Entretien avec
Gérard GUILLOT

L’adolescence, au-delà des apparences…

Agrégé de philosophie, Gérard Guillot est professeur à l’Institut Universitaire de Formation de Maîtres de l’académie de Lyon, responsable d’un séminaire de formation des formateurs. Il a publié de nombreux articles sur l’école et l’identité professionnelle de l’enseignant. Son dernier ouvrage s’intitule « L’autorité en éducation. Sortir de la crise » (ESF, 2006)

- Non-violence Actualité : Comment définiriez-vous l’adolescence aujourd’hui ?

- Gérard Guillot : L’adolescence c’est l’entre-deux, le temps de la vie situé entre l’enfance et l’âge adulte. C’est aussi le temps des apparences, l’antichambre d’un monde dans lequel on n’entre pas encore vraiment. On en consomme les images, on est séduit par l’univers médiatique et celui du spectacle, mais on ne s’inscrit pas vraiment encore sur l’échiquier social. L’adolescence est un temps de vie mimétique, avec des modèles d’identification que le marketing cible bien.
Ce temps a tendance à s’allonger, même s’il faut nuancer selon les milieux sociaux et les conditions de vie. Le travail sur l’apparence est aussi beaucoup plus accentué qu’auparavant : il est une dimension fondamentale de l’adolescence ; les autres ne nous connaissent qu’à travers ce que nous leur donnons à percevoir de nous.

- Non-violence Actualité : L’évolution de l’adolescence est-elle à l’image de l’évolution des sociétés ?

- Gérard Guillot : L’adolescence est une élaboration culturelle sur la base d’un phénomène physiologique, la puberté. Dans les sociétés anciennes et encore dans certaines sociétés, il n’y a que trois temps de vie : l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse. Le passage de l’enfance à l’âge adulte se fait par des rites d’initiation. Et ce passage - l’adolescence - pouvait durer trois jours dans les sociétés anciennes comme il peut durer, j’allais dire, trente ans dans nos sociétés occidentales.

On assiste d’une part à l’émergence d’une nouvelle temporalité de vie - la pré-adolescence -, qui concerne les enfants de 5-8 ans jusqu’à la puberté (11-13 ans). Ces enfants sont pressés d’être des adolescents, ils les miment. Ce nouveau temps de vie est reconnu psychologiquement et sociologiquement ; il montre une adolescence qui grignote sur l’enfance. D’autre part, est apparu un nouvel entre-deux entre l’adolescence et l’âge adulte - « l’adulescence » -, comme s’il fallait un temps supplémentaire avant de devenir adulte.

On note également que l’adolescence est devenue de plus en plus auto-référentielle : elle constitue sa propre référence du fait notamment de l’effacement des adultes comme modèles d’identification : d’où une plus grande dépendance envers les pairs, une fragilisation du lien inter-générationnel et un affaiblissement de la transmission. Par rapport aux générations précédentes, l’adolescent d’aujourd’hui ne reconnaît plus l’adulte comme autorité. A l’idéal s’est substituée l’illusion.
Ces fragilités incitent au repli par groupe, bande, ou communauté. Face à la difficulté de se construire une identité personnelle, on tente de se construire une identité à plusieurs.

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Suite à lire dans NVA n° 296, Janvier-Février 2008

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