Daniel Favre est professeur des universités en sciences de l’éducation à l’IUFM de Montpellier, il a été neurobiologiste de 1975 à 1990. Il est responsable de la composante « Didactique et Socialisation » du LIRDEF, le laboratoire interdisciplinaire de recherche en didactique éducation et formation, et auteur de « Transformer la violence des élèves » (Dunod, 2007). Depuis 1983 il forme des enseignants selon les concepts et les modèles issus de ses recherches pluridisciplinaires, toutes articulées autour de la notion de changement. Il est de plus conseiller scientifique de l’I.R.I.S., Institut de recherche et d’information bio-sociales, dont les formateurs appliquent certains de ses outils auprès de divers publics exposés aux violences (personnels de l’hôpital, de la police, des mairies…).
- Non-violence Actualité :
Vous avez une double spécialité en neurobiologie et en sciences de l’éducation. La connaissance du cerveau est-elle déterminante dans les processus de formation que vous avez élaborés ?
-Daniel Favre: Oui, il y a des informations qui me semblent essentielles. Il est important de savoir, par exemple, que, dans le cerveau humain, ce qui relève de la cognition ne fait pas l’objet d’un traitement séparé de ce qui relève de l’émotion ; les deux fonctionnent en synergie. Ainsi, tout apprentissage est non seulement une « déstabilisation cognitive », mais en même temps une « déstabilisation affective ».
Autre information importante à connaître pour les enseignants : les lobes frontaux donnent à l’être humain la possibilité de contrôler ses émotions. Des lésions des lobes frontaux peuvent provoquer des manifestations de « violence impulsive ». Cependant, ces comportements peuvent également exister sans lésions cérébrales : un débordement émotionnel peut aussi mettre en inhibition les lobes frontaux. Ainsi, les personnes qui n’ont pas appris à repérer et à prévenir de tels débordements peuvent produire de la violence.
On sait aussi, depuis 2004, que le mammifère qui résoud des problèmes est récompensé cérébralement ; autrement dit, nous avons une motivation naturelle pour la résolution de problèmes. On a la preuve maintenant que le plaisir ressenti est dû à une libération de dopamine. Tout le monde a pu vérifier qu’il est agréable de trouver la solution à un problème ou de remplir une grille de mots croisés… Si le cerveau récompense les apprentissages (mettant ainsi le sujet en référence interne et en capacité d’augmenter son estime de soi), pourquoi faudrait-il que les enseignants fassent autant appel à d’autres motivations, à d’autres sources de plaisir ou déplaisir au risque de rendre la référence externe omniprésente chez les élèves (exemple : « Si c’est pas noté, je ne travaille pas ! ») ?
- Non-violence Actualité :
Votre approche vise-t-elle en priorité les quelques individus qui peuvent perturber une classe ?
-Daniel Favre: Elle s’adresse à l’ensemble de la classe et pas simplement aux deux ou trois élèves qui accaparent une grande partie de l’attention de l’enseignant, au détriment des autres et à leur propre détriment. Ce que l’on propose concerne tous les élèves en terme de prévention. Mais, pour les élèves qui se montrent incapables de se contrôler et de respecter les règles de fonctionnement de l’établissement scolaire, nous avons expérimenté différents outils spécifiques comme des ateliers de communication ou le Groupe d’apprentissage du contrôle de la colère. Ce GACC est un lieu de sanction (réparation) et non de punition (règlement de compte). L’élève pourra reprendre sa place dans le groupe classe après avoir appris à mieux gérer ses frustrations et à accepter les interdits et les règles collectives. Ceci est surtout valable dans le cas de la violence d’impulsivité provoquée par la frustration. L’écoute active empathique de l’élève lui permet de reprendre le contact avec ses émotions et ainsi de mieux se contrôler.
Quand il s’agit de l’autre forme de violence – « la violence de prédation ou de manipulation » - la réponse doit être différente. Cette seconde violence, moins fréquente, est davantage stratégique, calculée, cachée. Si l’échec scolaire est souvent lié à la violence d’impulsivité, ce n’est pas le cas avec la violence de prédation plus difficile à réduire car l’élève adhère rarement aux dispositifs et s’appuie sur les points faibles ou sur les vulnérabilités de l’enseignant. L’objectif, dans ce type de situation, est de permettre à l’enseignant de repérer ses points faibles, de déjouer la manipulation en identifiant les différentes motivations mises en jeu et en recadrant l’élève qui manipule.
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Suite à lire dans NVA n° 295, Novembre-Décembre 2007
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