Michèle Guillaume-Hofnung est professeure de droit public, responsable du DU de médiation de l’Université de Paris 2 et vice-présidente du comité des droits de l’Homme de la commission nationale française pour l’UNESCO. Elle est l’auteure de nombreux articles et rapports sur la médiation ainsi que du « Que sais- je ? » sur ce thème, 4° édition PUF 2007.
- Non-violence Actualité :
Vingt ans après ses premiers grands développements dans la société française, où en est la médiation ?
- Michèle Guillaume-Hofnung : La médiation est aujourd’hui à la croisée des chemins, porteuse de tous les périls et de tous les espoirs. Il y a eu entre 1985 et 1999, période que j’ai vécu en tant que pionnière de la médiation, une phase de multiplication des initiatives qui ont été appelées « médiation » mais qui avaient peu à voir avec elle. Ce « primat de l’urgence pratique » n’était pas réaliste car je pense que mal nommer c’est se condamner à mal faire, pour paraphraser Albert Camus. Les associations puis les pouvoirs publics découvraient en fait le besoin de médiation et appelaient « médiation » toutes réponses à ce besoin, mais il s’agissait le plus souvent de conciliation.
La seconde phase peut être définie comme le « primat de l’urgence théorique ». Elle a abouti à l’élaboration de ce que j’aime appeler un « SMIC », un seuil minimum d’intelligibilité conceptuelle, qui comme son homologue économique, le salaire minimum interprofessionnel de croissance, devrait permettre la survie de la médiation. On reconnaît dorénavant qu’il n’y a pas de médiation sans la réunion des trois critères suivants : le tiers, le processus et l’intégralité des fonctions de la médiation.
L’intervention d’un tiers tout d’abord sort les protagonistes d’un face à face réducteur. Ce noyau dur de la médiation la distingue de la négociation ou de la conciliation qui peuvent se concevoir entre deux parties en conflit chercher une solution avec l’assistance éventuelle d’avocats ou d’experts.
Le tiers doit être impartial et sans pouvoir décisionnel ou consultatif, avec la seule autorité que lui reconnaissent les « médieurs ». Ce tiers doit mettre en œuvre un processus vraiment ternaire, sans lien institutionnel, juridique, de subordination ou de représentation avec l’un des médieurs. Et assurer son indépendance à l’égard de partenaires encombrants (institutions, financeurs). Le plus souvent, les textes ou les accords qui les instituent ne leur assignent pas une mission de médiation : les médiateurs se voient alors dotés d’une mission de conciliation ou de sécurité ou d’assistance - ou bien ils dépendant de procédures allégées ne permettant pas la communication entre les partenaires… voire les impliquant dans les régulations plus ou moins autoritaires très éloignées du processus de médiation.
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Suite à lire dans NVA n° 293, Juillet-Août 2007
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