix compétences sont regroupées par couple. Il s'agit de : savoir résoudre les problèmes et savoir prendre des décisions (CPS1), avoir une pensée créative et avoir une pensée critique (CPS2), savoir communiquer efficacement et être habile dans ses relations interpersonnelles (CPS3), avoir conscience de soi et avoir de l'empathie pour les autres (CPS4), savoir gérer son stress et savoir gérer ses émotions (CPS5).

L'évaluation de ces programmes anglo-saxons a permis de mettre en évidence des résultats intéressants sur le renforcement des compétences avant l'adolescence. Nous n'avons pas les moyens d'engager des recherches pour confirmer ces résultats, mais nous nous appuyons sur leurs méthodes pour développer ce programme.


- Non-violence Actualité : Ces compétences sont-elles également efficaces pour faire face à la violence ?

- Patrick Lamour : Quand l'OMS a produit son rapport sur santé et violence, en 2002, nous n'avons pas été surpris de trouver des conclusions similaires sur la nécessité de faire un travail très en amont par rapport à ces fameuses compétences psychosociales. Plusieurs des compétences comme la gestion des conflits, les habiletés relationnelles, la gestion des émotions, sont directement utiles dans toute réponse pour faire face à la violence.

Ce rapport a montré qu'effectivement la violence fait partie des facteurs qui interfèrent sur la santé, que ce soit des individus ou des groupes. Nous sommes nous aussi confrontés à la violence. Mais nos comités ne se sentent pas l'obligation d'intervenir sur ces questions quand il y a d'autres professionnels qui le font déjà. Plus on élargit son champ d'intervention, moins on agit efficacement. C'est le risque.

Et puis, d'autres mouvements citoyens peuvent être mieux placés que nous pour agir. S'il y a, par exemple, une usine d'incinération ou une ligne à haute tension près des habitations, - facteurs qui influent manifestement sur la santé -, des citoyens peuvent s'organiser pour faire changer les choses. Dans le domaine de l'action contre la violence, nous faisons des ponts avec des organismes comme l'Ecole de la Paix de Grenoble, l'IFMAN ou Génération Médiateurs. Nous utilisons certains outils de Non-Violence Actualité et la revue NVA est bien connue des CODES.

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A suivre dans NVA n° 284


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