Michèle Ferrand est sociologue au laboratoire Cultures et sociétés urbaines du CNRS et associée à l'unité Démographie, genre et sociétés de l'INED. Elle est spécialiste des inégalités entre les sexes, dans la famille, au travail et à l'école. Elle est notamment l'auteure de « Féminin, masculin », Ed. La Découverte, collection Repères, 2004.
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Comment le rapport homme/femme a-t-il évolué au cours des siècles ?
- Michèle Ferrand : En France, l'idée d'égalité entre les sexes n'a été posée comme telle qu'à la Révolution. On pensait à ce moment-là que tous les individus étaient égaux, mais que subsistait la différence fondamentale des sexes. Au nom de la biologie, les femmes ont été renvoyées rapidement à leur rôle dans la reproduction et dans la famille. Les travaux de Geneviève Fraisse sur la Révolution française ont montré comment les femmes ont ainsi été exclues du politique (Geneviève Fraisse, « Muse de la Raison. Démocratie et exclusion des femmes en France », Gallimard, 1995). Chaque fois qu'il y a eu des luttes populaires et égalitaires (1830,1848), les femmes ont été aux côtés des hommes mais à chaque fois elles ont été renvoyées à leur spécificité, leur différence, ne pouvant donc prétendre à l'égalité avec les hommes.
Ensuite, au tournant du XXe, les femmes ont développé une double revendication : avec les néo-malthusiens prônant la limitation des naissances et avec celles que l'on a appelées les féministes de la première vague demandant le droit de vote et l'égalité entre les hommes et les femmes. On peut dire que tous les événements historiques majeurs du XXè siècle ont été marqués par la revendication féministe d'égalité, cette dernière étant régulièrement renvoyée au postulat de la spécificité féminine. C'est le cas, par exemple, de la guerre 1914-1918 durant laquelle les femmes ont montré qu'elles étaient capables de remplacer les hommes ; elles ont dû là aussi très rapidement céder la place aux soldats victorieux (Françoise Thébaud, « La Grande guerre, le triomphe de la division sexuelle », in Duby, Perrot, tome V, Plon, 1992).
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N'y a-t-il pas eu de forces politiques pour porter cette revendication d'égalité entre les hommes et les femmes ?
- Michèle Ferrand : Les mouvements politiques favorables à l'égalité entre les femmes et les hommes (les mouvements de gauche pour l'essentiel) ont toujours pensé que le problème de la discrimination à l'encontre les femmes était un problème secondaire et que cette question serait résolue par l'avènement d'un pouvoir de gauche. Il a donc fallu beaucoup de temps pour que l'égalité progresse dans les faits. Après la seconde guerre mondiale, il devenait important de reconnaître l'engagement des femmes dans la Résistance, d'où le droit de vote accordée aux femmes en 1944 et le principe d'égalité entre les hommes et les femmes inscrit dans la Constitution de 1946. C'était un premier pas dans la reconnaissance sociale. Cependant, si les femmes pouvaient voter, elles n'étaient pas ou guère élues dans les instances politiques. Par ailleurs le code civil français considérait encore la femme mariée comme une mineure ; elle était citoyenne, mais mineure quand elle était mariée. La revendication de l'égalité fut, avec la revendication pour la libre maternité, les principaux objectifs affichés de la deuxième vague du féminisme français dans les années soixante-dix.
Une grande partie de la société civile de cette époque était favorable à une évolution du statut de la femme. Un certain nombre de réformes législatives et juridiques ne sont d'ailleurs pas dues aux mouvements féministes, comme la réforme des régimes matrimoniaux en 1965 qui permit aux femmes mariées d'exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari et de percevoir l'allocation principale de chômage, ou encore la loi sur la contraception de 1967 due au député Lucien Neuwirth dont la motivation était la reconnaissance du droit des couples à la limitation des naissances.
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C'est le féminisme qui a mis en avant la question des droits et de l'égalité concrète…
- Michèle Ferrand : Le mouvement féministe s'est développé, en France et dans les pays développés, avec l'idée de montrer le caractère insupportable des inégalités entre les sexes. Indépendamment de leur rôle biologique dans la procréation, les femmes devaient avoir les mêmes droits que les hommes. Le principe en étant acquis, la question était désormais de passer du principe à la réalisation. Dans ce domaine, l'école a joué en France un grand rôle. La lutte des femmes pour l'accès à la même instruction que les hommes a été historiquement très importante. En 1924, les filles ont le droit de passer le baccalauréat et il y a unification des programmes féminins et masculins.
En 1971, le nombre d'étudiantes égale celui des étudiants. En 1975, la loi Haby instaure la mixité dans l'enseignement… Aujourd'hui, on peut dire que l'égalité formelle est réalisée dans l'éducation. Les filles ont exactement les mêmes possibilités que les garçons. Là encore, il y a une distance entre le principe et la réalité. Les filles sont confrontées à des pesanteurs sociales qui font que les trajectoires des garçons et des filles ne sont pas identiques. Elles réussissent mieux, mais cela ne se concrétise pas ensuite sur le marché du travail. Un appareillage de lois très important a permis de faire reconnaître l'égalité des droits, la non discrimination… Sur le plan formel, tout est parfait, mais sur le plan réel il y a encore des formes de discriminations extrêmement sévères, la plus importante étant sans doute le maintien de l'écart des salaires toujours plus favorable aux hommes qu'aux femmes.
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Suite à lire dans NVA n° 287, Juillet, Août 2006
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