Isabelle Filliozat est psychologue-psychothérapeute. Spécialiste de « la grammaire des émotions », elle vient d’ouvrir l’Ecole des Intelligences Emotionnelle et Relationnelle, et forme des psychothérapeutes pour adultes et enfants. Elle est l’auteure de onze livres dont « L’intelligence du cœur » (JC Lattès, 1997) et, plus récemment, « Il n’y a pas de parent parfait » (JC Lattès, 2008).
- Non-violence Actualité :
« Il n’y a pas de parent parfait »… Il y a des parents à qui il arrive de donner des claques et des fessées. Quelles sont les conséquences de ces actes ?
- Isabelle Filliozat : De nombreuses recherches scientifiques ont montré que le fait d’avoir été soumis à des châtiments corporels dans l’enfance augmentait les risques de conduites agressives, d’accidents de la route, de dépression, de tendances suicidaires, d’usage de drogues… La fessée a de lourdes conséquences, pas toujours par la douleur physique qu’elle entraîne, mais par ce qu’elle signifie de la relation avec le parent. Le parent est normalement celui qui m’aime et qui me dit qu’il m’aime, celui qui me protège et en qui j’ai une totale confiance… Comment comprendre que cette personne soit aussi celle qui me frappe ? J’intègre de ce fait quelque chose de profondément toxique dans ma relation aux autres qui pourra faire que plus tard, quand quelqu’un se conduira de manière violente avec moi, je ne saurai pas correctement me défendre. C’est ce qui explique qu’une femme peut être battue par son mari. Elle n’a pas appris que son corps lui appartenait et qu’il n’était en aucun cas question de le toucher. Elle peut croire que son mari l’aime et que c’est pour son bien qu’il la frappe.
La fessée a pour autre conséquence de casser quelque chose dans la relation : l’enfant ne peut plus avoir confiance en son parent. Or cette confiance, nous savons qu’elle est nécessaire pour que l’enfant grandisse harmonieusement. Ce n’est donc pas un acte éducatif. Au maximum, cela installe l’enfant dans la peur ; il deviendra un enfant obéissant, puis un adulte qui subira la loi des plus forts, toujours dans un rapport de violence.
- Non-violence Actualité : Quand on parle de « petites » tapes et de corrections « raisonnables »… Cela a-t-il un sens ? Y a-t-il une frontière bien établie entre la gifle et le mauvais traitement ?
- Isabelle Filliozat : Evidemment qu’il y a une gradation dans les traitements. Evidemment qu’une petite tape sur la main n’a rien à voir avec des coups de martinet ou une fessée cul nu. Mais je ne vois pas l’intérêt de faire ce genre de distinction car la petite tape sur la main est aussi inutile que les autres. Ce n’est pas une méthode éducative. Il serait plus intéressant de réfléchir ensemble à la recherche d’alternatives éducatives, pour cesser d’être violent de quelque manière que ce soit. Tout châtiment corporel, y compris la petite tape sur la main, laisse penser que la violence pourrait être une solution en cas de conflit. C’est un message toxique tant au niveau de la personne qu’au niveau de la société. On ne pourra construire une société non-violente qu’en éliminant la violence de l’éducation. Tout usage de la force est à récuser.
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Suite à lire dans NVA n° 297, Mars-Avril 2008
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