Diplômé de Lettres, François Lhopiteau a été animateur socio-culturel puis formateur d’animateurs et délégué départemental d’une fédération d’éducation populaire. En 1989, il a participé à la fondation, en Normandie, du premier IFMAN - Institut de Recherche et de Formation du MAN, Mouvement pour une Alternative non-violente. Il y mène un travail de recherche sur la régulation des conflits dans l’action éducative et sociale. Il intervient comme formateur et assure la direction de l'IFMAN.
- Non-violence Actualité :
Comment percevez-vous, à l’IFMAN, l’évolution actuelle de la demande de formation ? Est-ce en augmentation ? Entre particuliers et institutionnels, comment se répartit cette demande ?
- François Lhopiteau : Nous répondons à la demande des particuliers en proposant un programme annuel de sessions sur la régulation non-violente des conflits. Mais cette demande ne représente que 5% de nos activités. Nous sommes surtout connus par les institutions qui sont nos premiers clients. Notre meilleure publicité est le bouche à oreille, d'une institution satisfaite de notre prestation à une autre. Nous intervenons essentiellement dans les milieux de l’action éducative, du travail social, de l'animation, assez peu auprès de l’Éducation Nationale. Cette année nous avons plutôt plus de demandes que ce que nous pouvons assurer.
- Non-violence Actualité : Qu’est-ce qui prévaut dans le fait qu’une institution sollicite l’IFMAN ? La confrontation à des problèmes de violence ? La recherche d’une approche non-violente ?
- François Lhopiteau : Nous sommes d’abord connus, et reconnus, par la qualité de nos interventions, par notre capacité à répondre aux besoins des demandeurs. Ensuite notre offre de formation fait clairement référence à la régulation « non-violente » des conflits. Ainsi, les structures qui recherchent une formation sur la prévention des violences peuvent penser légitimement que nous avons quelque chose à leur apporter. De plus, nous mettons en avant des valeurs qui sont partagées par les milieux du travail social et de l’action éducative, une éthique de la non-violence, une éthique de l’humanisme.
- Non-violence Actualité : Proposez-vous des réponses standard, dans l’approche et le contenu ? Ou bien est-ce du « sur-mesure », une réponse construite au plus près de la demande ?
- François Lhopiteau : NNos formations sont toujours construites autour de trois axes fondamentaux : le rapport au cadre, le ressenti émotionnel et les fonctionnements collectifs. Sur la question du cadre nous travaillons la question de la loi et des règles, les postures de médiation ou de négociation, les rapports de force. L'approche des émotions nous conduit à explorer aussi bien les phénomènes de mimétisme émotionnel dans les crises que l'appréhension de son propre ressenti. Les fonctionnements collectifs touchent autant la communication entre les personnes que l'analyse des fonctionnements au sein d'une institution.
Nous partons à la fois des besoins exprimés par l'institution commanditaire et des réalités vécues par les participants. Avant la formation, il y a en général, une rencontre préalable qui permet aux futurs participants d'exprimer leurs attentes comme leurs craintes. Nous avons besoin de susciter leur adhésion au projet engagé par leurs responsables. Il n'est pas forcément aisé de travailler sur des conflits vécus.
Selon les cas, il faudra mettre davantage l’accent sur un axe ou sur un autre. Ainsi, avec certains animateurs facilement enclins à l’empathie, il faudra insister sur la nécessité de savoir aussi se poser en garant des lois et des règles. A l’inverse, avec des professionnels imbattables sur la rigueur réglementaire, il faudra surtout les faire travailler sur leur manière d’être, sur leur propre agressivité génératrice de conflits. Dans certaines institutions, qui nous sollicitent à propos de tensions avec les usagers, il s'agira davantage d'interroger la violence institutionnelle qui alimente l'agressivité des usagers : la véritable question à travailler sera alors le fonctionnement des professionnels entre eux.
Partant d'un standard général, nos formations sont donc déclinées à la mesure des besoins exprimés.
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Suite à lire dans NVA n° 298, Mai-Juin 2008
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