Entretien avec
ÉDITH
TARTAR GODDET

 

Estime de soi et affirmation de soi : Les clés de la vie relationnelle

 

 

Psychologue clinicienne et psychosociologue, Edith Tartar Goddet est également formatrice pour l'Éducation nationale. Elle assure des formations sur la psychologie de l'enfant et de l'adolescent, la prévention de la violence, la gestion des conflits et l'analyse des pratiques pour les personnels dans le cadre des établissements et en IUFM, et anime des groupes de parole pour les parents, en particulier dans le cadre du dispositif interministériel Réseaux d'écoute, d'appui et d'accompagnement de parents (REAAP). Depuis juin 1996, elle préside l'association « Temps de Rencontre, Temps de Parole ». Cette association a pour vocation d'aider les adultes et les jeunes à réfléchir sur leurs attitudes et conduites familiales et sociales dans le cadre de groupes de parole… Les thèmes les plus souvent abordés concernent la transmission des limites, la loi symbolique, la prévention de la violence, les relations parents/enfants et enseignants/élèves, les relations famille/école. Elle a conçu un matériel pédagogique et ludique, « Raconter la loi symbolique aux adolescents », et une exposition, « Être libre avec la loi ». Elle est l'auteure de « Savoir communiquer avec les adolescents » , Ed. Retz, 2002, et de « Savoir gérer les violences du quotidien » , Ed. Retz, 2001. Son prochain livre portera sur les violences à l'école : « Prévenir et traiter la violence en milieu scolaire », Ed. Retz, août 2006.


- Non-violence Actualité : Parmi les compétences relationnelles recensées par l'Organisation Mondiale de la Santé comme utiles à une bonne socialisation de l'individu, figure la conscience de soi avec son complément, l'empathie pour les autres. Comment définissez-vous l'estime de soi ?

- Édith Tartar Goddet : Pour entreprendre, agir, s'adapter, exercer le sens de sa responsabilité, pour s'affirmer, pour vivre au quotidien dans nos sociétés occidentales qui sont extrêmement exigeantes, il est nécessaire de s'estimer, de se respecter, d'avoir de soi une image positive. L'estime de soi est une compétence parmi d'autres, c'est le moteur qui permet d'agir et de prendre des risques pour se lancer dans des situations où l'on n'est pas toujours sûr de réussir, ou d'être écouté, ou d'apporter la réponse la mieux adaptée…

Cela suppose d'avoir conscience de sa vraie valeur et du caractère unique de notre être. L'expression « estime de soi » n'est pas toujours bien comprise, c'est pourquoi avec les jeunes en formation j'utilise aussi des expressions comme appréciation de soi, satisfaction de soi, amour de soi, avoir de la valeur à ses yeux… Mais s'apprécier, ne veut pas dire « je suis le meilleur, le plus beau, le plus intelligent » ; s'apprécier c'est avoir un regard sur soi qui soit, selon le terme de la psychanalyse, « ambivalent », c'est-à-dire se percevoir ni totalement parfait ni totalement insupportable ou raté, donc s'apprécier avec ses qualités et ses défauts, ce que l'on réussit et ce que l'on réussit moins bien ou pas du tout, sans avoir une vision trop excessive ni dans la survalorisation ni dans la dévalorisation.


- Non-violence Actualité : Dans notre culture occidentale, on a toujours tendance à mettre l'accent sur les défauts, sur les manques, ce qui entraîne une culpabilité. Est-ce facile de prôner le développement de l'estime de soi dans la société d'aujourd'hui ?

- Édith Tartar Goddet : Il est intéressant en effet de repérer les représentations sociales dans les différentes cultures. Concernant l'appréciation de soi, la culture française a tendance à mettre l'accent sur ce qu'on ne réussit pas. Ainsi, l'école dit toujours « peut mieux faire »… sans énoncer aussi ce que l'enfant est capable de réussir. La culture anglo-saxonne a plutôt tendance à l'inverse : on valorise, on survalorise, on soutient. De ce fait les jeunes Américains ont plus d'assurance que les jeunes Français. Il faut de mon point de vue trouver un juste milieu entre les deux positionnements. Cela suppose de modifier nos représentations, comme, par exemple, cette tendance à toujours pointer ce qui ne va pas, à privilégier le négatif sur le positif. Il y a nécessité de faire contrepoids à la culture traditionnelle française pour prendre conscience de ce qui est bon, ce qui est réussi, ce qui est dynamique. Ce travail n'est pas facile à faire seul. Tant que l'on n'a pas mis en évidence la représentation initiale, on est un peu conditionné et porté par la culture dominante.

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Suite à lire dans NVA n° 286, mai-juin 2006

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